


La Commission européenne souhaite l’inscription officielle de l’éducation aux médias dans les programmes scolaires et hors de l’école. Pour convaincre les Etats membres, la Commission dispose désormais d’un ouvrage de référence*, issu de la plateforme Euromeduc. Après 3 séminaires et un Congrès, 350 chercheurs et praticiens spécialisés en éducation aux médias, issus de 30 pays ont tiré 70 lignes d’action à l’adresse des responsables politiques, des enseignants, de l’industrie des médias et des chercheurs. L’esprit général de ces recommandations, s’appuyant sur 2 ans de travaux est de ne pas figer la technologie sur un piédestal et de favoriser une approche critique, dans le sens "d’approche réfléchie visant à remettre en question ce que nous tenons généralement pour acquis du moins dans notre vie quotidienne." Il n’y a pas de politique éducative qui ne soit influencée par des valeurs. Généralement, l’attention est centrée sur les opportunités que fournissent les TIC et non sur leur impact sur la société et la culture.
Les 200 pages produites par Euromeduc abordent aussi l’éducation aux médias sous un angle très pratique. Parmi les nombreux contributeurs, Serge Tisseron propose la règle des 3-6-9-12. "Pas d’écran avant 3 ans, pas de console de jeux personnelle avant 6 ans, pas d’Internet accompagné avant 9 ans et pas d’Internet seul avant 12 ans (ou avant l’entrée en humanités)." L’ouvrage évoque l’inquiétude des parents face à l’appétit vorace de leurs enfants pour le GSM et Internet. L’inversion générationnelle (les enfants en savent plus que les adultes) sera surmontée si "nous apprenons les uns des autres, si nous partageons nos connaissances et le contexte dans lequel nous vivons."
N’oublions pas l’école. Il y a probablement autant de manières d’éduquer aux médias que de cultures différentes dans les 27 pays membres de l’Union européenne. Comment intégrer l’approche critique du numérique en classe ? La question reste ouverte. Un début de solution réside dans la formation des enseignants et dans le dialogue. Les professeurs ne connaissent pas grand chose des usages des jeunes. La plupart ont tendance à penser que les élèves n’ont aucun recul critique leur permettant de maîtriser l’usage des médias numériques, en particulier ceux de la recherche d’informations, et s’en tiennent à cet a priori.
Quels que soient les points de vue, l’éducation aux médias au long cours implique de rallier les énergies et les compétences pour élaborer des outils pédagogiques et éducatifs nécessaires à une consommation avertie des TICS (voir à ce sujet notre dossier dans Le Ligueur du 20 janvier 2009)
* L’éducation aux médias en Europe, controverses, défis et perspectives, disponible chez Média Animation, Av. Mounier 100, 1200 Bruxelles. (02/256 72 33) - info@media-animation.be
Visa pour coupures
Le décodage des stéréotypes d’un spot publicitaire est une forme d’éducation aux médias. Bientôt, l’exercice sera possible en regardant les films à la RTBF. Le décret programme budgétaire voté par le Conseil de la Communauté française comporte un article autorisant le service public à couper les films avec de la pub. L’autorisation vaut pour 3 ans, le temps d’encaisser la non-indexation de la dotation, ce qui équivaut à un effort de 24 millions d’euros et à la perte d’une bonne centaine d’emplois. Les coupures de films et la publicité pour les médicaments de comptoir procureront des recettes supplémentaires. Le conseil d’administration de la RTBF, sous une présidence Ecolo, a déjà donné son accord. Lors des débats budgétaires au parlement de la Communauté, le MR n’a pas manqué de fustiger les verts, adversaires de la publicité à la RTBF
Cette mesure n’est pas facile, a répliqué le chef de groupe, Marcel Cheron, mais nous l’assumons. Par ailleurs, "le gouvernement a lancé une étude sur le financement de la RTBF et sur la recherche de financements alternatifs à la publicité et au sponsoring qui n’affaibliraient pas l’offre de service public et qui garantirait sa stabilité." Les autres partenaires, socialiste et cdH, de l’Olivier sont très pragmatiques aussi, vu le contexte difficile de la télévision publique. Celle-ci est à l’affût du moindre cent. L’émission Screen va disparaître. Exit Cathy Immelen et Hugues Dayez. Seules les bandes annonces des films subsisteront, leur diffusion payée par les distributeurs de films.
Suppression de Screen et de Bla-Bla, coupures publicitaires dans les films, placement de produits dans les émissions, il ne faudrait pas que la RTBF perde son cachet de service public sous prétexte de vaches maigres. C’est la crainte des 700 signataires de la pétition en ligne contre l’interruption sauvage des films et qui veilleront à ce que la mesure prévue pour 3 ans ne devienne permanente.
Patrice Gilly
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