
Que sait-on du Bangladesh en Belgique ? Que ce pays d'Asie est pauvre et souvent victime d’ouragans. Pourtant, ses habitants veulent à tout prix s’en sortir. Et parfois, ils y arrivent ! L’exemple de l’ONG GK est éclairant.
Coincé entre l’Inde et la Birmanie, le Bangladesh est un des pays le plus densément peuplé de la planète : près de 160 millions d’habitants y vivent, sur un territoire grand comme 4,5 fois la Belgique. C’est aussi l’un des pays les plus pauvres du monde. Près de 63 millions de gens vivent sous le seuil de pauvreté, dont 20 millions dans l’extrême pauvreté : ils ne possèdent rien, ou presque. Rien qu’à Dacca, la capitale, 250.000 enfants abandonnés vivraient dans les rues. Chaque jour aussi, des centaines de réfugiés fuient la misère des campagnes et se réfugient dans des bidonvilles.
Une situation terrible et désespérante. D’autant plus que, dans les prochaines années, le réchauffement du climat accentuera probablement cette réalité (voir ci-dessous). Et pourtant, dans ce pays très jeune (à peine quarante ans d’indépendance) tout n’est pas noir. Ainsi, la vaccination des enfants a donné d’excellents résultats. L’espérance de vie y est de plus de soixante ans. Quant à l’indice de fécondité des femmes (soit le nombre d’enfants par femme, en moyenne), il est de 2,3 enfants. Ces données sont plutôt rares dans un pays en développement.
Aller soigner les mamans et leurs enfants, à vélo
D’une manière plus générale, le Bangladesh peut compter sur le soutien de très nombreuses associations (internationales ou locales) dont l’objectif est d’améliorer les conditions de vie de la population. Il y a quelques semaines, Solidarité mondiale (une organisation non-gouvernementale belge alliée aux Mutualités chrétiennes), a décidé de se rendre au Bangladesh pour visiter une association au nom un peu compliqué : Gonoshasthaya Kendra (GK). Peu connue, cette association touche pourtant 1,3 million de personnes. Son travail, assez remarquable, est basé sur deux règles très simples. Premièrement : pour lutter contre la pauvreté, il faut s’attaquer prioritairement aux problèmes de santé. Et deuxièmement : la clef du développement, ce sont les femmes.
Mais comment s’y prend l’association GK pour venir en aide aux populations ? Depuis une trentaine d’années déjà, des jeunes femmes (on les appelle les paramedics) sillonnent les campagnes à vélo pour aller soigner les jeunes mamans et leurs enfants. Une véritable révolution que le travail de ces femmes dans ce pays, qui est à 90 % musulman.
GK a également mis sur pied un système de mutuelle : chacun paie une cotisation qui va dans un fonds commun, qui sert ensuite à payer les soins. Le système suivant a été mis en place : les pauvres ne paient presque rien, les riches beaucoup plus. La solidarité entre pauvres, classes moyennes et riches est ainsi mieux assurée.
Un exemple à imiter
Le succès a été tellement énorme que GK a progressivement ouvert des hôpitaux, une université, trois usines (qui fabriquent des médicaments et des compléments nutritionnels, à bas prix). Bientôt, une unité de recherches sur le cancer va aussi voir le jour. Avec l’aide de trois ONG européennes, GK a aussi ouvert 200 écoles : dans ces établissements, on essaie aussi de donner du travail à des institutrices qui viennent de milieux défavorisés. GK forme aussi les femmes (une autre révolution) à des métiers masculins : celui de soudeur, menuisier, de conducteur de machines agricoles... Autre particularité de GK : chaque membre de l’ONG (15 000 personnes, au total), du directeur aux ouvriers, consacrent chaque jour une heure au travail aux champs ou au potager.
Depuis vingt ans, GK a reçu de nombreux prix et récompenses pour son travail et notamment le Right Livelihood Award, qui est le "Prix Nobel alternatif". Les responsables de l’ONG voudraient maintenant que leur travail donne des idées aux responsables du pays. Une belle source d’inspiration aussi pour les autres pays du Sud…
Philippe Lamotte
Fragilité maximale
Coincé entre l’Himalaya et le Delta du Gange, le Bangladesh est aux premières loges pour subir les effets de la fonde des glaciers et de la hausse du niveau de la mer. A l’exception de quelques zones plus montagneuses, ce pays, sillionné par une multitude de cours d'eau, est plat comme le revers de la main. Selon Atiq Rahman (un expert du climat à Dacca), les inondations et les cyclones augmentent déjà depuis une dizaine d’années. Si, à l’avenir, le niveau de la mer montait de 45 centimètres, les conditions de vie de plus de 35 millions de personnes pourraient être affectées. Le signe le plus évident du réchauffement est la salinisation de l’eau potable dans les puits. Conséquence : la tension artérielle des femmes enceintes (donc leur santé et celle du bébé) est menacée. L’expert prévoit aussi que la production de riz et de blé pourrait chuter de 8 et 32 % d’ici 2050. Une catastrophe pour une partie de la population, déjà sous-alimentée.






