
Ces derniers jours, on parle beaucoup des accords de Schengen. La France et l’Italie veulent transformer ces accords pour limiter le nombre de personnes venant d’Afrique du Nord. Quels sont ces accords ? Pourquoi les changer ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre.
Voyons tout d’abord où se trouve Schengen : il s’agit d’une petite commune d’environ 1600 habitants située au Luxembourg. Rappelons que ce pays est coincé entre la Belgique, la France et l’Allemagne. Il compte un peu plus de 500 000 habitants (20 fois moins que chez nous) pour une superficie de 2500km² (15 fois moins que la Belgique).
Avec Schengen, fini les contrôles aux frontières
Aujourd’hui, la commune de Schengen est célèbre en Europe et ailleurs dans le monde pour une seule raison : c’est là que les fameux accords de Schengen ont été signés, le 14 juin 1985. Mais quel est le contenue de texte important ? Il prévoit la création d’un espace, composé de plusieurs pays européens, dans lequel les personnes peuvent circuler librement, c’est-à-dire sans être contrôlé aux frontières, comme c’était le cas avant. Cet espace est ce que l’on appelle l’espace Schengen. Par contre les frontières extérieures, c’est-à-dire avec les pays non membres, sont contrôlées.
En pratique, c’est un gros avantage pour le tourisme à l’intérieur de cet espace. Ainsi, inutile d’attendre dans des files à la frontière franco-belge lorsqu’on part en vacances en voiture dans le Sud de la France. Pareil lorsque l’on prend l’avion pour se rendre d’un pays à l’autre de ce espace Schengen.
Voilà pour la théorie. Mais qui sont les pays qui font désormais partie de cet espace ? Au départ, seuls cinq pays étaient concernés : la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, la France et l’Allemagne. Mais progressivement, de plus en plus de pays sont rentrés dans l’espace Schengen. Aujourd’hui, 25 Etats font partie de cette zone. Petit casse-tête : certains font partie de l’espace Schengen alors qu’ils ne sont pas membres de l’Union européenne. C’est le cas de l’Islande, de la Norvège et de la Suisse. Par contre, l’Irlande et l’Angleterre font partie de l’Union européenne mais ont choisi de ne pas adhérer à l’espace Schengen. En tout, cet espace rassemble 400 millions de personnes, soit 40 fois la population belge.
Des milliers de Tunisiens sur les côtes italiennes
Depuis quelques semaines, la France et l’Italie veulent réformer autrement dit, redéfinir l’espace Schengen. En effet, ces deux pays ont peur de l’immigration nord-africaine, c’est-à-dire des personnes venant d’Afrique du Nord et cherchant une vie meilleure en Europe. Pourquoi une telle peur ? Cette angoisse vient notamment des révoltes du monde arabe ces derniers mois. Petit rappel : en Tunisie, la révolte a réussi à fuir le président Ben Ali, le 14 janvier dernier. Le pays tente de se reconstruire, mais la tâche n’est pas facile. Depuis, le mois de janvier, pas moins de 25 000 Tunisiens ont fui leur pays vers l’Europe pour échapper à la pauvreté. Pour eux, le chemin le plus court était de passer par l’île italienne de Lampedusa.
L'Italie et la France dépassées
Mais, Lampedusa est une toute petite île qui n’a pas la possibilité d’accueillir autant de personnes. Il faut des bâtiments pour les héberger. Mais aussi des médicaments pour les soigner. En effet, ces immigrants passent parfois plusieurs jours sans manger dans un bateau pour traverser la mer Méditerranée. Pour accueillir des immigrants, un pays doit donc avoir l’argent nécessaire.
Autre problème : ces immigrants étaient coincés sur cette île car ils ne possédaient pas de papier officiel (c’est ce que l’on appelle le permis de séjour) pour rentrer en Europe. Silvio Berlusconi, le président du conseil italien (l’équivalent de notre Premier ministre), a décidé d’accorder un permis de séjour de 6 mois à ces immigrants. Posséder un tel document permet de se rendre dans n’importe quel pays de l’espace Schengen : en donnant cette autorisation, l’Italie voulait donc que ces immigrants partent vers d’autres pays. L’Italie a décidé d’agir comme cela, mais le reste des pays européens n’étaient pas d’accord.
Une fois ce permis en main, des milliers d’immigrants ont donc cherché à se rendre dans d’autres pays. C’est alors la France qui a eu peur de les voir arriver. Comme ces Tunisiens arrivaient en train, la France a décidé de stopper ces trains à la frontière. Ce qui est normalement interdit par les accords de Schengen. Suite à ces événements, la France et l’Italie ont donc proposé de refermer les frontières à l’intérieur de l’espace Schengen : ils voudraient à nouveau des contrôles aux frontières afin de vérifier qui entre et sort de chaque pays. Il s’agit pour eux du meilleur moyen de contrôler l’immigration.
Modifier l'espace Schengen ?
Ces deux pays ont aussi fait appel à la solidarité (autrement dit, à l’entraide) entre les pays de l’espace Schengen. En fait, tous les pays ne sont pas concernés de la même manière par l’immigration. Comme actuellement ces immigrants viennent essentiellement du Nord de l’Afrique, c’est le Sud de l’Europe qui est la première touchée. Les pays du Nord de l’Europe comme la Suède, la Norvège ou la Finlande se sentent beaucoup moins concernés par le problème. Du coup, ces pays ont déclaré qu’ils ne donneraient pas d’argent pour aider les pays du Sud. Or, de l’argent il en faut également pour renforcer les contrôles en mer Méditerranée pour limiter les arrivées d’immigrants.
Le débat de l’avenir des accords de Schengen va se poursuivre dans les jours et même les semaines qui viennent. Les pays de cet espace vont-ils choisir de fermer pendant un moment les frontières ? Ou vont-ils décider d’attaquer le problème à la base, c’est-à-dire aider les pays en difficultés ? Débat à suivre…
Damien Roulette
Une carte pour visualiser les pays membres de l'espace Schengen.






