
Remettre un peu d’ordre dans l’économie mondiale
Le 2 avril dernier, Londres, la capitale anglaise, accueillait le G20, soit le groupe des représentants des principaux pays de la planète. Objectif ? Se pencher sur la crise économique qui nous frappe et prendre des mesures. Pour en sortir d’abord. Pour ne plus y retomber ensuite.
Des réunions comme celle-là, il y en a tous les ans. Même quand il ne se passe pas grand-chose. Mais ce G20-ci sortait de l’ordinaire. Pourquoi ? Parce que pour la première fois depuis la grande crise de 1929, toutes les économies du monde ont été frappées pratiquement au même moment par la même crise.
Cette crise, nous en avons déjà parlé (1). Elle a commencé en 2007 très discrètement dans une petite banque américaine qui avait prêté de plus en plus d’argent à des gens qui étaient incapables de rembourser. Pour éviter la faillite, ces "mauvais" crédits ont été transformés en des sortes d'actions - qu'on appelle les produits d’investissements - que d’autres banques (aux États-Unis et ailleurs dans le monde) ont proposés à leurs clients. Et tout cela a fonctionné jusqu’au jour où cette "construction" s’est effondrée comme un château de cartes. Les banques ne se faisaient plus confiance entre elles et ne se prêtaient plus d’argent.
Or, l'économie est comme une espèce de moteur qui a besoin de carburant - l'argent - pour fonctionner. Ce carburant, ce sont les banques qui l'apportent. Donc si les banques ne fonctionnent plus, il n’y a plus personne pour prêter de l’argent aux entreprises qui veulent investir. Résultat: le moteur économique commence par ralentir avant de s’arrêter totalement.
Chacun pour soi
Face à l’ampleur de cette crise, chaque pays concerné a d'abord pris des mesures pour sauver sa propre économie. Certains ont, par exemple, baissé les taux d’intérêt, donc l'argent qu'il faut payer pour emprunter de… l'argent. Mais les responsables se sont vite rendu compte que cette façon d'agir risquait d'augmenter la concurrence entre les pays et de favoriser le chacun pour soi. Une situation intolérable, notamment en Europe. Pourquoi? Parce que l’Union européenne cherche depuis toujours à empêcher ce qu'on appelle la guerre commerciale entre ses 27 États membres. Et cela, en s’efforçant d’appliquer les mêmes règles pour tous. C’est pourquoi tous les pays impliqués dans cette crise ont décidé de se retrouver autour d’une même table afin de trouver des solutions. Une première réunion a eu lieu à Washington en novembre 2008, mais elle n’a pas donné de résultats. Pourquoi? Parce un des principaux acteurs, les États-Unis, se préparait à élire un nouveau président. Le G20 a donc décidé de se revoir à Londres.
Forum
Le G20 , avec un "G" pour "Groupe", ne compte que dix-neuf pays… Le vingtième invité, c’est l’Union européenne. Il s'agit des dix-neuf pays les plus riches et les plus puissants au niveau du commerce mondial. Pourquoi ce forum, donc cette réunion ne compte que 20? Puisqu’il s’agit d’une crise mondiale, pourquoi ne pas avoir réuni un G200 (200, c'est, en gros le nombre de pays dans le monde) ?
La réponse est simple. Ensemble, ce G20 représente environ les deux tiers de la population mondiale (on y retrouve des grands pays comme les États-Unis mai aussi la Chine et l’Inde). Les deux tiers du commerce mondial sont entre les mains des pays du G20. De même, plus de 90 % de la richesse produite dans le monde - soit ce qu'on appelle le PIB - est assurée par le G20.
De nouvelles règles?
Mais cette réponse ne satisfait pas tout le monde. Car, même si le G20 représente les deux tiers de la population mondiale, cela ne fait que vingt pays. Autrement dit, 180 pays ne sont pas présents et doivent donc accepter qu'un petit groupe décide à leur place.
