


L’école n’est pas entrée dans la culture qu’elle est censée porter. Autrement dit, l’enseignement est en décalage avec une société numérique où la transmission des savoirs est horizontale, de pair à pair, et non plus verticale, de maître à élève ou de parent à enfant. Est-ce grave ?
"Pas tant que cela", répondent les participants à La Cité de la Connaissance qui s’est tenue à Liège. Durant trois jours, la Cité installée à l’Ecole Supérieure des Arts St Luc, a réfléchi sur la civilisation numérique en brassant les disciplines et les publics. Une belle idée, hélas boudée par les participants citoyens. Les experts présents ont néanmoins joué le jeu. Ils ont débattu longuement de l’école face au numérique.
Donc, l’école décalée par rapport au bouillonnement numérique, c’est finalement souhaitable. L’école cartésienne et analytique a encore son mot à dire à une génération intuitive, plongée dans l’hyper attention et non plus dans l’attention profonde. L’hyper attention caractérise la simultanéité d’activités. Le natif digital a souvent plusieurs fenêtres ouvertes sur son écran ; il est habitué à la gestion multitâche. Les psychologues cognitivistes montrent que trop de tâches altère la performance dans chaque tâche. Nul ne sait encore les effets à long terme.
Une certitude : les élèves apprennent de plus en plus à l’extérieur de l’école et de la famille. L’enseignement doit tenir compte de cette nouvelle donne. L’école est un lieu où des savoirs sont validés et bien malin qui peut prédire quels savoirs légitimes émergeront des apports de connaissance extérieurs et du raz-de-marée technologique. En attendant, on ne peut ignorer la formation parallèle des jeunes au gré des surfs sur Internet et de la mise en œuvre d’applications informatiques de toutes sortes. L’école gagnerait à employer les outils pratiqués par les élèves en dehors des établissements scolaires. Les TIC serviraient à trier les savoirs, à les ordonner, à les comprendre, à les comparer et à les valider. Confions à l’école la mission de "discipliner" le monde foisonnant du numérique. Donnons-lui la possibilité de gommer l’inégalité des élèves face au TIC. Tous ne sont pas équipés. Tous n’ont pas la même habileté à jongler avec les logiciels.
Les professeurs pourraient également aider les élèves à faire le lien entre ce que les outils numériques (GSM, ordinateur, Internet) leur apportent et leurs besoins réels. L’erreur serait de considérer que les as du PC n’ont pas besoin de formation pour utiliser leurs machines avec recul et discernement. L’hypertexte et l’hyperlien tracent un parcours préalablement structuré. L’internaute se passe d’élaborer une démarche personnelle de travail et de recherche. Ceci au détriment de la méthode réflexive.
Une approche axée sur la pratique des jeunes nécessite une formation spécifique du corps enseignant et probablement un redécoupage horaire des cours. L’organisation en tranches de 50 minutes est trop figée comparé à l’éclatement de la vie numérisée. L’école doit continuer à susciter des mots pour articuler une pensée qui a tendance à s’effilocher devant les écrans.
Le travail de l’école sera grandement facilité si l’éducation à un usage raisonné des TIC a déjà commencé en famille. Les parents nourrissent les mêmes appréhensions que les enseignants face aux écrans. Raison de plus pour faire cause commune dans l’éducation aux médias d’une génération née et grandie sous le regard des écrans compagnons.
Lire d’intéressantes contributions sur www.lacitedelaconnaissance.com.
Patrice Gilly
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