Mardi 6 juillet, les pays de l'Union européenne ont discuté d'un problème que presque tous ils rencontrent: la dette publique. La Belgique est un de ces pays qui sont fort endettés.
Notre pays a emprunté beaucoup d’argent pour faire tout ce qu’un État doit faire: construire des routes, des écoles, des hôpitaux… Tous les pays font la même chose. Le problème, c’est que la Belgique a emprunté tellement d’argent qu’elle pourrait avoir des problèmes pour rembourser ceux qui le lui ont prêté. Comment est-ce possible ? Essayons de comprendre.
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Pour la Belgique comme pour une personne, cela fonctionne de la même manière. Ainsi, lorsqu’une personne désire acheter une voiture ou construire une maison mais qu’elle ne dispose pas de tout l’argent nécessaire, elle peut en emprunter. Cela veut dire qu'elle veut utiliser de l’argent qu’elle ne possède pas en promettant de le rendre. Mais cela ne suffit pas. Comme pour une maison qu'on loue et pour laquelle on paie un loyer chaque mois, il faut aussi payer "un loyer" pour l'argent qu'on emprunte. Ce sont les intérêts.
Des garanties
Pour emprunter, on s’adresse en général à une banque et on lui explique son projet. La banque va soit accepter, soit refuser de prêter de l’argent. Ou alors, elle va mettre des conditions : "Je vous prête 10.000 euros à condition que…" Pourquoi ? Parce qu'elle veut être certaine de récupérer son argent, donc elle va s'assurer que l'emprunteur est capable de rembourser. Si ce dernier ne gagne pas beaucoup d’argent ou s'il a déjà beaucoup emprunté, la banque considère qu’elle prend un risque. Or, selon les règles pratiquées chez nous, un risque doit être payé. Cela fait partie de ce qu’on appelle les "lois du marché".
La banque peut imposer différentes conditions. Elle peut, par exemple, demander un "loyer", donc des intérêts plus élevés. Elle peut aussi exiger un "aval". Un aval est quelqu'un qui s'engage à rembourser la banque à la place de l'emprunteur si celui-ci ne le fait pas. Cela peut être quelqu'un de la famille ou un ami. Autre possibilité: la banque peut demander quelque chose en garantie. Lorsqu’on emprunte de l’argent pour acheter une maison, c’est souvent cette maison qui sert de garantie. Autrement dit, si la personne ne rembourse pas, la banque peut exiger que sa maison soit vendue afin de récupérer son argent. On dit que la maison est "hypothéquée". Et cela dure aussi longtemps que l’emprunt n’est pas remboursé.
Budget
En résumé, une personne qui veut emprunter de l’argent doit pouvoir montrer qu’elle est capable de gérer son argent, autrement dit réserver une partie de ses revenus pour payer ses dépenses courantes (la nourriture, les vêtements, les factures de gaz, les vacances…) et une autre partie pour rembourser son banquier. C'est ce qu'on appelle gérer son "budget" (un mot qui vient de l’ancien français la "bougette", soit le sac dans lequel on met son argent).
Revenons maintenant au problème de la Belgique. Question argent, elle n’est pas en excellente santé. En effet, l'État a emprunté beaucoup trop d’argent. Sa dette est très importante: plus de 320 milliards d’euros! C'est comme si chaque Belge avait une dette de 30.000 euros! Mais pour un banquier, ce chiffre seul ne veut pas dire grand-chose. Pourquoi? Parce que l'important, c’est de savoir si on peut rembourser cet argent. Et pour cela, il faut comparer la dette aux revenus de la Belgique, donc à ce qu’elle gagne chaque année, grâce notamment aux impôts payés par les citoyens et les entreprises. C’est ce que l’on appelle le Produit intérieur brut, le PIB en bref.
Et là non plus, la Belgique n’est pas très bien placée. En effet, aujourd’hui la dette de notre pays représente autant que ce qu’il gagne chaque année, soit 100% du PIB. C'est énorme. D'autant que, comme tous les pays de l'Union européenne dont la monnaie est l'euro, la Belgique doit respecter une règle importante: ne pas laisser la dette dépasser 60 % de ses revenus.
Gérer mieux, économiser plus
Que peut faire un État endetté? Il peut décider de rembourser une grosse partie de ce qu'il doit. Mais pour cela, il faut de l’argent… qu’il n’a pas. Vendre les routes, les écoles, les hôpitaux ? Ce n’est pas très facile et souvent c’est même impossible. L’autre solution, c’est d’améliorer son budget, donc de mieux gérer son argent. Comment? Sur le papier, c’est assez simple. D’abord, il faut dépenser moins d’argent, donc faire ce qu'on appelle des "coupes budgétaires". Concrètement, cela signifie donner moins d’argent aux écoles, aux hôpitaux, aux entreprises... Ce qui ne fait évidemment pas plaisir à tout le monde. Ensuite, on va demander plus d’argent aux Belges: augmenter les impôts et la TVA, faire payer plus cher l’essence… Tout est possible, en théorie.
Une fois qu’on aura fait cela, on aura réglé un premier problème puisqu’on dépense moins d’argent que ce qu’on gagne, on fait des économies. Et donc nous n’avons plus de "déficit budgétaire". Autrement dit, le budget est positif. Après avoir tout payé, il reste donc de l'argent dans notre "bougette", notre bourse.
C’est cela le grand défi du futur gouvernement belge. S'il ne le fait pas, il risque d'y avoir des problèmes. Souvenez-vous de la Grèce dont nous avons parlé dans ces pages: ce pays avait énormément de dettes et n'avait pas pris les bonnes mesures pour gérer son budget. Résultat: plus personne ne voulait lui prêter de l’argent ou alors à des intérêts très élevés! Depuis, la situation s'est un peu calmée car la Grèce a reçu l’aide des autres pays européens et a décidé de faire des économies. Mais aujourd’hui, pour emprunter de l’argent, ce pays paie pratiquement quatre fois plus cher que l’Allemagne (10 % d’intérêt alors que l’Allemagne, par exemple, ne paie que 2,50 %). Pour que leur État puisse rembourser ses dettes, les citoyens grecs devront faire des sacrifices. C’est ce qui risque d’arriver à la Belgique si elle ne gère pas mieux son budget. Mais notre pays a un avantage par rapport à la Grèce: les citoyens belges ont été beaucoup plus prudents que l’État. Les Belges sont comme des écureuils : ils épargnent beaucoup. Donc, les banquiers de la Belgique se disent ceci: "La Belgique est pauvre mais les Belges sont riches" et si la Belgique a besoin d’argent, les Belges sont capables de payer. Même s’ils ne le feront pas avec le sourire.
Yves Cavalier






