


Traçage et profilage sont les deux mamelles de la société "pucée" et numérisée. La protection de la vie privée en prend un coup. La faculté de droit de Namur a consacré une journée au profilage électronique. Chut, les cookies nous regardent…
Le cookie est un mouchard qui se loge sur le disque dur de votre PC, sur un site, ou dans une bannière publicitaire. Cet espion enregistre le moindre de vos clics et fournit des informations sur vos surfs, vos recherches, vos lectures, vos téléchargements, vos achats. Jean-Marc Dinant, informaticien au Centre de Recherches Informatique et Droit a montré l’envers d’une page Web au public ébahi du séminaire. En cliquant sur une bannière apparue en plein article sur Justine Henin, juste pour expulser l’intruse, nous avons vu s’afficher une douzaine de mouchards grâce à une application mise au point par l’orateur. Les cookies avaient enregistré le rejet de la pub, le nom du site consulté, la rubrique choisie et les hyperliens activés.
Plus fort encore : la machine nous emmène où elle décide de nous promener. Quand nous tombons sur la mention "page not found" (page non trouvée), celle-ci existe bel et bien. Le leurre est prétexte à nous rediriger vers une nouvelle adresse web et à nous faire naviguer un maximum. Au passage, les régies publicitaires collectent les clics à l’insu de l’internaute. Des protocoles de navigation permettent à des tiers de suivre en temps réel le dialogue entre un visiteur et le site visité via des hyperliens invisibles. "Chaque page est conçue en temps réel sans que le lecteur s’en rende compte. Deux internautes accédant au même site verront des pages totalement différentes alors que leurs machines et les adresses introduites auront été identiques." Cela signifie que l’affichage des pages est adapté à votre profil.
Impossible, direz-vous, les données récoltées sont anonymes. Effectivement, dans une première phase d’entreposage géant, des données sont regroupées, décrivant certains aspects de la personnalité d’un individu non identifiable. C’est une phase d’observation. Ainsi, Une société de marketing peut acquérir la liste des paniers d’achats de grands supermarchés.
Dans une deuxième phase, les informations sont croisées de façon statistique de manière à établir des corrélations entre certaines variables observables. Par exemple, une banque établira un lien statistique entre un long séjour dans les îles et plusieurs défauts de paiement de mensualités d’un crédit. Ces opérations permettent de catégoriser les personnes.
Lors d’une troisième phase, les données d’une personne identifiée ou identifiable aboutiront à son classement dans une catégorie prédéterminée. Ces trois phases bouclent le "profilage". Le placement dans une catégorie ciblera les publicités adressées, servira à prédire ou à influencer les comportements supposés d’une même catégorie. Sur Internet, une page personnalisée s’affiche en 1 30/1000ième de seconde. Les liens commerciaux apparaissant dans l’encart "Ad By Google" sur les sites très fréquentés, sont générés au cas par cas et en temps réel selon la page référente consultée.
Le profilage nécessite beaucoup de machines et peu d’intervention humaine. La méthode classe les individus avec une relative probabilité et donc avec un certain taux d’erreur. Le citoyen a intérêt à connaître ce que les machines savent de lui et à pouvoir accéder facilement aux informations stockées afin de rectifier les erreurs. Chaque individu peut s’opposer à des utilisations démesurées et disproportionnées des informations collectées sur lui. Ce droit est permanent. La Commission de la Protection de la vie privée enregistre les plaintes pour profilage déloyal. Elle intervient en médiateur entre le plaignant et le profileur.
Soyons conscients de notre transparence sur la Toile. Et même si nous bénéficions de recours contre la violation et la diffusion de données personnelles, les responsabilités sont difficiles à établir compte tenu du nombre d’acteurs de la vie en ligne (fournisseur d’accès, serveur, rédacteurs de contenus…). La directive européenne 95/46 stipule que "les systèmes de traitement sont au service de l’homme, ils doivent respecter les libertés et droits fondamentaux des personnes, notamment la vie privée." Des compagnies d’assurance, des banques établissent des listes noires sur la base de profils. Réclamez l’accès à ce que ces sociétés compilent sur vous, pour éviter les exclusions abusives. A l’avenir, les internautes rétifs au marketing en ligne, pourraient aussi être exclus du net, parce qu’ils refusent les cookies, combattent le profilage et, du coup, ne rapportent rien aux annonceurs. L’exclusion automatique sur base de moyennes est certes abusive, (loi du 15/02/1993 qualifiant les discriminations). Suggérons néanmoins aux internautes de tous horizons de constituer une association pour préserver l’universalité d’Internet. L’AFCDP française est très active et efficace. (Association Française des Correspondants à la protection des Données à caractère personnel)
Patrice Gilly
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