
Le président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali, a fui son pays le vendredi 14 janvier après 23 ans de règne. Une fuite qui fait suite à la révolte de son peuple. C’est surtout la jeunesse tunisienne qui s’est soulevée contre le pouvoir. Les raisons de cette révolte ne sont pas nouvelles. Explications.
La révolte tunisienne a débuté en décembre 2010 et est partie de Sidi Bouzid, une région située dans le centre-ouest du pays. Il s’agit en fait d’un gouvernorat, l’équivalent de nos provinces belges. Pourquoi tout est donc parti de Sidi Bouzid ?
Tout d’abord parce que les jeunes n’ont pas d’espoir. En effet, chaque année, des milliers tunisiens obtiennent un diplôme mais savent qu’ils auront beaucoup de difficultés à trouver un emploi. Ces jeunes sont donc les grands oubliés du développement économique de la Tunisie. (Il y aurait 30% de chômage en Tunisie, soit un tiers de la population.) Dès lors, les jeunes tentent de gagner de l’argent comme ils peuvent. Par exemple : certains vendent des fruits et des légumes dans la rue. Ils le font d’ailleurs sans licence autrement dit, sans en avoir les autorisations. Du coup, la police intervient souvent et leur confisque les produits qu’ils veulent vendre. C’est d’ailleurs cela qui a mis le feu aux poudres, le 17 décembre dernier. Un jeune garçon de 22 ans a vu les forces de l’ordre lui enlever les fruits qu’il vendait. Désespéré, il alors tenté de s’immoler par le feu : en d’autres mots, il a voulu se suicider en s’aspergeant d’essence et en y mettant le feu. Cet acte dramatique a été le départ de la révolte tunisienne, qui a aussi été appelée "révolution de jasmin". Pourquoi ? Parce que cette fleur est le symbole du pays.
Régulièrement aussi, de nombreux jeunes choisissent de quitter la Tunisie pour tenter leur chance à l’étranger, notamment en Europe : ils espèrent y trouver une vie meilleure. Si certains réussissent brillamment ce pari risqué, d’autres par contre y perdent la vie. Ainsi, chaque année, des dizaines de jeunes Tunisiens échouent sur les plages italiennes en tentant de traverser la Méditerranée.
Ben Ali, main de fer au sommet de la dictature tunisienne
Pour mieux comprendre l’histoire actuelle de la Tunisie, faisons un petit bond en arrière dans le temps. C’est en 1957 que ce pays a obtenu son indépendance : il était jadis une colonie française. Jusqu’en 1987, son président fut un certain Habib Bourguiba. Cet homme a réalisé des miracles, notamment en ce qui concerne l’économie. Ben Ali lui a succédé et est resté au pouvoir jusque vendredi dernier, soit 23 ans. Durant cette longue période, les Tunisiens ont connu un pouvoir répressif et abusif, ce qui signifie qu’ils n’avaient que très peu de libertés. Explications.
La corruption (soit le fait de devoir payer pour obtenir un logement, un emploi… ou tout autre service) est partout. Les Tunisiens n’ont pas non plus le droit de dire et d’écrire ce qu’ils pensent. Et c’est pareil pour les journalistes qui ne sont pas libres : tous les organismes ont un lien avec le président Ben Ali. Ce dernier avait, chaque fois, placé un de ses proches à la tête des chaînes télévisées ou de radio, ainsi qu’à la direction de groupes de presse écrite. Il était interdit de dire du mal du pouvoir, soit de Ben Ali et de la famille de sa seconde femme : les Trabelsi.
Autre manque de respect des droits de l’homme : les partis politiques d’opposition (soit ceux qui exprimaient des idées contraires à Ben Ali) n’avaient pas le droit de s’exprimer. D’ailleurs, plusieurs opposants au parti de Ben Ali, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique, sont en prison depuis plusieurs années. Leur faute ? Simplement avoir critiqué le pouvoir en place. Bref, la Tunisie de Ben Ali était une véritable dictature, où tous les pouvoirs étaient entre les mains d’un seul homme.
Le système Ben Ali a détruit l’économie nationale
Revenons maintenant à la révolte partie de Sidi Bouzid. Au-delà des problèmes directement liés à la jeunesse, cette région connaît d’autres difficultés en ce qui concerne son économique. Il s’agit d’une région enclavée, c’est-à-dire sans accès à la mer. Durant les 20 dernières années, les investissements du gouvernement ont principalement profité aux zones côtières, soit au Nord du pays. Un chiffre explique cette situation : 90% des projets financés se situent le long du littoral alors qu’à peine 10% le sont dans le reste du pays. Du coup, il existe une inégalité entre les régions. Les deux secteurs qui reçoivent le plus d’argent sont le tourisme et l’immobilier, soit tout ce qui concerne la construction et la vente de bâtiments. L’agriculture, elle, est oubliée. Or, le centre du pays vit du commerce des fruits et légumes.
Progressivement, le mécontentement venu de Sidi Bouzid s’est étendu au reste de la Tunisie. Les policiers avaient agi très rapidement face aux premiers mouvements de mécontentement et ce, en tirant sur la foule. Cela a encore augmenté la colère d’une grande partie de la population. Chose assez nouvelle : cette révolte s’est amplifiée grâce au web et aux réseaux sociaux, comme Twitter ou Facebook. Certains blogs ont également largement alimenté la contestation. D’ailleurs, les autorités ne sont pas restées sans réagir face à ces signes de protestation : des journalistes et bloggeurs ont été arrêtés. Tandis que des pages Facebook, de blogs, mais aussi des vidéos ont été supprimés de la toile.
Ben Ali et son entourage auront tout essayé pour stopper ce mouvement populaire. Mais ils ont finalement échoué. L’ancien président tunisien a donc pris la fuite le 14 janvier. Dès le lundi 17 janvier, un gouvernement de transition a été mis en place. Mais celui-ci ne satisfait pas tout le monde puisque des membres du RCD, le parti de Ben Ali, en font toujours partie. Que nous réservent les prochaines semaines? La Tunisie va-t-elle profiter des événements récents pour devenir plus démocratique ? L’avenir nous le dire…
Damien Roulette






