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Actualité du 06/12/2010

Les parents bien placés pour éduquer aux médias

Les parents bien placés pour éduquer aux médias

St Nicolas est content, il a un peu plus de jeux traditionnels dans son grand sac cette année. Mais il a encore beaucoup de joujoux technos à distribuer. L’industrie haute technologie présente un catalogue éblouissant. Difficile de résister  au gsm intelligent, à la console de jeux sans fil et sans manette, aux tablettes informatiques  conviviales. Le grand Saint est un peu effaré des prix. Il a  revu les souhaits à la baisse. Il sait que les fêtes de fin d’année livreront aussi leur convoi de cadeaux numériques, très mode. Le grand Saint plaint son collègue Père Noël qui n’y connaît rien en médias numériques. Les acheteurs n’en savent pas plus. Les produits sont nouveaux, les usages sont évolutifs, comment faire le bon choix ? Généralement, le vendeur  ou la presse sont les  principales sources d’information. Un grand quotidien publie un dossier sur la jungle numérique. Les experts consultés sont ceux des grandes chaînes de magasins pour conseiller sur la télé 3D ou la largeur d’écran, de 102 cm à 215 cm !
"On ne peut que constater l’abondance de services fournis par l’industrie et la pauvreté du discours   informatif. L’éducation aux médias doit sortir du secteur marchand, elle ne peut se confondre avec les finalités de l’industrie médiatique." Cette position est commune aux 300 participants  des deux journées de réflexion  consacrées à l’éducation aux médias pour tous. Le Conseil Supérieur de l’Education aux Médias (CSEM) a réuni experts, associations et parents  pour définir les conditions  nécessaires à la production d’une éducation soutenable et non transitoire. Le deuxième jour, la prestigieuse enceinte du Parlement européen a inspiré des perspectives de recommandations. Celles-ci seront finalisées et rendues publiques le 21 décembre prochain, à la fin de la présidence belge. Voici les grandes lignes pour l’éducation aux médias dans les familles.

Hélas ou heureusement, il n’y a pas de modèle éducatif standard. Les pédagogies sont très variées selon les pays et les milieux sociaux, aucune ne s’impose. A chaque famille, sa solution. Il faut donc partir de situations concrètes pour élaborer des lignes directrices applicables au quotidien. A priori, les parents ne voient pas la nécessité de réfléchir aux usages des médias. Ce besoin émerge lors de crises, quand la communication est brouillée entre les générations. La mutation technologique bouleverse les schémas éducationnels. Les enfants  en savent plus que leurs parents en matière de technologie, la transmission des savoirs est inversée. C’est une révolution. Mais ce qui ne change pas, c’est la richesse inépuisable des relations humaines, entretenues et confortées. Les compétences sociales sont indispensables pour éduquer aux médias en famille.  Faire semblant d’être dans le coup est un mauvais plan pour entrer dans l’univers des jeunes experts. En revanche, susciter le dialogue sur des usages qui captivent nos enfants, s’intéresser à leurs jeux ou à leurs surfs, constitue une belle porte d’entrée pour éduquer aux médias. La compétence sociale prime sur les aptitudes techniques. Les  compétences informatives sont importantes également. Les parents ont besoin d’être informés pour inculquer un regard critique sur les médias qui émaillent la vie des plus jeunes, pour les accompagner dans la découverte des écrans successifs ( TV, console de jeux, GSM, PC ). Les compétences techniques arrivent en troisième position seulement. Voilà qui rassurer les parents qui craignent d’être jugés sur leur  habileté numérique.

Savoir et comprendre de quoi il retourne pour dialoguer ; être capable d’autorité clairvoyante pour dire la règle, quoi de plus naturel en somme ? L’éducation aux médias commence tôt. Dès 3 ans, en favorisant la parole entre enfants et avec des adultes sur ce qu’ils voient. L’expression, de 3 à 6 ans, donne une autre économie psychique que la vision silencieuse de mise en scènes audiovisuelles. "Bien sûr,  les contes sont aussi  effrayants que le JT, dit Serge Tisseron, mais le journal télévisé est mis en scène et n’est pas médiatisé par un adulte qui lit un conte à l’enfant."
De 6 à 12 ans, les parents donneront des repères aux enfants, notamment sur les modèles économiques qui régissent Youtube ou Facebook. Il n’est pas trop tôt pour évoquer le droit à l’image et les droits d’auteur. Après 12 ans, on aidera l’enfant à produire ses propres images, en réalisant des pockets films (sur GSM) ou des machinimas, (à partir de jeux vidéo).

Nos enfants, plus tôt éveillés et savants, demandent un changement d’approche. L’équilibre est difficile entre curiosité affectueuse et intrusion, entre contrôle bienveillant et inquisition. Favoriser l’expression, donner des repères, encourager la production, en respectant les progressions d’âge, il n’en faut pas davantage pour orchestrer l’éducation aux médias familiale. Les parents ont besoin de structures aidantes. L’éducation aux médias volontaire ne fait qu’exacerber les inégalités, reflétant la disparité des milieux sociaux et de culture. L’environnement familial  et culturel influencent la construction identitaire de l’enfant. Celle-ci passe désormais via des écrans omniprésents. Les décideurs politiques tardent à mettre en oeuvre  une politique durable d’éducation aux médias. Il y a urgence, afin d’encadrer l’accélération de la technique, dérégulée au détriment des relations  familiales et sociales.


Patrice Gilly

 


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