
Depuis le 28 novembre, la Côte d’Ivoire a deux présidents à sa tête : Laurent Gbagbo (le président sortant) et Alassane Ouattara (le président reconnu par l’ONU). On l’avait un oublié, mais cette situation incroyable dure depuis 4 mois, sans l’ombre d’une solution tant les deux candidats restent sur leur position : ils refusent d’abandonner le poste de président afin de s’associer pour diriger ensemble.
En 4 mois, cette crise politique a eu le temps de faire beaucoup de mal au pays et à sa population. Désormais, en plus de crise politique, la Côte d’Ivoire connait aussi une économique et humanitaire. En effet, les camps favorables aux deux présidents se sont affrontés dans différentes villes du pays. La population s’est alors retrouvée coincée entre les armes des deux groupes partisans. Résultat : elle a fui les combats. En tout, plus d’un million d’Ivoiriens (pour vous donner une idée, cela correspond à 1/10e de la population belge) ont trouvé refuge au Libéria ou au Ghana, deux pays voisins de la Côte d’Ivoire.
Pays divisé : il faut fuir
Les combats ont coupé le pays en deux entre le Nord (qui soutient Ouattara) et le Sud (qui soutient Gbagbo). Les partisans de chaque camp coupent les routes, attaquent les maisons des opposants, semant donc la panique parmi la population. Aujourd’hui, tant les supporters de Gbagbo que ceux de Ouattara sont soupçonnés de massacres par l’ONU. Et c’est particulièrement dans la ville d’Abidjan (la capitale économique du pays) que cette division se marque de manière forte. Certains quartiers sont contrôlés par les pro-Gbagbo, d’autres par les pro-Ouattara. Du coup, depuis quelques semaines, les Ivoiriens se déchirent entre eux : la Côte d’Ivoire fait désormais face à une véritable guerre civile.
Les Ivoiriens qui ont choisi de rester au pays ou qui n’ont pas les moyens de fuir les violences doivent lutter pour survivre. Les réserves de médicaments et de nourriture ont diminué de jour en jour. Si bien qu’en ce début de mois d’avril, la situation humanitaire est alarmante. Des organisations comme Médecin sans Frontières ont beaucoup de mal à venir en aide aux gens car les rues ne sont pas sécurisées.
De manière générale, la Côte d’Ivoire tourne au ralenti. Les gens restent enfermés chez eux, à l’abri des balles. Les magasins sont fermés. Les industries vendent beaucoup moins de marchandises que d’habitude. De plus, chaque camp utilise tous les moyens pour affaiblir l’autre. Un exemple : Alassane Ouattara a demandé aux pays qui achètent du cacao à la Côte d’Ivoire d’arrêter momentanément leurs achats. Pourquoi ? Afin d’empêcher Laurent Gbagbo de profiter des bénéfices de cette industrie. En effet, sans argent, il ne peut plus payer l’armée et perd de son influence.
L’Union Africaine impuissante avant l’offensive finale
Pourtant, l’Union africaine (en bref UA, une organisation rassemblant les 53 pays d’Afrique) a tenté de trouver une solution au conflit. L’UA a envoyé des délégués sur place afin de réaliser une médiation entre Gbagbo et Ouattara. En d’autres mots, ils voudraient que les deux hommes se parlent afin de trouver une solution, sans passer par la guerre. Ces délégués ont essayé de les mettre autour d’une table afin qu’ils discutent et décident de gouverner ensemble. Rien n’y a fait ! En bref, c’est l’impasse totale.
Depuis le 28 mars (soit 4 mois exactement après les élections présidentielles), les événements se sont accélérés. Les partisans d’Alassane Ouattara ont débuté une offensive armée à travers l’ensemble du pays : ils sont partis du nord et ont conquis le pays en quelques jours. Une fois dans Abidjan, les deux camps se sont de nouveau affrontés. L’ONUCI (la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire) et la mission française sur place sont également intervenues en bombardant les bases de l’armée de Gbagbo, cela afin de protéger la population.
Cette double intervention, de l’ONUCI et de la France est très mal vue par les partisans de Laurent Gbagbo. La raison ? Elle est considérée comme une occupation étrangère. Une occupation d’autant plus critiquée que la Côte d’Ivoire est une ancienne colonie française.
La fin de la crise ?
Le 8 avril, Laurent Gbagbo était réfugié dans un bâtiment fortifié, caché sous le palais du président. Même s’il est coincé, le président sortant refuse toujours de reconnaître la victoire électorale d’Alassane Ouattara. Il n’a plus aucune liberté et doit donc négocier avec l’ONU afin de s’en sortir de manière honorable. Par ailleurs, il est de plus question d’un exil de Gbagbo vers un autre pays africain (Mauritanie, Bénin, Togo, Angola ou Afrique du Sud).
Nul ne sait combien de temps Laurent Gbagbo va pouvoir rester enfermé de la sorte. Par contre, il est presque certain qu’il ne pourra pas conserver le pouvoir en Côte d’Ivoire. Quel que soit le vainqueur final de cette lutte, il devra totalement reconstruire l’économie du pays mais aussi réconcilier les Ivoiriens entre eux. Lourde tâche…
Damien Roulette
(Mis en ligne le 8 avril 2011)
Dernière minute: Gbagbo arrêté
Ce lundi 11 avril, Laurent Gbagbo (ainsi que sa femme et ses enfants cachés avec lui dans un bunker situé en-dessous du palais présidentiel) a été arrêté par les troupes d'Alassane Ouattara. Sur les images, Laurent Gbagbo paraît fatigué et abattu : son règne est terminé. Petit rappel : il était au pouvoir depuis 2000. Une question se pose, désormais : Gbagbo sera-t-il jugé pour les crimes qu'il a commis. Et par qui ? Et de manière objective autrement dit, juste? Il pourrait en effet être jugé aussi bien par la justice ivoirienne que par la justice internationale. La Cour pénale internationale (CPI) a en effet ouvert une enquête sur les massacres commis en Côte d’Ivoire. Une autre question concerne le président élu, Alassane Ouattara : parviendra-t-il à réconcilier les habitants d’un pays coupé en deux ? Ouattara devra aussi reconstruire l’économie du pays, ce qui n’est pas une mince affaire.






