


En France, la moitié des trentenaires se voient en face-à face après une longue approche désincarnée sur le Web. Les sites de rencontres ont poussé comme des champignons sur la Toile. Il y a à boire et à manger, j’en parle plus bas. Pourquoi l’amour en ligne est-il en vogue ? Parce que la correspondance électronique en dehors du regard de l’autre permet d’avancer protégé, de baliser le terrain en vue d’un rendez-vous en chair et en os. On recense les centres d’intérêts communs, les opinions partagées, les élans convergents. La communion virtuelle est telle que les tourtereaux hésitent à se rapprocher dans la réalité. Que se dire encore qui n’a été dit par clavier ? Rassurez-vous, l’échange écrit finit par des regards enfin croisés. L’autre avantage inavoué des préliminaires à distance, c’est de pouvoir courir plusieurs lièvres à la fois. Rien n’empêche de tester plusieurs partenaires potentiels.
Et les jeunes ? Ils utilisent moins les sites spécialisés cœur que leurs aînés : ils préfèrent le flirt mobile téléphonique. L’expression brève et immédiate leur convient mieux. De même sur Internet, les jeunes sont assez laconiques et truffent leurs messages avec les fameux smileys - ou émoticônes, en français - pour incarner leurs états d’âme. Certains se déclarent anonymement et s’engagent émotionnellement au-delà de ce qu’ils d’exprimeraient en face-à face. Un conseil pour les parents : leur rappeler que les mots, mêmes virtuels peuvent toucher profondément.
Pas toujours rose
Outre MSN, les sms, blogs et autres forums, des sites de rencontres payants entretiennent la circulation des sentiments en ligne. Méfiance, nous dit le CRIOC (Centre de Recherches et d’Information des Organisations de Consommateurs) ! Les services proposés sont souvent liés à des abonnements coûteux, qui ne garantissent que du vent. Le but inavoué de certains tchats est de scotcher le naïf amoureux sur le site afin de l’amener à acheter un abonnement de longue durée. Il aura le "plaisir" de dialoguer avec des animatrices sous contrat. Autant prévenir nos ados en quête de l’âme sœur et souvent aveuglé par d’alléchantes perspectives. Dites-leur aussi de fuir les annonces télévisées qui vantent les rencontres par SMS ou MMS (avec image) avec des charmantes jeunes femmes au profil fantaisiste. C’est tentant. Il suffit de taper le nom et le code de la personne vue à la télé pour lui parler. Bien sûr, les appels répétés restent vains et la facture de téléphone explose. La note est encore plus salée lorsque l’appelant inscrit au club de rencontres par SMS accepte que ses messages soient transmis à tous les adhérents et réciproquement. Il sera inondé de messages (émis et reçus) facturés à 1 euro et plus et tombera parfois sur des professionnelles qui recrutent par petites annonces. Ce système s'apparente à de la vente forcée.
Ces pièges éventés, le dialogue amoureux peut reprendre. La carte du "tendre électronique" est entrée dans les mœurs. Le carnet rose s’enrichit d’heureuses épousailles comme en témoignent notamment Laure et Niko, dont nous vous avons parlé dans Le Ligueur du 17 mars 2010. Ils se sont reconnus sur un site de discussion en 2000 et ont aujourd’hui deux enfants.
Patrice Gilly
Love, Web et SMS
Dans la foulée de cette réflexion sur l’amour sur le web, signalons ce spectacle Love, Web et SMS, monté par 200 jeunes, sur le thème de l’amour à l’ère des nouvelles technologies. Fruit d’un an de travail en ateliers avec des professionnels, ce spectacle est présenté au public au Festival Bruxelles Babel, les 15, 16 et 17 avril prochain.
Le samedi est une journée spéciale ados : scène ouverte, spectacle à 2 euros, repas à prix modique. Les familles sont les bienvenues pour voyager, ensemble, dans l’exposition interactive sur les travaux de l’année au travers de photos, vidéos et croquis .Chaque scène du spectacle Love, Web et sms a été créé en atelier. Le tout a été assemblé pendant les vacances de Pâques. Il y a du chant, de la danse, du slam, des images animées et du jeu théâtral. Le festival était ouvert à tous, même aux néophytes de la scène. Trois groupes de jeunes - des Finlandais, des Anglais et des Français - ont intégré la création collective. L’amour virtuel est au cœur de la vie des jeunes, champions des textos sentimentaux et des messages amoureux instantanés sur MSN. La génération Y est "tiraillée entre la facilité du virtuel, la perte de repère, la crainte et la nécessité d’aimer, la peur de l’autre et la fureur de vivre, en quête de vraies rencontres pour aimer, même trop, même mal", lit-on en exergue du spectacle.
Plus d’infos, Festival Bruxelles Babel.
P.G.

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