
De nombreux élèves, enseignants n’ont pas répondu "présent" ce lundi après les vacances de Pâques. Dans les entreprises aussi, de nombreux travailleurs et employés manquaient à l’appel. Tous ont une bonne excuse : à cause d’un volcan islandais, ils n’ont pas pu prendre l’avion pour rentrer de vacances.
Jeudi dernier, les aéroports européens ont commencé à annuler leurs vols un à un. Dès vendredi, plus de 10.000 vols ont été annulés. De la Belgique au Danemark, en passant par la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Allemagne ou encore l’Italie, des dizaines de milliers de voyageurs se sont retrouvés bloqués dans les aéroports. Certains ont été obligés de renoncer à leur voyage ou de se débrouiller pour trouver une place dans un train, un autocar, un bateau… D’autres sont restés coincés dans des pays d’Asie, aux États-Unis ou encore en Australie parce que les avions à destination de l’Europe n’ont pas eu l’autorisation de s’envoler. La cause ? Un nuage venu d’Islande. Un nuage de cendres craché par un volcan.
Eyjafjöll
Eyjafjöll. Un mot difficile à prononcer. C’est le nom du volcan responsable des perturbations dans le ciel. L’Eyjafjallajökull est un des 250 volcans de l’Islande. Située près du Groenland, cette île de 103.000 km² située près du Groenland est aussi célèbre pour ses geysers, soit ces sources d’eau chaude qui projettent très haut de l’eau et de la vapeur brûlantes. Ces particularités valent à l’Islande le surnom d’"île de feu et de glace". Parmi les 250 volcans d’Islande, une centaine sont "endormis". C’est ainsi qu’on appelle les volcans qui ne sont plus entrés en éruption depuis plusieurs centaines d’années. L’Eyjafjöll, lui, fait partie des 150 volcans en activité, autrement dit des volcans qui entrent en éruption. Sa dernière éruption remonte à 1823. Mais le 21 mars dernier, l’Eyjafjöll s’est agité et de la lave s’est écoulée du volcan. Il s’est ensuite calmé avant d’entrer à nouveau en éruption mercredi 14 avril et de provoquer la pagaille que l’on connaît. Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?
Feu et glace
Le volcan Eyjafjöll se trouve en dessous d’un glacier nommé Eyjafjallajökull. Lors de l’explosion de mercredi dernier, la lave du volcan - dont la température est de plus de 1000 degrés - a rencontré la glace du glacier. Ce contact a provoqué une évaporation de la glace qui a eu, à son tour, un effet sur les gaz qui se trouvent à l’intérieur du glacier. Résultat : il y a eu une explosion et le glacier a commencé à projeter ce qu’on appelle des matériaux volcaniques : des morceaux de roche, du magma et des cendres… La force de l’explosion a envoyé ces matériaux à plus de 16 kilomètres de hauteur dans l’atmosphère. Très vite, le nuage formé par la fumée et les cendres a commencé à se déplacer. Comme n’importe quel nuage. Selon les conditions météorologiques du moment et de l’endroit où passe un nuage, celui-ci peut se diluer plus ou moins rapidement. Mais certains nuages de cendres peuvent voyager longtemps. Ainsi, le nuage né après la grosse éruption du Pinatubo, aux Philippines, en 1991, a fait trois fois le tour du monde avant de se dissiper. Celui d’Eyjafjöll a pris la direction du continent européen et de la Belgique située à 2100 kilomètres de distance. Un à un, les pays survolés par le nuage volcanique ont interdit aux avions de décoller ou d’atterrir. Pourquoi ?
Atmosphère
Quand ils sont en l’air, les avions volent dans ou au ras de la stratosphère. C’est ainsi qu’on appelle la deuxième des cinq couches qui composent l’atmosphère. La stratosphère se trouve à une altitude de 8 à 20 km de la surface de la Terre et son épaisseur peut aller jusqu'à 50 km d’altitude. La partie de l’atmosphère située entre la stratosphère et la surface de la Terre est appelée troposphère. C’est dans cette première couche atmosphérique qu’on trouve l’air qu’on respire et la plupart des phénomènes météorologiques. C’est donc à ce niveau-là que se baladent la majorité des nuages. Autrement dit, c’est dans la troposphère que se déplace le nuage volcanique. Les avions volent au-dessus de la couche atmosphérique où se trouve le nuage volcanique. Mais, chaque fois qu’ils décollent ou atterrissent, ils doivent traverser la troposphère, donc les nuages. Or, quand il s’agit d’un nuage volcanique, il y a danger. En effet, les cendres volcaniques contiennent des particules de roche qui peuvent bloquer ou démolir les moteurs. Si les moteurs s’arrêtent, c’est la catastrophe : l’avion s’écrase. Les responsables de l’aviation des différents pays européens n’étaient pas sûrs que ce nuage de cendres était très dangereux. Mais plutôt que de courir des risques, ils ont préféré laisser les avions au sol. Ils ont appliqué ce qu’on appelle le principe de précaution.
Conséquences multiples
Le nuage islandais a provoqué la pagaille dans une grande partie du monde et des conséquences dans différents domaines. Ainsi, les fermetures des aéroports ont empêché des dizaines de milliers de personnes de voyager, de rentrer chez eux, d’aller à leurs rendez-vous… Des entreprises se sont retrouvées avec du personnel en moins. Dans de nombreuses écoles, des enseignants manquaient à l’appel. Des marchandises (comme les médicaments ou des pièces d’appareils) ne sont pas arrivées à destination. Beaucoup ont perdu de l’argent. Par exemple : les compagnies aériennes (parce leurs avions ne volaient pas), les commerçants des aéroports (parce qu’ils n’avaient plus de clients), les agences de voyage (parce qu’elles ont payé des chambres d’hôtel à leurs clients bloqués), les voyageurs (pour louer une chambre d’hôtel, acheter un billet d’autocar, de train afin de rentrer à temps)… Le nuage islandais n’a pas fait que des malheureux : de nombreuses agences de location de voitures, des sociétés d’autocars, des taxis… ont eu beaucoup de clients. Et puis, quelques jours sans avion, donc sans le bruit et la pollution des avions, ça a fait du bien à notre planète. Ça pourrait même durer encore quelque temps ! En effet, quelques heures après la réouverture des aéroports, certains pays les ont refermés : un nouveau nuage se dirigeait vers l’Europe !
S. Loulidi
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