


Connaître la géographie du patrimoine wallon, comprendre le conflit israëlo-palestinien, tout cela est possible en jouant sur écran. Les serious games sont des jeux video conçus dans un but ludo-éducatif. Ils nous viennent des Etats-Unis. Au départ, ils étaient destinés à former les soldats américains en les plaçant dans des situations virtuelles de combat. Les concepteurs de serious ont ensuite développé des séries destinées aux écoles, à l’auto- apprentissage (e-learning) et aux associations pour communiquer leur message au public. Des organisations non gouvernementales (ONG) sensibilisent les 8-14 ans aux grands problèmes actuels, comme la famine ou la protection de l’environnement. Les jeux sont encore utilisés notamment dans les centres de revalidation ou comme outil dans la lutte contre l'obésité.
Les serious games comptent pour des clopinettes dans le chiffre d’affaires mondial des jeux video. En Belgique, le marché s’est écroulé faute de concepteurs et de moyens. Pourtant Adibou et Lapin malin ravissent les petits. La plupart des jeux sérieux sont gratuits et téléchargeables en ligne. Des communautés se rassemblent autour d’un jeu comme Farmville. 70 millions d’internautes font pousser des légumes en se fixant des objectifs de production. Cela dit, 80% des jeux sont des quizz ; beaucoup sont proposés en anglais.
Plusieurs pédagogues et universités caressent l’idée de placer des jeux sérieux à l’école. L’idée tarde à se concrétiser faute de matériel adapté à l’enseignement. L’équilibre est délicat à pondérer entre jeu et contenu à acquérir. Si l’aspect ludique prédomine, l’enseignant répugnera à jouer en classe. Traditionnellement, "on n’est pas à l’école pour s’amuser". Opinion partagée par 50% d’écoliers flamands qui refusent les jeux video pour apprendre.
Pourtant, l’évolution technologique des trente dernières années a permis de varier les angles pédagogiques. Dans les années '80, le gaming se bornait à tester les connaissances dans un environnement graphique rébarbatif. Aujourd’hui, les jeux sont en 3D et interactifs. Des chercheurs avancent que le jeu peut contribuer à acquérir des compétences et des comportements coopératifs (jeux collaboratifs, assez prisés en entreprise). Cette hypothèse est difficile à vérifier sur le terrain. Les jeux vidéo sont absents des bancs scolaires. Le découpage en cours de 50 minutes se prête mal à la longue durée des parties. Les concepteurs brillent par leur absence chez nous. La France est mieux lotie, avec rien que pour la région du Nord Pas de Calais, 35 entreprises actives dans le jeu et ses dérivés.
Invité aux Midis de la communication associative, à l’initiative de Média Animation, François Delpierre, développeur de serious games à Genval, regrette le manque d’investissement dans le secteur, alors que les compétences technologiques existent. Avec 5.000 euros, on peut déjà produire un outil valable, assure-t-il. Il précise également que le facteur humain est déterminant. Le professeur doit accompagner l’apprenant joueur. Les TIC obligent l’enseignant à évoluer. Il devient facilitateur et non plus uniquement dispensateur de savoir. Il aide l’élève à réfléchir. Par exemple, le jeu sur le conflit du Moyen-Orient propose des réponses pré-mâchées et orientées aux questions de l’élève glissé dans la peau d’un journaliste. Les jeux véhiculent toujours un message, voire une idéologie, que professeur et élèves s’emploieront à débusquer.
Il y a un potentiel pédagogique sans doute, axé sur la culture de la génération des natifs digitaux. Reste à déterminer l’intérêt du jeu vidéo à l’école. Et aussi à élaborer une méthode d’évaluation des aptitudes et connaissances acquises grâce aux jeux. Les participants au Midi de la communication associative, organisé par Média Animation, ont promis d’aborder ces questions dans leurs associations respectives.
Les Midis-médias sont gratuits (sandwiches compris) sur réservation au 02/256.72.43 ou chez n.dessy@media-animation.be. Ils ont lieu de 12 à 14 heures, av. Mounier, 00, à 1200 Bruxelles. Prochain rendez-vous le 27 avril. Le Nombre de places limité à 20 participants.
Pour un panorama des jeux éducatifs et des jeux de divertissement pur, plongez dans les caves de Cureghem, rue Ropsy Chaudron 24, 1070 Bruxelles Tél. :02/556.11.74 L’expo interactive Play Belgium est ouverte jusqu’’au 18 avril. Vous pourrez tester une palette de plus de 200 jeux, allant de la toute première génération de jeux (comme Pong, Space Invaders, Pac Man...) jusqu'aux jeux les plus récents sur la Wii, la Xbox ou la Playstation.
Voir aussi le site www.belle.be, un des rares développeurs wallons de serious games.
Patrice Gilly
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