
Depuis quelques temps, André Marie Léonard fait pas mal parler de lui ! Mais pourquoi donc fait-on tellement attention à ce qu’il dit ? Pourquoi ce qu’il dit provoque-t-il autant de réactions ? Parce qu’il n’est pas n’importe qui dans ce pays, parce qu’il un Monseigneur. Pour expliquer quelle est sa fonction, son métier, partons d’un bâtiment, une église catholique.
Une église correspond à un certain territoire, nommé paroisse. A sa tête se trouve des prêtres appelés doyens (quand la paroisse est très importante), curés (d’une petite paroisse) ou encore vicaires. Ces derniers sont les assistants du doyen ou du curé. Les doyens, curés, vicaires sont désignés par leur évêque pour travailler dans une paroisse précise. L’évêque est donc leur supérieur, leur chef. L’évêque est, lui, à la tête d’un évêché qui regroupe un certain nombre de paroisses. En Belgique, les évêchés correspondent plus ou moins aux provinces : Namur-Luxembourg, Liège, Malines-Bruxelles, Tournai, Anvers, Bruges, Gand et Hasselt.
L’archevêque n’est pas le chef
A la tête de l’évêché de Malines-Bruxelles, qui est en fait un archevêché, se trouve un archevêque : c’est André-Marie Léonard. Comme la Belgique est petite, elle n’a qu’un seul archevêché. Attention, l’archevêque n’est pas le chef des évêques mais seulement l’animateur lors de leurs réunions. Lorsque les évêques se réunissent, ils forment le "collège épiscopal". Quand il prend la parole en public, il doit d‘abord s’être mis d’accord avec les évêques sur ce qu’ils veulent, ensemble, dire, communiquer…
Evêques et archevêques sont choisis par le Pape, qui est donc leur chef, leur supérieur. Parmi les archevêques, le Pape décide que certains deviennent cardinaux. Les cardinaux sont les plus hauts dignitaires (on dirait les plus hauts gradés, si on était à l’armée) de l’Eglise catholique. Ils assistent le pape et ce sont eux qui voteront pour désigner son successeur. Actuellement, il n’y a pas de cardinal belge.
Un avis personnel. Et de fausses vérités
Récemment, Monseigneur Léonard a donné son avis personnel sur le sida, l’homosexualité ou encore les prêtres pédophiles. Et ce, sans en avoir discuté avec tous les évêques et sans leur accord. L’archevêque n’a donc pas respecté son rôle.
Par ailleurs, dans un pays où les catholiques sont nombreux (même si le nombre de personnes qui se disent catholiques diminue beaucoup depuis quelques dizaines d’années), l’archevêque est une personnalité. En dehors de son autorité sur les prêtres de son archevêché, il possède ce qu’on appelle un pouvoir d’influence. Comme il n’est pas n’importe qui, ce qu’il dit prend de l’importance et peut, par exemple, encourager des personnes qui sont d’accord avec lui à continuer à penser comme lui. Or, certaines de ses paroles contredisent la justice et ignorent les connaissances scientifiques.
Par exemple, quand André-Marie Léonard dit que juger des vieux prêtres pédophiles serait une espèce de vengeance et donc qu’il estime qu’il ne faudrait pas les juger, il s’oppose à ce qu’un juge et un tribunal fassent leur travail. En effet, la pédophilie est un délit ou même un crime, puisqu’en Belgique, le viol est un crime. Dans un état laïque (c’est-à-dire ou la religion est une affaire privée et n’a rien à voir avec les lois), tout délit, tout crime doit être jugé.
Autre exemple. Quand cet archevêque décrit le sida comme une sorte de "justice immanente", c'est-à-dire une punition qui arrive toute seule, après un acte mauvais, il contredit les connaissances scientifiques. En effet, le sida est une maladie et la justice immanente n’existe pas!
L’homosexualité, par contre, n’est pas une maladie. Et quand André-Marie Léonard la compare à une maladie, il s’oppose de nouveau à la science. Pour les malades du sida, les victimes des pédophiles, les homosexuels, les paroles de l’archevêque sont à la fois un manque de respect, un insupportable jugement, des propos injurieux.
Un homme du passé
En fait, Monseigneur Léonard parle comme s’il vivait encore il y a des siècles, dans un monde où la science n‘a pas sa place, où la religion se confond avec la vérité. Comme s’il ignorait toutes les connaissances acquises, tous les droits conquis.
Heureusement aujourd’hui, ce pouvoir d’influence de l’archevêque est de plus en plus contesté. Et cela, non seulement par les personnes qui ne croient pas en un dieu ou qui doutent de son existence mais aussi par des catholiques. André-Marie Léonard ne peut avoir raison tout seul.
Thérèse Jeunejean
(Mis en ligne le 10 novembre 2010)
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