


Facebook étend son emprise sur le Web et se rend indispensable. Le réseau social séduit particulièrement les jeunes, attirés par sa facilité d’utilisation et sa grande visibilité. Le Centre Audiovisuel de Liège propose des formations dans les écoles pour sensibiliser les élèves aux facettes de la communication en ligne.
Vous avez été des milliers à poster une carte de vœux sur les murs de vos amis Facebook : un clic et tout le monde est servi dans la seconde. En pleine tempête de neige, vous avez peut-être recouru à l’application "Places" de Facebook pour géolocaliser des amis. Et lorsque vous téléphonez via Skype, vous êtes heureux de consulter les données de la Communauté reprise dans le service de téléphonie par Internet.
Les connexions fleurissent entre le réseau social et les autres canaux de messagerie électronique, type courriel et SMS. Mark Zuckerberg - le créateur de Facebook - vise l’interopérabilité à 100%. Pas étonnant qu’un internaute sur deux fréquente le troisième site le plus populaire au monde : il compte 700 millions de visiteurs par mois tandis que 2,5 milliards de photos sont postées sur le plus grand réseau social du monde chaque mois.
Facebook contribue aussi à l’essor de la démocratie. Des appels à la manifestation contre la pénurie d’emploi en Tunisie ont grossi le flot des protestataires dans la rue fin décembre. Devant l’ampleur de la fronde, 4 ministres ont démissionné.
Elargir la surface identitaire
Le pouvoir amplificateur d’Internet donne des idées chez nous aussi, à une échelle plus modeste. Récemment, une élève de l’Athénée de Welkenraedt a orchestré avec succès un mouvement de grève via Facebook pour protester contre l’application jugée trop stricte des horaires scolaires. Dans ce même établissement, Isabelle Colin, du Centre Audiovisuel de Liège, animait une réflexion sur les conséquences et les responsabilités liées à la communication instantanée, dans une classe de 5ème technique. Elle témoigne : "Je me suis centrée sur les usages, sur la personne et sur la manière dont elle opère. Les élèves visionnent des interviews d’ados et des reportages et parlent de leur pratique. Ils admettent qu’ils réfléchissent peu avant de poster une photo ou un texte et qu’ils s’en mordent parfois les doigts ensuite."
Ce jour-là, les témoignages recensent plusieurs fonctions de communication : avec d’autres personnes, connues ou moins, ou pas, communication de soi, communication d’opinions, convocation à des événements citoyens ou festifs… la liste est longue ! Internet et le Gsm sont devenus des partenaires de communication indispensables. Les élèves racontent : "On a envie de parler à quelqu’un que l’on n’ose pas aborder. Un premier contact se fait sur Facebook." "On reparle de la journée, on retrouve des anciens copains. "
Généralement, les usages sont anodins. Mais, constate Dominique Cardon, dans La démocratie Internet (Seuil ), pour élargir leur espace relationnel, les internautes doivent aussi élargir la surface identitaire qu’ils exposent. Il faut s’exhiber pour conquérir de nouveaux "amis". Cette course est stimulée par le compteur "qui, sur leur page Facebook ou autre, offre une nouvelle métrique de soi aux individus en quête de réputation".
Ce besoin d’identité et de reconnaissance sociale colle à la peau de la génération digitale. Celle-ci est encline à livrer un peu et puis beaucoup d’elle-même, en privilégiant quelques interlocuteurs, oubliant qu’une multitude lit ces confidences sur le Net si l’accès est insuffisamment protégé.
Isabelle Colin insiste en classe sur la responsabilité de l’utilisateur qui doit anticiper les conséquences de ses actes fussent-ils (et à fortiori) virtuels. Les internautes impulsifs situent mal la frontière entre sphère publique et privée. Les jeunes connaissent apparemment les risques d’utilisation abusive d’informations par les hébergeurs de sites. Ils savent vaguement que leurs données personnelles sont vendues à des sociétés de marketing. Un sentiment d’impuissance gagne la jeune génération poussée vers la technologie interactive. "Que voulez-vous, il n’y a pas moyen de revenir en arrière, il n’y a pas d‘autre communication possible. "
Un exercice de résolution d’incident critique clôture les 3 heures d’animation. Les participants ont travaillé en sous-groupes sur le renvoi de Logan à Alleur, cet élève qui avait diffusé sur Facebook une chanson jugée diffamante et calomnieuse à propos de sa prof d’anglais. Une grille d’analyse guide les travaux. Les grands axes abordés portent sur les droits et devoirs de chacun, la jurisprudence, la définition de propos diffamatoires et calomnieux, l’importance du dialogue direct en cas de malentendu, le rôle éducatif de l’école (avant son rôle répressif)...
Bouquet ou à la carte
L’éducation à l’utilisation raisonnable et critique des moyens de communication électroniques s’avère donc toujours indispensable. Le CAV Liège et d’autres organismes de formation étoffent leur offre. "Les écoles sont demandeuses, mais elles ne mettent rien en place, souligne le CAV. Les Centres culturels nous sollicitent davantage, c’est par eux que nous accédons aux écoles. Nous proposons des bouquets ficelés sur les médias et représentations du monde, sur les réseaux sociaux et sur la manipulation de l’image. Ou bien nous nous adaptons à une demande spécifique de l’enseignant."
Il reste deux trimestres pour accueillir éventuellement un des modules d’animation. Informations au CAV Liège, 51, rue Beeckman, 4000 Liège 04 232.18.81 www.cavliège.be. Le Centre audiovisuel assure également des formations d’enseignants au sein de L’Institut de formation continuée Inter-Réseaux
Patrice Gilly
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