
Lundi 31 mai, l'armée israélienne a attaqué des bateaux qui transportaient près de 700 personnes et de l'aide humanitaire destinés aux habitants de Gaza, un territoire palestinien. Cette attaque qui a fait une dizaine de morts et plus de 30 blessés a provoqué la colère et des critiques dans le monde entier.
"La flottille de la liberté", c'est le nom d'un convoi de six bateaux, avait quitté dimanche 30 mai, un port de Chypre pour se rendre à Gaza, un territoire palestinien mais dont les frontières sont contrôlées par Israël et l'Égypte. Quel était l'objectif de la flottille? Qui était à bord? Pourquoi se renda
6 bateaux, 700 passagers
La flottille était composée de bateaux naviguant sous différents pavillons. On appelle ainsi le drapeau que porte un bateau et qui indique ainsi sa nationalité. Ici, il y avait des bateaux de Turquie, de Grèce, des États-Unis et d'Irlande. Tous ces bateaux avaient été rassemblés par une organisation appelée "Coalition de la Flottille de la liberté", elle-même formée par de différentes ONG ou organisations non gouvernementales (1). À bord des bateaux, près de 700 passagers, hommes et femmes, d'une cinquantaine de pays et de différentes religions. Certains sont membres des ONG qui ont organisé la flottille. D'autres passagers sont des personnalités politiques et religieuses, des députés européens, des écrivains, des journalistes… Ces bateaux transportaient une aide humanitaire (médicaments, nourriture, fournitures scolaires, matériel de construction, etc.) destinée aux habitants de Gaza qui vivent sous le blocus imposé par les Israéliens. On appelle ainsi la fermeture totale d'un territoire. L'objectif des passagers de la flottille était donc de briser ce blocus pour apporter une aide humanitaire aux 1,5 million de Palestiniens qui vivent dans ce que certains appellent une "prison à ciel ouvert".
Gaza sous embargo
Gaza est un territoire palestinien de 360 km2 qui a été longtemps occupé par Israël. Quand ce dernier a rendu ce bout de terre aux Palestiniens, en 2005, il a gardé le contrôle tout autour. Autrement dit, depuis 2005, les Palestiniens ont un territoire à eux, mais ils y sont enfermés. La situation s'est aggravée à partir de 2007. Cette année-là, le Hamas a pris le pouvoir à Gaza. C'est une organisation islamiste qui défend les droits des Palestiniens et refuse de reconnaître l'État d'Israël. Responsable de très nombreux attentats contre l'armée et les civils israéliens, le Hamas est considéré comme une organisation terroriste par de nombreux pays. Aussi, quand cette organisation s'est emparée de Gaza, Israël est devenu plus sévère avec le petit territoire. Ainsi, l'État juif a renforcé son contrôle autour de Gaza, empêchant les gens comme les marchandises d'entrer ou de sortir librement. Depuis trois ans, Israël décide qui peut entrer et sortir, quelles marchandises (et en quelle quantité) peuvent franchir les portes de Gaza…Pour punir les Palestiniens, Israël coupait aussi régulièrement l'électricité, le gaz, l'eau… Bref, il imposa ce qu'on appelle un embargo ou un blocus. Ce dernier terme concerne plus l'embargo maritime. Autrement dit, les Palestiniens ne peuvent pas pêcher et aucun bateau ne peut aborder le port de Gaza. Entre décembre 2008 et janvier 2009, l'État israélien a bombardé Gaza. Cette attaque qui a tué plus de 1300 Palestiniens a détruit des quartiers entiers, dévasté des champs et privé des centaines de milliers de Palestiniens des moyens de gagner leur vie. Ces destructions et le blocus ont donc aggravé la situation des Palestiniens, augmenté le chômage et la pauvreté. Depuis lors, près de 80 % des habitants de Gaza dépendent entièrement de l'aide humanitaire pour se nourrir, se soigner…
Eaux internationales
Avant ce 31 mai, plusieurs convois de bateaux avaient réussi à arriver à Gaza avec de l'aide humanitaire. D'autres avaient été arraisonnés, autrement dit contrôlés et parfois emmenés vers d'autres ports par l'armée israélienne. Mais c'est la première fois, que celle-ci a lancé un assaut aussi violent. Cette attaque qui a fait neuf morts et des dizaines de blessés a été critiquée dans le monde entier. Pourquoi? Parce que l'armée israélienne a utilisée une violence qualifiée de "disproportionnée" contre des civils qui souhaitaient apporter de l'aide humanitaire. Même si certaines des organisations de la flottille sont accusées d'être liés au Hamas, les passagers n'étaient pas des militaires mais des civils. De plus, l'abordage israélien s'est fait dans les eaux internationales et non pas dans les eaux territoriales. Explications. Les eaux territoriales sont la partie de la mer (ou de l'océan) qui font partie des frontières d'un pays. La largeur de cette frontière maritime s'étend normalement sur 12 milles marins, soit 22.224 mètres. Cette partie de mer fait donc partie du territoire de l'État qui peut y appliquer ses lois, l'exploiter (y pêcher, creuser…). Cependant, chaque État doit autoriser le passage de navires étrangers dans ses eaux… à condition que ceux-ci respectent ses lois et ne menacent pas sa sécurité. La flottille humanitaire attaquée par l'armée israélienne était loin des eaux territoriales d'Israël. Les bateaux naviguaient dans ce qu'on appelle les eaux internationales ou haute mer. Située loin des côtés d'un pays, ces eaux n'appartiennent à aucun État. Tous les bateaux peuvent donc y naviguer librement tant qu'ils respectent les lois de la mer. En se lançant à l'abordage de bateaux dans les eaux internationales, Israël n'a donc pas respecté les lois auxquelles tous les pays doivent se plier, autrement dit obéir.

Réactions
L'attaque israélienne contre la flotte humanitaire a provoqué la colère et de nombreuses réactions dans le monde. Ainsi, à côté de nombreuses manifestations de citoyens, les États aussi ont réagi. Certains pays ont rappelé leur ambassadeur. C'est le cas de la Turquie. Ce pays qui est l'un des principaux alliés d'Israël a été très touché par l'attaque des bateaux: la majorité des morts étaient Turcs. D'autres pays, ont eux, critiqué de manière sévère l'État israélien. Certains ont demandé au Conseil de Sécurité de se réunir. Il s'agit de cet organisme des Nations Unis chargé de veiller à la paix et la sécurité dans le monde. Composé de 15 pays membres, ce Conseil peut prendre des décisions (appelées résolutions) qui doivent être respectées. Depuis 1967, cet organisme a pris une trentaine de résolutions pour qu'Israël respecte le droit international ou encore le droit humanitaire. Israël n'a jamais obéi. Cette fois-ci, le Conseil de Sécurité a demandé une enquête sur ce qui s'est passé lundi dernier. De son côté, l'Union européenne a demandé à Israël de lever le blocus, autrement dit de mettre fin à l'enfermement des Palestiniens. Ce n'est pas la première fois que l'UE, mais aussi les organisations internationales ou encore les ONG le demandent. Jusqu'ici Israël n'a jamais obéi. Le fera-t-il aujourd'hui? La communauté internationale va-t-elle agir concrètement pour que cet État respecte enfin les droits de l'Homme, les droits humanitaires?
S.L.
(1) Parmi ces ONG, il y a le mouvement Free Gaza (Libérez Gaza, en français), la Campagne européenne pour le blocus de Gaza, l'organisation turque Insani Yardim Vakfi, l'organisation Perdana pour la paix mondiale, les ONG grecque et suédoise Bateau pour Gaza et le Comité international pour la levée du blocus de Gaza.






