
Le 23 mars, une loi a été votée aux États-Unis. Une loi qui devrait changer la vie de millions d’Américains. Désormais, ils pourront se faire soigner sans se ruiner ou se retrouver dans la misère. En d’autres mots, la sécurité sociale s’améliore aux États-Unis.
En Belgique et dans la plupart des pays européens, les personnes qui sont malades, trop âgées pour travailler ou qui perdent leur emploi ne se retrouvent pas du jour au lendemain sans argent ou dans la misère comme c’était le cas jadis. Les chômeurs, par exemple, reçoivent des allocations de chômage. Ceux qui ont besoin de médicaments ou qui sont hospitalisés ne paient pas la totalité de la facture de soins. C’est l’assurance maladie-invalidité (qu’on appelle aussi la mutuelle) qui prend en charge une grande partie des coûts des soins. Les parents qui ont des enfants reçoivent une somme d’argent qui les aide dans l’éducation de ceux-ci (ce sont les allocations familiales)… Toutes ces aides font partie de ce qu’on appelle le système de sécurité sociale.

La solidarité organisée
La sécurité sociale est donc un ensemble d’assurances qui permettent aux personnes d’être protégées contres certains risques ou encore, pour le dire autrement, contre les accidents de la vie. La sécu sociale comme on l’appelle est un système obligatoire, organisé par l’État et basé sur la solidarité. Concrètement : toutes les personnes qui travaillent cotisent, autrement dit elles versent une somme d’argent dans une espèce de pot commun appelé ONSS (Office National de la Sécurité Sociale). Chacun cotise en fonction de ses revenus : celui qui gagne peu paie peu, celui qui gagne beaucoup paie beaucoup. Les cotisations d’un travailleur salarié - celui qui travaille pour un patron – sont prélevées directement de son salaire. Son patron verse aussi une somme d’argent dans le pot commun. L’État ajoute de l’argent dans le compte commun. Cet argent provient des taxes, des impôts… Le travailleur indépendant, donc celui qui est son propre patron (boulanger, garagiste, agriculteur, médecin…) verse lui-même sa cotisation. Tout cet argent qui se retrouve dans la caisse commune est ensuite redistribué entre les différentes caisses qui s’occupent d’un des domaines (on dit branches) de la sécu : l’assurance maladie-invalidité, l’assurance-chômage, les allocations familiales, l’assurance pensions et les vacances annuelles. L’idée de base, on l’a dit, c’est que tout le monde cotise pour le jour où il en aura besoin et pour tous ceux qui en ont besoin. Autrement dit, tout le monde cotise pour tout le monde puisque tout le monde peut un jour tomber malade ou être au chômage. Et tout le monde sera un jour pensionné. Il y a donc une solidarité entre ceux qui travaillent et ceux qui sont au chômage, entre les personnes en bonne santé et celles qui sont malades, entre les jeunes et les plus âgés, entre ceux qui vivent seuls et ceux qui ont des enfants… Certains ne cotisent pas… parce qu’ils ne travaillent pas, par exemple. Ils n’ont donc pas droit à l’assurance sociale. Mais pour pouvoir vivre plus ou moins correctement, ils bénéficient d’une aide sociale via les CPAS (les centres publics d’aide sociale). Notre système de sécurité sociale - qui a fêté ses 60 ans en 2005 - est un des meilleurs au monde. Mais depuis plusieurs années, les dépenses de la sécurité sociale n’arrêtent pas d’augmenter et certains proposent de revenir vers l’ancien système : une sécurité sociale privée. Autrement dit, une sécu sociale qui ne serait plus organisée par l’État, mais où chacun pourrait choisir sa propre assurance privée. Le problème, c’est que dans un tel système, seuls les plus riches peuvent se payer une bonne assurance et être mieux protégés. C’est le cas aux États-Unis . Ou plutôt c’était le cas, jusqu’avant la nouvelle loi de mars.
Assurances privées
Aux États-Unis, 32 millions d’Américains (sur 305 millions) n’ont pas d’assurance-maladie. 25 autres millions sont mal assurés. Pourquoi ? Parce que dans ce pays, l’assurance-maladie n’est pas obligatoire et n’est pas organisée par l’État comme chez nous. En effet, le système américain est basé sur l’aide sociale et sur… la liberté. Explications. Aux États-Unis, l’État aide seulement les plus pauvres et les plus vieux. Grâce aux systèmes appelés Medicaid et Medicare, les plus pauvres, les pensionnés et les handicapés peuvent se faire soigner dans certains hôpitaux ou des centres de santé. Les Américains qui ne sont ni pauvres ni vieux, donc ceux qui travaillent et gagnent leur vie doivent avoir une assurance privée pour se faire soigner. En principe, c’est leur patron qui doit les assurer. Mais comme cela coûte de plus en plus cher, beaucoup d’entreprises y ont renoncé. Résultat : de nombreux travailleurs doivent s’assurer eux-mêmes. Mais une assurance-maladie peut coûter très cher. En effet, les assurances sont des sociétés privées, et comme toute entreprise privée, leur but est de gagner de l’argent, de faire des bénéfices. Donc, elles demandent des sommes énormes pour assurer les personnes ou imposent une série de conditions. Elles tiennent, par exemple, compte de l’âge, de la profession, des revenus, du lieu où vivent les personnes… Certaines sociétés refusent tout simplement d’assurer des personnes qui sont déjà malades, trop âgées ou qui risquent d’avoir un gros pépin de santé… L’absence d’assurance-maladie ou une assurance-maladie qui ne couvre pas tous les frais peut provoquer la ruine d’une famille qui gagnait correctement sa vie. En effet, pour payer des frais médicaux importants (une hospitalisation, une longue maladie, une opération…), certains sont obligés de vendre tous leurs biens (voiture, maison…). Beaucoup se retrouvent à la rue.
Énorme progrès
Pour mettre fin à ce système injuste, plusieurs présidents américains ont essayé de réformer le système d’assurance-maladie. Aucun n’a réussi… avant Obama ! Après plus d’un an de discussions, le président américain est parvenu à faire voter une loi, le 23 mars dernier. Quels changements apporte-t-elle ? Désormais, les 32 millions d’Américains qui n’avaient aucune assurance-maladie devront être assurés. L’État va les aider à la payer. L’État va aussi aider ceux qui n’ont pas une bonne assurance à en avoir une. Enfin, la loi interdit aux compagnies d’assurances de refuser les personnes en mauvaise santé. La vie de millions d’Américains va donc changer. Ils n’auront plus peur de tomber malade. Pour le dire autrement, cette loi représente un énorme progrès. Pourtant, de très nombreux Américains ont manifesté pour qu’elle ne soit pas votée. Pourquoi ? Certains parce qu’ils estiment que cette loi est contraire à leur liberté… de choisir. D’autres estiment que ces réformes vont coûter trop cher et que pour les payer, on va augmenter leurs impôts. Les Américains seraient-ils moins solidaires que d’autres peuples ? Non. La solidarité existe. La preuve : il y a plus de 650.000 associations qui interviennent dans différents domaines (éducation, nourriture, sport…).
S.L.






