


Un spécialiste français des solutions de filtrage des contenus Internet a profité des vacances pour proposer un logiciel de contrôle parental inédit, paraît-il. L’occasion pour nous de revisiter le sujet.
Ce jour-là, la société en question avait réuni un bel aréopage pour lancer son produit : un psychiatre, un sociologue, un juriste et un informaticien entouraient habilement ce qui n’est finalement... qu’un coup de pub. N’empêche, on y a glané quelques informations intéressantes pour les parents, inquiets à l’idée de laisser leurs enfants aux mains de l’ordinateur pendant les vacances. Je ne reprendrai pas le ton parfois alarmiste de l’excellent article fourni, à cette occasion, aux journalistes en panne d’inspiration par la société chargée de conférence de presse. Mais c’est vrai, durant l’été, l’internaute junior a du mou pour surfer à gogo en l’absence des parents au boulot. De là à interdire Internet, il y a un pas que ne franchit pas Philippe Béague, directeur de l’Association Françoise Dolto. Comme il nous le rappelle, les risques sont aussi réels que sournois, mais ils font partie intégrante de la vie : "Les enfants évoluent à leur contact en apprenant à les éviter et à les gérer. Pour cela, ils comptent entre autres sur les adultes pour les prévenir à temps, leur apprendre la marche à suivre et dédramatiser leurs phobies". Le rôle de l’adulte est d’aider l’enfant à grandir. Les jeunes sont confrontés très tôt à la réalité, via Internet, la télé, les jeux vidéo. Généralement, ils découvrent le web à la transition entre l’enfance et l’adolescence, période d’exploration et de changements profonds. Raison de plus pour les accompagner, sans leur communiquer le stress qui habite souvent leurs aînés, dépassés par la technologie et les contenus foisonnants de la toile. Les enfants ont besoin de parents sereins, souligne encore Philippe Béague.
Martin Valcke, professeur à la faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education de l’université de Gand, a étudié le comportement des internautes de 2005 à 2009. Dans un premier temps, le taux de risque a diminué sur Internet. Ensuite, le développement des logiciels, (webcam, web 2.0, wi-fi) a réamorcé la courbe de risque vers le haut. Les internautes parlent facilement à des inconnus, acceptent un rendez-vous et s’y rendent seuls. Ils ne sont pas conscients des dangers. Internet est devenu un ami, un confident. L’enquête révèle que 50% des surfs juvéniles ne sont jamais contrôlés. Les parents ignorent concrètement ce que font leurs enfants sur Internet. L’intervention parentale est en chute libre ces dernières années. Martin Valcke explique : "A tort, le média Internet est banalisé et même souvent assimilé à la télévision par des parents qui s’intéressent beaucoup trop peu à la technologie et à ce que leurs enfants en font. Face à leur impuissance, les adultes deviennent majoritairement soit trop laxistes, soit trop autoritaires et, dans les deux cas, il est prouvé que la dérive des enfants n’en devient que plus grande".
Des parents faisant preuve d’autorité, associée à un bon climat relationnel, diminue considérablement les risques de mauvais usages du grand réseau. La définition de règles précises et claires de navigation sur Internet rassure l’enfant et… les parents. François Coppens, chercheur au CRID des Facultés Universitaires de Namur, rappelle une donnée souvent oubliées par les adultes : "La responsabilité civile des parents et des enseignants peut être engagée en raison des actes posés par des enfants sur Internet. En effet, la loi leur assigne un devoir d’éducation et de surveillance."
Le cocktail idéal de l’Internet tranquille allie une bonne dose de dialogue, un zeste de pédagogie et pourquoi pas un logiciel de protection de l’enfant. Dialoguer en s’intéressant aux sites consultés. Prévenir vos enfants des pièges qui leur sont tendus, avec une habileté renouvelée. Et finalement les armer techniquement contre les risques permanents. "Le contenu est, en effet, de plus en plus agrégé, avec de plus en plus de dynamique et de moins en moins de modération", constate Adrian Barbu, directeur chez Profil Technology, leader européen du logiciel de filtrage. "Le contenu d’un site est désormais subdivisé en dizaine de requêtes qui évoluent en fonction d’un grand nombre de paramètres différents comme l’heure du jour, l’adresse IP du visiteur, l’actualité…" Sa firme propose un filtre des contenus basé sur le dialogue et la flexibilité. Des données considérées comme sensibles doivent être consultables, par exemple, lorsque l’enfant doit faire un devoir sur l’anatomie humaine. Le système proposé permet de questionner les parents en ligne sur la possibilité de lever le verrou. Les parents gardent leur rôle central en modifiant le niveau de contrôle selon l’âge, la maturité et les besoins de l’enfant. La technologie au service de l’éducation, un beau programme.
Patrice Gilly
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