De très nombreuses personnes protestent depuis des années contre ce déséquilibre mondial. On les appelait auparavant des "tiers-mondistes" et ensuite des "antimondialistes". Aujourd’hui, on les nomme "altermondialistes". Que veulent-ils? Un autre monde, donc d'autres règles qui soient basées sur l’accès au bien-être pour chacun et non plus sur la création de richesses.
Ceux qu'on appelle les opposants au G20 ont manifesté à Londres et leur message aurait été entendu. Ainsi, le G20 a notamment décidé de donner une aide plus grande aux pays en développement qui ont perdu beaucoup d’argent pendant cette crise. Pourquoi? Parce qu’ils vendent essentiellement des matières premières aux pays riches et qu’avec la chute des commandes, le prix de ces matières premières s’est effondré.
Bonnes résolutions ?
À Londres, le G20 a travaillé sur trois grandes questions. Qui nous a mis dans cette situation ? Comment empêcher certains de tricher ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? En ce qui concerne la première question: on l’a vu, si la crise économique a été aussi brutale et aussi grave, c’est à cause de la spéculation. On appelle ainsi ces opérations qui consistent à acheter et à vendre des actions ou des produits, par exemple, en espérant que le prix va augmenter. Afin de faire le maximum de bénéfices. Le G20 a décidé que désormais, toutes les banques, organisations… financières qui spéculent seront surveillées de très près. Concrètement, un organisme international sera chargé de superviser le fonctionnement des banques, quelle que soit leur nationalité.
Fini de tricher ?
Pour que ces mesures de contrôle fonctionnent, il faut empêcher qu’il y ait des fuites… d'argent. Autrement dit, éviter que certains cachent leur argent dans les paradis fiscaux. C'est ainsi qu'on appelle les pays qui ne réclament pas ou peu d’impôts lorsque des étrangers déposent de l’argent chez eux. Ces pays refusent également de transmettre des renseignements sur leurs clients à leurs pays d’origine. Ils pratiquent ce que l’on appelle le "secret bancaire". Résultat: cela permet à certains de tricher. Le G20 a décidé que c’était fini. Il a dressé une liste des pays qui ne coopèrent pas. La Belgique en fait partie ! Est-ce que cela suffira?
Un super banquier
Troisième question du G20: qu’est-ce qu’on fait maintenant ? C’est la partie la plus importante et la plus coûteuse : 5.000 milliards! Cette somme tient compte de ce que chaque pays a déjà prévu ou donné pour aider ses propres banques et usines. L’objectif? Favoriser la reprise de la croissance, autrement dit permettre aux usines de continuer à tourner, à ne pas licencier leurs travailleurs, à créer de l'emploi… pour qu'à leur tour, grâce à leur salaire, les travailleurs puissent continuer à consommer, à acheter… et donc à faire tourner l'économie.
Pour relancer la machine économique, le G20 compte utiliser le plus efficace de ses organismes : le Fonds Monétaire International (FMI). Ce dernier a été créé après la Deuxième Guerre mondiale pour veiller au bon fonctionnement de l'économie mondiale. Pour cette mission, le FMI pourra aussi compter sur la Banque mondiale, un autre organisme international qui, lui, est censé aider les pays les plus pauvres. Si d'ici 2010 la situation ne change pas, il faudra se remettre autour de la table.
Les altermondialistes ont critiqué ces décisions. Selon eux, ces mesures ne modifient pas vraiment la manière de fonctionner de banques, des usines, de faire du commerce... Au contraire, pour les altermondialistes, ces mesures vont favoriser encore plus la finance et les spéculateurs et désavantager de ce que l’on appelle l’économie réelle, donc l’industrie, l’agriculture… ou encore l'économie non-marchande donc le monde qui s'occupe de la santé, de l’enseignement…
Yves Cavalier
(1) Voir le n° 31 du 1er octobre 2008, le n° 35 du 29 octobre 2008, le n° 36 du 5 novembre 2008, le n° 2 du 14 janvier, le n° 7 du 18 février.
(Photo : copyright PhotoNews)






