C’est vrai que la situation est très préoccupante car on ne sait pas très bien comment tout cela va finir : l’euro va-t-il encore baisser ? Va-t-il encore exister ou faudra-t-il inventer une nouvelle monnaie pour l’Europe ? Ce sont des questions très importantes mais auxquelles personne ne peut répondre aujourd’hui. Et c’est parce que personne n’a de réponse que les investisseurs, soit ceux qui veulent placer leur épargne, préfèrent ne pas prendre de risques. A la place, ils aiment mieux placer leur argent dans un pays dont la monnaie est plus rassurante. Cette monnaie, c’est le dollar des Etats-Unis. On dit que le dollar est une valeur refuge parce que quand les choses vont mal ailleurs, c’est toujours vers le dollar qu’on revient.
L’offre et la demande
Toute cette grande mécanique qui fait voyager l’argent et le transforme tantôt en euro, tantôt en dollar, c’est ce qu’on appelle les marchés financiers. Quand on dit que les marchés attaquent l’euro, cela veut dire qu’au même moment, il y a beaucoup de gens qui décident de vendre de l’euro et très peu qui veulent en acheter. Tous les marchés fonctionnent selon une seule règle très simple : la loi de l’offre et de la demande. Qu’est-ce que cela signifie ? Si on offre beaucoup de choses à vendre mais qu’il n’y pas beaucoup d’acheteurs intéressés, le prix de cette chose aura tendance à baisser. Au contraire, si beaucoup de gens veulent acheter une chose mais que peu de gens veulent la vendre, le prix de cette chose aura tendance à monter. Une fois que l’on a bien assimilé cette règle, tout devient beaucoup plus simple à comprendre. Quand vous entendrez à la radio : "Nouvelle chute de l’euro !", vous comprendrez qu’il y beaucoup plus de gens qui veulent vendre des euros que de gens qui veulent en acheter.
Le diagnostic des analystes
L’autre question est de savoir pourquoi on vend des euros ou pourquoi on n’en veut pas. Ça, c’est le travail des analystes qui sont des spécialistes qui essaient d’expliquer tout ce qui se passe dans les marchés, un peu comme un médecin qui examine un malade. Ensuite, ils donnent leur avis, autrement dit leur diagnostic. Et c’est sur cette base que les investisseurs vont prendre leurs décisions. Soit ils vont encore vendre, soit ils vont acheter de l’euro sur l’avis de ces spécialistes.
Tout ce dont on parle ici peut faire croire que l’euro est finalement quelque chose d’abstrait, de pas très réel et que c’est quelque chose sur quoi on parie avec l’espoir de gagner et le risque de perdre. Ce n’est pas tout à fait faux et c’est d’ailleurs un des problèmes. Beaucoup de gens achètent et vendent des euros uniquement dans le but de gagner ou de perdre. Ils font de la spéculation. Or, l’euro, comme le dollar, est avant tout une monnaie d’échange. Cela veut dire qu’il doit d’abord servir à payer ce que l’on achète. Et cela, les spéculateurs ne s’en soucient pas. On dit qu’ils sont "déconnectés de l’économie réelle" c’est-à-dire de l’activité des entreprises et de notre vie de consommateur.
Un euro moins cher, c’est bien...
Pour les entreprises européennes, un euro qui a baissé de 15 % par rapport au dollar depuis le début de l’année, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Pourquoi ? Parce que beaucoup de nos entreprises fabriquent des produits qu’elles vendent à l’extérieur de l’Europe. Par exemple, l’Allemagne produit beaucoup de grosses voitures que les Américains aiment bien, des Mercedes par exemple. Pour un Américain qui veut payer sa voiture allemande avec des dollars, tout se passe comme si Mercedes avait décidé de lui accorder une remise de 15 % par rapport à ce que notre Américain aurait dû payer en janvier.
Or, Mercedes n’a rien décidé du tout. Ce sont les marchés qui ont décidé. En janvier, on devait donner 1,40 dollar pour obtenir un euro. Aujourd’hui, un Américain ne doit plus donner que 1,22 dollar. C’est bien 15 % de moins ! A ce prix- là, il pourrait bien se décider à acheter sa Mercedes et notre entreprise allemande et donc européenne aura vendu une voiture grâce à la baisse de l’euro mais elle n’aura pas perdu un cent dans l’affaire. Lorsqu’une monnaie baisse, elle permet aux entreprises qui vendent leurs produits à l’étranger d’avoir un avantage dans la compétition qui l’oppose aux autres entreprises. On dit qu’il y a une dévaluation compétitive.
Un euro moins cher, ce n’est pas bien...
Par contre, si nous produisons beaucoup de choses pour les revendre à l’étranger, pour les exporter, nous ne disposons pas de beaucoup de matières premières pour fabriquer nos produits et nous devons les importer, les faire venir de l’étranger. Malheureusement, ces matières premières se paient toujours en dollar. Et cette fois, la baisse de l’euro va jouer contre nos importateurs. Si au début de l’année, il devait donner 0,7 euro pour obtenir un dollar et qu’aujourd’hui il doit en donner 0,8 euro, il paie 15 % plus cher ce qu’il achète ! Cela vaut pour les matières premières comme le cuivre. Mais aussi pour celui des denrées comme les céréales ou le café qui se paient en dollars. Et surtout, cela vaut pour le pétrole et là, tout le monde est concerné : les entreprises, mais aussi chaque citoyen.
Baisse du pouvoir d’achat
Tout cela veut dire que l’on va aussi faire venir dans nos pays européens des produits plus chers. Donc, il faudra payer plus pour les consommer. En effet, si je dépense aujourd’hui 100 euros par mois pour payer l’essence de ma voiture et que demain je vais devoir payer 115 euros parce que le dollar a augmenté de 15 %, cela veut dire qu’il me restera moins d’argent à dépenser pour autre chose. Pour les spécialistes cela s’appelle une baisse du pouvoir d’achat.
Et cela ne concerne pas que les produits qui viennent des Etats-Unis ou les matières premières. Tout ce qui vient de Chine est également payé en dollar. Et c’est aussi grâce à cela que l’on a pu acheter des téléphones portables, des ordinateurs, des téléviseurs mais aussi des vêtements et bien d’autres produits à des prix toujours plus bas ces dernières années. Désormais avec un euro plus faible ces produits vont coûter plus cher pour nous, consommateurs. Dès lors, une règle va s’imposer d’elle-même : consommer moins ! Ou alors acheter des produits qui sont fabriqués en Europe et vendus en euro.
Y.C.






