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Le Kirghizstan a chassé son président

Le 7 mars dernier, une manifestation très violente a eu lieu à Bichkek, la capitale du Kirghizstan, un pays d’Asie centrale. Les manifestants ont réussi à renverser le pouvoir, autrement dit ils ont chassé le président et son gouvernement. C’est la deuxième fois en cinq ans que les habitants de ce pays se débarrassent de leur président. Mais qu’est-ce qui se passe ?

Le Kirghizstan est un de ces pays d’Asie centrale dont on entend peu parler. Jusqu’en 1991, il était une des quinze républiques de l’Union des Républiques Soviétiques Socialistes (URSS, en bref). Celle-ci était dirigée par la Russie, la plus puissante des républiques et, cela de manière autoritaire. En effet, dans ces républiques, les populations n’étaient pas libres de choisir leurs dirigeants, de s’exprimer librement, de posséder une usine, un magasin, des terres, une maison… C’est l’État qui possédait tout et qui décidait ce qui devait être produit dans les champs, dans les usines, et en quelle quantité…  Cette manière d’organiser, de diriger, de décider, qu’on appelait le communisme, était de plus en plus critiquée. À la fin des années 1980, de nombreux pays ont commencé à rejeter le communisme et à prendre leur indépendance. Le Kirghizstan l’a fait en 1991.

Manifestations

Le premier président du Kirghizstan indépendant s’appelle Askar Akaev. Il promet de changer la manière de diriger le pays, de donner plus de liberté à la population, de mieux respecter les droits de l’homme… Mais très vite, il se montre très autoritaire et garde le pouvoir pendant quinze ans. En 2005, des élections législatives sont organisées. Mais les opposants et des observateurs étrangers estiment qu’elles ont été truquées. Résultat : des manifestations immenses se multiplient et le président est poussé vers la sortie, autrement dit il doit s’enfuir. Il est remplacé par son ancien Premier ministre, Kourmanbek Bakiev. Cinq ans plus tard, celui-ci est à son tour chassé.

Clans et corruption

Pourquoi les Kirghizes, comme on appelle les habitants de ce pays, ont-ils à nouveau chassé leur président ? Parce que, comme son prédécesseur, Kourmanbek Bakiev n’avait pas tenu ses promesses. Il n’a pas mis en place les réformes promises, notamment de réduire ses pouvoirs, donc d’accorder plus de place à la démocratie, de développer ce pays qui est l’un des plus pauvres au monde, de réduire le chômage… Mais surtout, ce président était très autoritaire et était accusé de corruption. C’est ainsi qu’on appelle cette pratique qui consiste à donner (ou à recevoir) de l’argent ou des avantages à une personne qui a du pouvoir en échange d’un service illégal. Par exemple, donner de l’argent pour obtenir  des voix lors des élections… Bakiev était aussi accusé de favoriser les gens de sa région (le sud du pays), son clan et sa famille. Ainsi, il avait placé ses fils et son frère à la tête d’importantes entreprises de l’État. Abuser de son pouvoir pour favoriser sa famille, lui procurer des emplois ou des  avantages, c’est ce qu’on appelle du népotisme. Grâce à ce népotisme, le président contrôlait les principales richesses du pays. De plus, ces derniers temps, Bakiev était devenu de moins en moins démocratique. Ainsi, il a triché pour gagner les élections en 2009. Il a réduit le pouvoir des ministres pour augmenter le sien. Il a maltraité et emprisonné les opposants et les défenseurs des droits de l’Homme. Récemment, plusieurs opposants et journalistes ont été tués.

Problèmes

Tous ces événements, mais aussi la hausse des prix (de la nourriture, de l’électricité…) ont poussé les Kirghizes à manifester. Le 7 avril dernier, entre 3000 et 5000 personnes se sont rassemblées pour réclamer la démission du président. Elles ont attaqué le parlement et le bâtiment présidentiel et forcé le président à prendre la fuite. Près de 80 personnes ont été tuées pendant les affrontements entre manifestants et la police. Depuis, le calme est revenu et une présidente intérim, autrement dit une présidente provisoire, dirige le pays. Rosa Otounbaïeva, c’est son nom, est l’ancienne ministre des Affaires étrangères. Elle va occuper le poste jusqu’à ce que des élections présidentielles soient organisées. D’ici trois à six mois.  Pendant ce temps, son gouvernement aura fort à faire. Il y a notamment  la situation de l’ancien président. Va-t-il devoir rendre des comptes comme le demandent certains? Pourra-t-il s’enfuir vers un autre pays avec sa famille comme il le demande ? Il y a la question des partisans du président, autrement dit ceux qui le soutiennent. Vont-ils continuer à manifester et provoquer des troubles dans le pays ? Il y a également le problème de l’argent : après la fuite du président, il ne restait que 16 millions de dollars dans les caisses de l’État. Soit une misère.

Alliés

Les autorités ne sont pas les seules à s’inquiéter de l’avenir de ce territoire. C’est également le cas de pays étrangers comme les États-Unis et la Russie.  Pourquoi ? Parce que le Kirghizstan est essentiel pour eux. Non parce que le pays est riche ou possède du pétrole, mais parce qu’il occupe une position géographique importante. On dit aussi position géopolitique. En effet, il est voisin de pays qui possèdent du pétrole ou par lesquels transite cette énergie. Il est situé près de pays amis ou ennemis… Bref, c’est un pays capital pour pouvoir contrôler des ressources, pour avoir de l’influence ou encore exercer du pouvoir dans la région. Résultat : les Russes y ont une base militaire. Les États-Unis aussi. C’est par là que transitent la majorité des soldats américains qui se battent en Afghanistan.

Samira Loulidi

 

Kirghizie ou Kirghizstan?
Peuplée de 5,3 millions d’habitants, la république Kirghize est aussi appelée Kirghizie ou Kirghizstan. Ce suffixe "stan", on le retrouve dans le nom d’une série d’autres pays ou régions d’Asie centrale : Afghanistan, Kazakhstan, Pakistan, Tadjikistan, Turkménistan, Ouzbékistan… Il signifie "lieu" en persan, soit la langue parlée en Iran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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