


Les élèves et étudiants en seconde session sont tentés de stimuler leur cerveau et leur résistance physique en absorbant des boissons énergisantes, style breuvage "qui donne des ailes." Une publicité tapageuse prête des vertus usurpées à ces boissons très sucrées et riches en caféine. La stratégie des marques pétillantes consiste à parrainer des soirées en discothèques, à financer des cercles d’étudiants et à créer des bouches à oreille sur Internet (buzz) ciblant un jeune public. En consommant ces produits surmédiatisés, les ados ont l’impression d’être branchés et de doper leurs performances physiques.
En réalité, ces boissons à base de caféine et de taurine favorisent la déshydratation du corps. Elles sont déconseillées en blocus ou pendant le sport. Le Conseil supérieur de la santé préconise de ne pas dépasser une quantité journalière en caféine équivalant à 400 mg, voire 300 mg. Au-delà, des symptômes apparaissent, comme la nervosité, l’irritabilité, les maux de tête ou la tachycardie. Le consommateur s’expose aussi à être dépendant de la caféine. Dans son avis circonstancié du 2 décembre 2009, le Conseil épingle également l’association de ces boissons à l’alcool qui a pour effet de "réduire les signes de l’intoxication alcoolique et la prise de conscience de cet état".
Parfois, lors de soirées bien arrosées, les jeunes varient les mélanges, souvent à base de vodka. Les boissons excitantes catalysent les bitures express (binge drinking). Ces séances de beuveries consistent à boire successivement un grand nombre de boissons alcoolisées afin d’accéder rapidement à l’ivresse. Des études effectuées sur les campus américains démontre que le tandem alcool-Red Bull a des effets pervers tels l’accroissement des périodes d’orgie d’alcool (6,4 jours par mois contre 3,4 en moyenne) et l’augmentation de la quantité d’alcool consommée (5,8 contre 4,5 boissons par soirée). Ingurgiter des boissons énergisantes mélangées à de l'alcool multiplierait par 3 le risque de sortir ivre d'un bar et par 4 le risque que le buveur prenne le volant en état d’ébriété.
La marque au taureau rouge coule dans les gosiers depuis 1987. Vite imitée, jamais égalée apparemment, le leader mondial des "stimulantes" a écoulé 4 milliards de cannettes l’an dernier. Le marché belge est plus étroit, mais se défend avec 70 millions d’exemplaires probablement vendus en 2010, toutes marques confondues, selon les estimations du CRIOC (Centre de Recherche et d’Information des Organisations de consommateurs). Les chercheurs du CRIOC ont testé toutes les boissons énergisantes disponibles dans les grands magasins et dans les boutiques de nuit, fort fréquentées par les 16-25 ans. Les doses de taurine sont 10 fois plus élevées que dans l'alimentation normale. On compte la présence d'environ 9 morceaux de sucre dans une cannette de 250 ml. La consommation élevée de sucre participe aux problèmes de surpoids et d'obésité. Phénomène inquiétant, l'offre de produits dérivés augmente On voir apparaître des chewing-gums, des pastilles, du sirop et des comprimés effervescents. La mention "A consommer avec modération" n'est pas toujours reprise sur les cannettes. De même, les marques répugnent à indiquer que leurs produits sont à déconseiller aux enfants de moins de 16 ans, aux femmes enceintes, aux femmes qui allaitent, aux diabétiques et aux personnes sensibles à la caféine. Ce qui amène le Centre de Recherche à formuler plusieurs recommandations aux usagers et aux politiques.
-Interdiction de vente aux de moins de 16 ans ;
-Un étiquetage indiquant de manière claire et lisible les risques réels auxquels le consommateur s'expose
-La mention des risques liés à une consommation du produit associé à de l'alcool.
Le CRIOC demande encore que les règles imposées à la publicité pour l'alcool soient transposées à la publicité pour les boissons énergisantes. Ce qui reviendrait notamment à interdire la publicité ciblant les mineurs d’âge ainsi que les messages incitant ou encourageant à une consommation irréfléchie ou exagérée. Et cesser de suggérer aussi que ces boissons augmentent les performances ou conduisent à la réussite sociale, sportive ou sexuelle. Chiche.
Voir avis 8622 du Conseil supérieur de la santé - www.health.belgium.be, cliquez sur Cpnseil supérieur de la Santé.
P. Gilly
Veuillez vous identifier (premier cadre orange ci-contre) ou enregistrez-vous pour réagir à cet article.





