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Actualité des jeunes

Bientôt un Premier ministre francophone?

Edmond Leburton. Ce nom ne dit probablement pas grand-chose aux plus jeunes d’entre nous. Et pourtant, cet homme politique est le dernier Premier ministre wallon qu’a connu la Belgique. C’était il y a 36 ans, entre janvier 1973 et avril 1974. Depuis, tous ceux qui ont occupé le poste de Premier ministre étaient des Flamands. Petite exception : en 1978 et 1979, le Bruxellois Paul Vanden Boeynants a été à la tête du gouvernement belge durant quelques mois. Comment expliquer cette situation ? Et pourquoi la majorité des francophones espèrent-ils tant voir l’un des leurs diriger le pays ?

Première chose à rappeler pour y voir plus clair sur le sujet : la façon dont est désigné le Premier ministre. Curieusement, en Belgique, il n’existe pas de texte qui décrit cette procédure. Par contre, l’habitude ou plutôt la coutume veut que ce poste revienne à un membre du parti politique (ou de la famille politique) qui est le mieux représenté au Parlement fédéral. Il s’agit d’une manière de suivre les choix des électeurs puisque la composition du Parlement dépend directement des résultats des élections. Cette logique dans la désignation du Premier ministre explique, à elle seule, pourquoi cela fait si longtemps que nous n’avons plus eu un francophone à ce poste. En effet, durant ces trente dernières années, un parti flamand (notamment le CD&V et, avant lui, le CVP) a remporté, chaque fois, les élections de manière assez nette, donc était largement le mieux représenté à la Chambre.

La N-VA et le SP sortent du lot

Qu’en est-il aujourd’hui ? Pour le découvrir, jetons un coup d’œil sur le schéma (on parle aussi de camembert) qui nous montre la composition de la Chambre, suite aux élections du 13 juin dernier. On y découvre que c’est la N-VA qui se trouve en tête du classement, avec 27 députés. Juste derrière, avec un siège de moins, arrive le PS. Tandis que tous les autres partis sont loin derrière. La coutume voudrait donc que cela soit Bart De Wever, le président de la N-VA, qui soit chargé par le Roi de former un gouvernement avant, éventuellement, de devenir Premier ministre. Or, avant les élections déjà, cet homme avait annoncé qu’il ne souhaitait pas occuper ce poste. Une remarque, que l’on entend souvent aussi : est-il normal que cet homme qui veut l’indépendance de la Flandre soit à la tête de la Belgique ?

Selon la logique, le futur Premier ministre devrait donc être un membre du Parti socialiste : beaucoup pensent d’ailleurs qu’Elio Di Rupo pourrait remplir ce rôle. Petite précision, qui pourrait voir s’envoler de le rêve d’un Premier ministre francophone. Comme on l’a vu plus haut, la coutume veut que le poste de Premier ministre revienne au parti politique, ou encore à la famille politique, qui est le mieux représenté au Parlement. La différence ? Le PS (les socialistes francophones) et le sp.a (les socialistes flamands) forment une même famille politique. On peut donc aussi imaginer qu'un membre du sp.a devienne Premier ministre.

Un événement historique, mais surtout symbolique

Arrêtons de faire des pronostics et reprenons les choses là où elles en sont cette fin du mois de juin. Jeudi dernier (le 17 juin), le Roi Albert II a chargé Bart De Wever d’une mission d’information. Son but : rencontrer une série de responsables politiques afin de discuter de la situation politique du pays et des différentes possibilités en ce qui concerne la formation du futur gouvernement. Lorsqu’il aura terminé son travail, le président de la N-VA fera un rapport au Roi. Ce n’est qu’à ce moment là qu’Albert II devrait désigner un formateur qui, lui, sera chargé de former un gouvernement (Rappel, très important : pour mettre sur pied un gouvernement, le formateur doit regrouper plusieurs partis et former ce que l’on appelle une coalition qui doit avoir la majorité à la Chambre. Autre nécessité : les partis de cette coalition doivent se mettre d’accord sur un projet commun pour gouverner le pays.) En principe, s’il mène sa mission à bien, le formateur devient ensuite Premier ministre. Qui sera cet homme ? Elio Di Rupo, un autre dirigeant du PS, voire du sp.a ? Difficile à dire, tant la situation actuelle de la Belgique est compliquée.

Une chose est certaine : voir arriver un francophone au poste de Premier ministre serait un événement important puisque cela fait plus de 30 ans que cela n’est plus arrivé. Il s’agirait aussi d’une manière pour les francophones de montrer aux Flamands qu’ils veulent faire entendre leur voix, eux qui sont moins nombreux dans le pays. Mais en réalité, cet événement serait avant tout symbolique. En effet, il faut savoir qu’une fois en place, un Premier ministre est, comme on le dit souvent, "asexué linguistiquement". Que signifie cette drôle d’expression ? Simplement que le Premier ministre a l’obligation d’être le Premier ministre de tous les Belges, soit des francophones, comme des Flamands et des germanophones. Il doit donc être au-dessus des conflits et tensions qui opposent les différentes communautés du pays : pas question donc de favoriser et de défendre les seuls intérêts de sa communauté.

Anouck Thibaut

 

 

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