


Les résultats de l’enquête sur les jeunes et Internet parus récemment dans la Libre Belgique (1) confirment ce que l’on savait déjà. Les jeunes entrent en Internet à 12 ans ; ils surfent le plus souvent seuls dans leur chambre et la plupart ont déjà été confrontés à la pornographie, dès l’école primaire. Quant aux parents, ils ne parviennent pas à actualiser leur bagage technologique ; ils voient avec horreur un fossé générationnel se creuser avec les natifs numériques (digital natives).
Et maintenant que vais-je faire ? , chantait Gilbert Bécaud. Nous pouvons lancer un autre couplet sur l’air de Vive le pont entre les générations. Construisons des passerelles entre jeunes et adultes, ancrées sur la confiance et sur l’échange de savoirs. Les enfants, au moins jusqu’à 16 ans, sont demandeurs de guidance et de présence bienveillante dans une société en panne de repères institutionnels et symboliques. Les parents sont là pour apprendre à bien regarder, ni trop, ni trop peu, des écrans qui souvent se substituent au regard des grands.
On compte facilement une dizaine d’écrans par famille (console de jeux, télé, ordi, GSM). Ils sont partout, dans le salon, dans le bureau, dans la chambre et en poche. Cette dispersion favorise les pratiques individuelles et solitaires. Donc, première directive : placer l’ordinateur dans une pièce commune, où il y a du passage et des échanges possibles.
L’infinitude du Net impose des limites horaires, en respectant les progressions d’âge. Comme l’heure du coucher qui recule en grandissant. Le surf après les devoirs et non l’inverse. Pas le matin avant l’école. Si l’enfant modère d’emblée ses pratiques TIC, il conservera ces bonnes habitudes plus tard.
Le rôle de parents consiste notamment à fournir des balises. L’enfant doit apprendre à différer la satisfaction de ses envies. Tout n’est pas possible instantanément, comme sur un clic de souris, sur un envoi de texto ou un zap de télécommande. Dire non structure l’enfant. L’opposition forge le caractère et l’identité. Au lieu de dire zut à l’adulte, l’enfant se tait, allume son écran favori et s’isole dans sa chambre où il joue, regarde la télé, surfe dans sa bulle. L’écran s’interpose entre deux mondes qui s’éloignent. Les malaises tus et latents remplacent les conflits exprimés.
Rappel binaire
Répétons inlassablement ce que nous avons écrit ici et dans le Ligueur, Internet n’est pas une zone de non-droit. Les règles en vigueur en famille, à l’école et dans la société s’appliquent sur GSM et sur Internet. Le piratage, l’insulte, le harcèlement, l’utilisation de l’image d’autrui sans son consentement constituent des délits.
Quelques règles de prudence sont conseillées. Ne pas déballer sa vie intime ; ne pas donner des informations confidentielles que l’on ne confierait pas au premier venu; ne répondre qu’à des interlocuteurs en ligne connus. Ne pas acheter ou s’engager à acheter sur e-Bay sans votre aval. Inscrivez ces recommandations sur un bout de papier autocollant, plaqué sur le bord du PC.
Dites encore à vos chéris qu’ils pourraient être confrontés à des rencontres choquantes ou troublantes (pornographie, sites anorexie, incitation pédophile). Mettez-les en garde et assurez-les que votre ligne directe est ouverte pour écouter et décrypter leurs mésaventures.
Certes, en 20 ans d’existence, Internet a bouleversé l’éducation, l’apprentissage, les relations humaines. (Voir, dans le prochain numéro du Ligueur : Société numérique : 1980, le grand bond… 2010, un fossé entre les générations).
Deux décennies fulgurantes ont vécu. Mais des fondamentaux demeurent. Notre expérience d’adultes, notre clairvoyance et notre amour sont des atouts précieux pour guider une génération, certes très intuitive et interactive, mais toujours en quête de mentors éclairés.
CONFIANCE.
(1) http://www.lalibre.be/societe/cyber/article/535763/jeunes-et-internet-attention-dangers.html
P.G.
Ouvrage conseillé : L’évolution des cultures numériques, sous la direction de Christian Licoppe, Fyp Editions, 2009.
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