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Actualité des jeunes

Le Congo a 50 ans

Ce 30 juin, le Congo qui s'appelle maintenant la République démocratique du Congo fête ses 50 ans d'indépendance. Le roi Albert II et  la reine Paola sont à Kinshasa, la capitale congolaise, pour  participer à cet anniversaire. Cela faisait 25 ans qu'aucun roi belge ne s'était rendu au Congo.


Le 30 juin 1960, la Belgique se séparait du Congo, après près de 80 ans d'histoire commune. En effet, cet immense pays d'Afrique centrale a longtemps été la  propriété personnelle du roi Léopold II avant de devenir en 1908 la colonie de la Belgique. Jusqu'en 1960, notre pays a donc géré cet immense territoire. Il a exploité les ressources naturelles (diamants, or, cuivre…) du pays, mais l'a aussi développé, construit des écoles, des hôpitaux, des routes… 

Au cours de toutes ces années, les Congolais n'ont pas toujours été bien traités et n'avaient pas les mêmes droits que les Blancs. Dans les années 1950, ils ont commencé à se  révolter. En 1955, la Belgique a décidé d'organiser progressivement l'indépendance pour…1985!  Mais suite à des troubles, la date a été avancée et le 30 juin 1960, le Congo belge devenait… congolais. Ce jour-là, les Congolais ont fait la fête. Tout le monde a dansé sur "Indépendance cha-cha",  une chanson écrite par un Congolais et qui deviendra la chanson de la liberté dans de nombreux pays africains. Mais la fête fut de courte durée. Très vite, le pays a basculé dans la guerre (parce que certaines régions riches voulaient profiter de la situation pour se séparer du Congo). Celle-ci s'est arrêtée en 1965 quand Mobutu a pris le pouvoir… pour ne plus le lâcher pendant 32 ans (Lire le dossier Actu Jeunes Ressources naturelles: l'Afrique, une mine d'or). Au cours de son long règne, il s'est souvent fâché et réconcilié avec la Belgique. Les relations entre notre pays et ses successeurs, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila, le président actuel, ne seraient pas excellentes non plus. En fait, depuis 50 ans, les relations entre la Belgique et son ancienne colonie ont été difficiles. Les raisons sont multiples. Épinglons-en quelques unes.

Lumumba

Patrice Emery Lumumba était le premier Premier ministre congolais. Le 30 juin 1960, lors de la cérémonie d'indépendance à laquelle assistait  le roi des Belges, Baudouin 1er , il prononça un discours très critique sur la manière dont les Belges avaient traité les Congolais pendant la colonisation. Ce discours allait déplaire aux "nokos" (oncles en lingala, une des langues congolaises), c'est ainsi que les Congolais appelaient les Belges. Il allait aussi déplaire aux adversaires politiques de Lumumba. Résultat: très peu de temps après, il fut chassé du pouvoir. En janvier 1961, Lumumba fut arrêté, torturé et assassiné par des responsables politiques congolais avec l'accord de la Belgique. Aujourd'hui encore, cette affaire provoque des problèmes entre les deux pays. En effet, il y a une dizaine de jours,  des enfants de Lumumba ont déposé une plainte contre une dizaine de Belges qu'ils accusent d'être des complices de l'assassinat de leur père.

Intérêts

De 1965 à 1997, le Congo a été dirigée d'une main de fer par Joseph-Désiré Mobutu. Ce dictateur qui imposa un parti unique, exploita surtout les richesses du pays à son profit et celui de ses proches. Sous son règne, les Zaïrois (dans les années 1970, Mobutu  avait rebaptisé le pays Zaïre) se sont appauvris, ont connu une grande misère, se sont révoltés…et ont souvent été réprimés. Pendant des années, le dictateur fut soutenu par ses alliés français, américains et… belges. Autrement dit, nos dirigeants ont souvent fermé les yeux sur la brutalité, sur la corruption, sur le vol des richesses du sous-sol, sur le manque de respect des droits de l'homme… Pourquoi? Pour des raisons d'intérêts (pour continuer à faire du commerce, à exploiter des mines, à construire des bâtiments…), pour des raisons politiques (pour garder une influence dans la région, sur le continent)... Il y eut souvent des disputes entre Mobutu et la Belgique, mais ce n'est qu'à la fin de sa vie (en 1996) qu'elle le lâcha complètement.

Ingérence

À l'époque du Congo belge, beaucoup de colons considéraient les Congolais comme de grands enfants qu'il fallait guider et éduquer, dont il fallait gérer les biens jusqu'à ce qu'ils soient capables de le faire eux-mêmes… Cette attitude des Blancs vis-à-vis des Noirs est ce qu'on appelle le paternalisme. Pour beaucoup de Congolais, cette attitude humiliante pour les Noirs ne s'est pas arrêtée avec l'indépendance. En effet, si comme beaucoup de pays, la Belgique a gardé des relations avec son ancienne colonie… pour défendre ses intérêts, pour soutenir la population (de nombreux Belges travaillent au Congo, aident les Congolais),  la Belgique a aussi continué à se mêler des affaires de ce pays. Autrement dit, à faire la leçon à ses dirigeants, à les critiquer… Au début de cette année encore, notre ancien ministre des Affaires étrangères (qui est aujourd'hui commissaire européen du développement) a critiqué la manière dont les dirigeants congolais gèrent le pays, dépensent l'argent et notamment l'aide apportée par la Belgique et l'Union européenne. Les autorités congolaises, le président Kabila en tête, se sont fâchés. Ils refusent qu'on continue à leur dire ce qui est bien ou pas, donc à leur faire la morale. Car en agissant ainsi, c'est comme si la Belgique avait encore des droits sur ce pays, comme si le Congo n'était pas vraiment libre, comme si le Congo était encore sa colonie…

Invité royal

En 1985, le roi Baudouin (qui est décédé en 1993) a participé au 25e anniversaire de l'indépendance du Congo. 25 ans plus tard, c'est Albert II qui assiste au 50e anniversaire. Jusqu'au dernier moment, cette présence n'était pas sûre. Pourquoi? Parce que, pour certains responsables politiques belges, accepter l'invitation des autorités du Congo, c'est en quelque sorte être d'accord avec leur manière de diriger le pays, approuver la situation au Congo… Parce que, début juin, un grand défenseur des droits de l'homme congolais a été assassiné à Kinshasa et que les responsables de cet assassinat seraient des dirigeants congolais… Finalement, le roi et la reine sont partis et participent donc à ce cinquantenaire. Cet anniversaire signifie-t-il la fin de 50 ans d'histoire d'amour-haine? Sera-t-il l'occasion de construire de nouvelles relations entre notre petit pays et ce géant de l'Afrique.


Samira Loulidi

 

 

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