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La Grèce, l'euro et l'Europe

L'euro vient de connaître la crise la plus grave de son existence. Bien sûr, la monnaie européenne a déjà connu des hauts et des bas. Mais cette fois, les choses sont plus inquiétantes : ce n’est pas l’euro lui-même qui a été attaqué mais tout le mécanisme, tout le système qui lui permet d’exister. C’est pourquoi on parle d’une crise "systémique".

Essayons de comprendre cela en dix questions…
et dix réponses.




1.    Comment fonctionne l’euro ? L’euro est une monnaie artificielle. Autrement dit, elle a été créée de toutes pièces (sans jeu de mots) en 1999 sur base de quelques règles ou principes. Les pays qui voulaient que l’euro devienne leur monnaie devaient accepter ces principes.

2.    Quels sont ces principes ? Il fallait notamment que chaque pays accepte de mettre de l’ordre dans ses affaires. Cela veut dire ne pas vivre au-dessus de ses moyens. Quand on dépense plus que ce que l’on gagne, on crée un "trou" que les spécialistes appellent un "déficit". Pour combler ce trou, on est obligé de demander de l’argent ailleurs, autrement dit d’emprunter. Or, plus un pays emprunte, plus sa dette, la "dette publique" augmente. Quand un pays de l’Union européenne accepte ces conditions, l’euro devient sa monnaie. Il fait donc partie de la "zone euro" ou de "l'eurozone".

3.    Pourquoi parle-t-on de "crise grecque" ? Parce que la Grèce n’a pas respecté les règles du jeu. Une fois que l’on fait partie de l’euro, il faut continuer à respecter ces règles. On s’engage dans ce qu’on appelle le "pacte de stabilité". Si, à un moment, pour une raison quelconque, un pays n’est pas en mesure de le respecter, il doit tirer la sonnette d’alarme et prévenir les autres pays membres de la zone euro. La Grèce était dans cette situation. Non seulement elle n’a pas tiré la sonnette d’alarme mais surtout, elle a menti : elle a fait croire que tout allait bien en publiant des chiffres incorrects ! C'est donc la Grèce qui a déclenché la crise.

4.    Qui a découvert ce mensonge ? Lorsqu’on ment, cela finit toujours par se savoir. Dans le cas de la Grèce, le mensonge a été découvert par les "agences de notation". Pour faire simple, ces agences sont en quelque sorte des "détectives privés". Elles sont indépendantes et sont payées par des banques, des compagnies d’assurances, des investisseurs importants pour vérifier que ceux qui empruntent de l’argent ne cachent rien. Quand tout est bien, ils accordent une bonne note. Si ce n’est pas le cas, ils décident d’abaisser la note. En menant leur enquête, ces "détectives" ont constaté que la Grèce a menti sur sa situation réelle et ils ont donc annoncé publiquement que la Grèce allait recevoir une mauvaise note. Comme à l’école !

5.    Quelles ont été les conséquences ? D’abord, plus personne n’a voulu prêter de l’argent à la Grèce. Ensuite, on s’est dit que tous ceux qui ont prêté de l’argent à la Grèce allaient avoir des problèmes. Il s’agit essentiellement des banques européennes. Résultat : tous ceux qui possèdent des actions, donc des parts de  ces banques ont préféré les vendre. D'autre part, certains ont estimé que si la Grèce avait réussi à tromper tout le monde, d’autres pays ont peut-être les mêmes problèmes. En d'autres mots, pour eux, la mécanique qui fait tourner l’euro ne fonctionne plus. Conséquence : de  très nombreux investisseurs ont décidé de vendre leurs euros pour acheter du dollar américain notamment.  L'euro dont plus personne ne voulait a donc perdu de sa valeur, tandis que celle du dollar a augmenté.

6.    La Grèce a-t-elle été punie ? Disons qu’elle s’est punie elle-même. En effet, pour obtenir l'aide des autres pays européens, la Grèce doit s’engager à mieux gérer ses affaires. Elle doit donc dépenser moins et faire des économies. Le gouvernement grec a dû présenter un plan pour améliorer sa situation. Ce plan appelé "plan de redressement" prévoit des mesures très pénibles pour la population grecque : réduction des salaires des fonctionnaires, réduction des pensions, nouveaux impôts… Tout cela a provoqué des grèves, des manifestations violentes et même des morts.

7.    Qu’ont fait les autres pays européens ? D’abord, ils ont essayé de se mettre d’accord pour sauver la Grèce et lui prêter de l’argent. Cela n’a pas été facile car certains pays comme l’Allemagne estimaient qu’ils n’avaient pas à payer pour quelqu’un qui a triché. Mais finalement cela s’est arrangé et les pays européens se sont mis d'accord sur un plan de sauvetage. Ils vont prêter à la Grèce de l’argent par petits morceaux, pendant trois  ans, soit 110 milliards d’euros. À une condition: le gouvernement grec doit appliquer son programme d'économie.

8.    Était-ce suffisant pour régler le problème ? Non car, entre-temps, les "spéculateurs" étaient déjà passé à l’action. Les spéculateurs sont des investisseurs (des banques, des hommes d'affaires, des sociétés d'assurance…) qui font des sortes de paris. Ainsi, ils achètent des actions en espérant que leur valeur va augmenter et donc qu'ils gagneront plus d'argent. Le problème, c'est que quand un pays a des soucis d'argent - comme la Grèce - la spéculation peut aggraver sa situation.  De plus, après la Grèce, les spéculateurs se sont dit que d’autres pays avaient sans doute le même genre de problèmes. Le Portugal, l’Espagne, l’Italie et même de la Belgique étaient menacés. Bref, tous les pays qui ont beaucoup de dettes. La crise grecque s’est alors étendue à toute l’Europe, autrement dit aux pays qui ont trop de dettes mais aussi aux pays qui leur ont prêté de l’argent.

9.    Que pouvaient faire les autorités européennes ? Elles ont dû improviser une contre-attaque. Les responsables de l’Union européenne se sont réunis pendant tout un week-end pour trouver une solution. Ils se sont mis d'accord sur un plan de 750 milliards d’euros ! C’est énorme. À quoi servira cet argent ? Dès qu’un pays de la zone euro aura des problèmes d’argent, il pourra  en obtenir auprès des autres pays européens. Autrement dit, il ne devra pas aller l'emprunter sur le marché, donc auprès des banques. Le but? Empêcher les spéculateurs de s’attaquer aux pays les plus faibles. Il n’y a plus d’argent à gagner puisque ces pays sont soutenus par ceux qui sont les plus forts.

10.    Dès lors, la crise est-elle finie ? Non. La guerre contre la spéculation  est gagnée mais les problèmes qui ont provoqué la crise demeurent. En fait, cette crise a éclaté et s’est agravée parce que certains pays ne sont pas capables de respecter les règles du jeu. Cela n’a pas changé. Mais désormais, on va être très méfiant à l’égard de chacun et à l’égard de tous les pays européens. Cela explique que l’euro, la monnaie européenne qui est en quelque sorte le bulletin de santé de l’Europe, ait perdu de sa valeur. Ainsi, depuis le début de l’année, la monnaie européenne a perdu plus de 10 % de sa valeur par rapport au dollar américain. Est-ce un bien ou un mal ? C’est une autre histoire.


YC

 

 

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