Tous les jours, des manifestations ont lieu, un peu partout dans le monde. Pourquoi les gens descendent-ils dans les rues ? Quels sont les points communs et les différences de ce type d’événement ?
Commençons par quelques exemples de manifestations. En Belgique, d’abord. Voici quelques semaines, des transporteurs de fonds ont manifesté pour protester contre la fermeture de leur entreprise. D’autres citoyens sont, eux, descendus dans les rues pour dire qu’il fallait accueillir correctement les étrangers demandant l’asile ou encore, dimanche dernier, pour réclamer un gouvernement. En France, des travailleurs et des lycéens ont protesté parce qu’ils n’étaient pas d’accord de travailler plus longtemps avant d’être pensionnés. Tout récemment, des Tunisiens sont descendus dans la rue pour chasser leur président de leur pays. Et des Egyptiens, à leur tour, manifestent avec le même objectif.
Dire ensemble
Point commun à toutes ces manifestations: ce sont des rassemblements publics, des regroupements d’hommes et de femmes qui, ensemble, s’expriment et veulent faire passer un message. Ils disent qu’ils ne sont pas d’accord avec un gouvernement, une direction d’usine, une tout autre autorité. Ou encore, ils veulent faire savoir qu’ils sont contre une guerre ou encore pour ou contre la manière dont les étrangers sont accueillis dans leur pays.
Une manifestation a donc toujours lieu pour ou contre quelque chose. Situation étonnante : parfois, des manifestations pour et contre le même sujet ont lieu en même temps. Un exemple. En Côte d'Ivoire, les partisans des deux hommes qui se disent présidents sont, en même temps, dans les rues pour défendre l’un et rejeter l’autre : on parle alors de contre-manifestations. Celles-ci sont souvent source de violences.
L’objectif d’une manifestation est tantôt très précis, tantôt plutôt vague. Il y a un ou plusieurs mots d’ordre. Des slogans (c’est-à-dire une phrase courte, qui doit retenir l’attention et que le public peut crier ou chanter) peuvent être décidés par les organisateurs. Comme: "Des emplois, oui, du chômage, non! " Ou encore, en Tunisie : "Ben Ali, dégage !"
Autorisée ou sauvage
Dans les pays démocratiques, chacun a le droit de dire ce qu’il pense. Ainsi, les citoyens ont le droit de voter, d’envoyer leur avis à la presse, de communiquer via Internet ou Facebook. Ils ont aussi le droit de se regrouper pour manifester. Cela ne signifie pas pour autant que tout est permis. En Belgique, la loi oblige à demander (et obtenir) une autorisation du bourgmestre de la commune où la manifestation devrait avoir lieu. Celle-ci sera refusée si les autorités estiment qu’elle pourrait créer des problèmes, du désordre ou si les mots d’ordre sont illégaux: une manifestation ne peut être organisée pour dire, par exemple, que tous les étrangers sont des bandits ou que les hommes sont supérieurs aux femmes.
A côté des manifestations prévues et organisées, d’autres peuvent avoir lieu subitement: on dit alors qu’elles sont sauvages. Par exemple, des travailleurs viennent d’apprendre qu’ils vont être licenciés massivement et, ensemble, ils sortent immédiatement protester dans les rues de leur ville.
Les Tunisiens et les Egyptiens n’ont demandé aucune autorisation pour descendre dans les rues. Dans des pays non démocratiques, les manifestations sont d’ailleurs généralement interdites. Si, malgré tout, elles ont lieu, l’armée ou/et la police peut être envoyée contre les manifestants qu’elle dispersera parfois avec violence, en arrêtant des organisateurs et des participants qui pourront être emprisonnés, torturés ou tués. Des exemples. Un exemple en Europe: après les élections non démocratiques au Belarus, les opposants au président réélu ont été arrêtés et emprisonnés. Dans des pays comme la Chine, des manifestants sont tués ou disparaissent… Plus récemment, de nombreux manifestants ont été arrêtés en Egypte. Manifester dans un pays non démocratique, dans une dictature, est un acte risqué et courageux.
Un moyen de pression
Une manifestation est donc organisée pour "faire changer les choses", influencer le public et les autorités concernées : on dit aussi que c’est un moyen de pression. Question: une manifestation permet-elle d’obtenir ce que les manifestants demandent ou même exigent? Non, pas nécessairement. Parfois en partie et en tous cas, jamais immédiatement! Rien n’est automatique: plus les personnes concernées seront nombreuses, plus ce qu’elles demandent pourra être pris en compte par les autorités.
A partir de quand les participants sont-ils assez nombreux pour obtenir gain de cause? A cette question-ci non plus, il n’y a pas de réponse précise. Personne n’en sait rien! Exemples? Depuis les manifestations dont nous avons parlé plus haut, les autorités belges ont un peu mieux organisé l’accueil des demandeurs d’asile, mais il n’y a toujours pas de gouvernement. Les Tunisiens sont descendus dans la rue par dizaines de milliers pour chasser leur président, un homme autoritaire, un dictateur détesté, corrompu qui a appauvri son pays. Et Ben Ali est parti! Malgré la police à son service, il n’a pas pu arrêter les manifestations de la population. Et l’armée ne l’a pas défendu, elle n’a pas repoussé la population. Dans d’autres pays, des manifestations de ce genre se sont terminées par des arrestations massives, suivies de disparitions donc vraisemblablement de tueries.
Organiser, communiquer
Généralement, une manifestation est organisée par une association (par exemple défendant les droits des demandeurs d’asile), un ou des syndicats (qui défendent les droits des travailleurs, les emplois). Ces organisateurs préviennent leurs membres par courrier, par téléphone ou lors de réunions. Elles contactent la presse pour annoncer leur manifestation, avec leurs mots d’ordre, leurs slogans, leur horaire et leur itinéraire.
Aujourd’hui, avec Internet puis Facebook et les réseaux sociaux, l’information est devenue beaucoup plus rapide et une manifestation peut être organisée nettement plus vite qu’auparavant. Et par des personnes, des individus qui ne sont pas membres d’une organisation quelconque. Les autorités égyptiennes le savent bien et c’est pour cela qu’elles viennent de censurer Facebook et Twitter...
Thérèse Jeunejean
(Mis en ligne le 27 janvier 2010)






