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Actualité du 26/05/2010

L'Internet gratuit a un prix

L'Internet gratuit a un prix

Le site du Journal L’Echo est  devenu payant. Les amateurs de bonne information économique et financière doivent désormais sortir 2.50 euros par semaine pour continuer à consulter une excellente source en ligne. Le quotidien belge ne fait jamais que s’aligner sur la presse spécialisée étrangère. Comme d’autres éditeurs de journaux, L’Echo a fait ses comptes. Les sites d’information électronique n’ont pas encore attient la rentabilité. La presse écrite cherche toujours la meilleure voie entre info gratuite et payante. L’art est difficile, l’équilibre instable. C’est pourquoi l’ensemble des journaux francophones râlent contre la RTBF qui développe des activités de presse écrite sur son site gratuit. Les éditeurs parlent de concurrence déloyale, estimant que la RTBF outrepasse ses missions de service public. Les journaux critiquent surtout la vente d’espaces publicitaires liés à ce nouveau créneau d’information, financé avec la dotation de la Communauté française.  La presse francophone  a sollicité la médiation de la ministre de l’audiovisuel, Fadila Laanan. Les éditeurs privés ont rompu les négociations après cinq réunions improductives. Ils envisagent de saisir la justice.

L’émergence et l’expansion d’un média  électronique  comme Internet  a fragilisé la presse. Le secteur de l’édition du livre est inquiet également. Outre le livre électronique, téléchargeable sur PC, les éditeurs affrontent la numérisation sauvage du patrimoine littéraire mondial. Google a déjà numérisé un dizaine de millions d’ouvrages, sans payer le moindre droit d’auteur. Le moteur de recherche est en procès avec une kyrielle de maisons américaines et européenne. Sa tactique consiste à négocier les droits après la mise en ligne. Entretemps, Google engrange les recettes publicitaires liées à la consultation des livres. Il récolte aussi de précieuses données sur les lecteurs  tenus de s’identifier et de se localiser pour être aiguillés vers la bibliothèque la plus proche. Google se défend de monnayer les profils d’internautes établis à partir des  surfs sur ses sites multiples et variés. Ces données personnelles, vendues à des annonceurs, rapportent gros aux moteurs de recherche, de même que la publicité. Ces rentrées permettent de maintenir l’accès gratuit à l’information et aux services en ligne.  Facebook, toujours pas rentable, s’ingénie à simplifier l’exposition de la vie privée de ses membres. Au point d’irriter une foule d’internautes, lassés de la complexité de paramètres de confidentialité changeants et complexes à configurer. Mark Zuckerberg, le père de Facebook, s’est engagé à fluidifier les procédures de protection de la vie privée. MySpace a emboîté le pas. Mais ces réseaux sociaux ne renonceront jamais à monnayer les informations que nous livrons peu ou prou aux yeux du monde entier.

Ne nous leurrons pas,  les opérateurs du Web ont besoin de sucer notre ADN pour survivre. Le maintien de la gratuité dépend beaucoup du commerce de nos données personnelles, voire intimes. A nous de déterminer clairement les frontières entre  vie publique et vie privée et de les rappeler à nos chers petits, de plus en plus tôt sur la toile, pour lesquels ces notions sont encore floues. Internet est tout, sauf innocent. Le prix à payer pour une meilleure confidentialité passe probablement par le paiement de l’accès à nos sites favoris. Ceux-ci, rémunérés par des millions de visiteurs, pourront réduire la chasse aux profils de consommateurs. Mais on constate qu’un site payant détourne le flux vers les gratuits. L’équation semble insoluble ou peut-être ce que prédisait  Joëlle Farchy va-t-il devenir réalité. La sociologue  envisageait en 2006  la cohabitation de trois modèles d’accès sur Internet. Le premier est contrôlé. Les œuvres seraient distribuées en ligne, en limitant le nombre de copies, en restreignant les transferts d’ordinateur à baladeur. Le deuxième accès serait assorti d’un système de licence, donnant libre accès, moyennant une compensation financière versée aux ayants droit. Le troisième segment serait gratuit.

Quoiqu’il en soit, n’oubliez pas que la masse des internautes a un pouvoir d’indignation et de résistance énorme, capable de faire plier les géants du Web. L’engagement de  Zuckerberg sur l’allégement des procédures de confidentialité en est l’illustration récente.  La protection de la vie privée sur Internet constitue un enjeu plus vital encore que la gratuité. Internet payant forcera peut-être à nous poser la question du nécessaire  et du superflu de nos surfs réguliers sur l’onde mondiale.


Patrice Gilly

 


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