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Carrefour : l’heure de la fermeture

En juin prochain, vingt-et-un magasins Carrefour vont fermer leurs portes en Belgique. Cela veut dire que 1672 personnes qui travaillent dans ces magasins vont perdre leur travail. Cela fait autant de familles qui vont connaître de grandes difficultés pour vivre et élever leurs enfants. Notamment parce qu’en cette période de crise économique, il est très difficile de retrouver du travail.


Les magasins  Carrefour, vous les connaissez. Ils sont présents pratiquement partout en Belgique. C’est normal : il s’agit d’une des plus importantes et des plus anciennes chaînes de grands magasins du pays. À l’origine, les propriétaires du groupe étaient des familles belges. Il y a dix ans environ, l’ensemble des magasins a été revendu à un groupe français du nom de Carrefour. Cela explique les couleurs bleu, blanc et rouge de l’enseigne. Aujourd’hui, les Français ont décidé de fermer des magasins. Pourquoi ? Parce qu’ils ne gagnent pas assez d’argent chez nous. C’est très choquant, mais c’est logique ou plutôt c’est la logique des grandes entreprises d’aujourd’hui.

Chantage
D’après les dirigeants de Carrefour, les travailleurs belges lui coûtent plus cher que ceux de France, par exemple. Pourquoi ? Notamment à cause des "charges patronales". En clair, en plus du salaire qu’il paie à chaque travailleur, un patron doit aussi verser une somme d’argent à l’État. Cette somme sert à alimenter l’espèce de pot commun appelé sécurité sociale qui permet de payer les soins de santé, les pensions… Carrefour veut une réduction de ces "charges patronales". Ainsi, en plus de la fermeture de vingt-et-un magasins, il a annoncé qu’il pourrait abandonner tout à fait la Belgique si ses "charges patronales" ne sont pas réduites.  "C’est du chantage", ont dit les syndicats, soit ces organisations qui défendent les travailleurs. Faire du chantage, c’est menacer quelqu’un (de le priver de quelque chose, de révéler un secret…) pour l’obliger à obéir, pour obtenir quelque chose de lui. Dans le cas présent, Carrefour laisse entendre que s’il n’obtient pas une réduction des salaires, il pourrait quitter tout à fait la Belgique. Cette menace fait peur, car Carrefour donne du travail à plus de 15.000 personnes en Belgique !

Un groupe, des concurrents
Lorsqu’on parle de fermeture de magasins et de pertes d’emploi, on parle de "drame social". Cela veut dire que l’on vit ces événements comme quelque chose d’injuste, comme si on avait été trahi par quelqu’un. Ce sont des sentiments très humains. Or, aujourd’hui, dans le monde des grandes entreprises, il n’y a plus de sentiments humains. Carrefour n’est pas une personne avec laquelle on peut parler de ses sentiments. C’est un groupe multinational français. Par multinationale, on désigne ces grandes entreprises qui possèdent et contrôlent d’autres entreprises dans plusieurs pays. Quand on parle de groupe, cela veut dire que ce n’est même pas une seule entreprise mais plusieurs sociétés qui sont "regroupées" et qui ont un point commun : défendre les intérêts du groupe. En clair, Carrefour Belgique est un petit morceau d’un grand ensemble. On parle parfois de "constellation" comme si chaque entreprise dans chaque pays était une étoile qui appartient à un même ensemble dans le ciel. Cela veut aussi dire que toutes ces "étoiles" sont comparées entre elles. Et si l’une d’elles est moins brillante (si elle fait de moins bons résultats) il faut soit la renforcer, soit l’éliminer. On parle également de "compétition interne" : toutes ces entreprises font partie d’une même famille mais elles doivent se battre entre elles pour être encore meilleures. Sinon, elles sont éliminées.

Qui décide ?

Pour comprendre comment fonctionnent les multinationales, prenons un autre exemple : le groupe InBev. Ce fabricant de bière qui produit la Stella, la Jupiler ou encore la Blanche de Hoegarden s’appelait jadis Interbrew. C’était alors une société belge établie à Louvain. Il y a quelques années, Interbrew a fusionné avec des entreprises étrangères et il devenu un groupe multinational présent dans le monde entier. Mais l’an dernier, il a annoncé un "plan de restructuration". C’est la formule employée par les entreprises quand elles veulent fermer des usines, supprimer des emplois… Pourquoi Inbev a-t-il annoncé ce plan ? Parce qu’il a constaté qu’il était plus intéressant pour lui de produire ses bières dans d’autres pays que la Belgique. Cette décision a été prise par les dirigeants du groupe qui ne sont plus installés en Belgique, mais à l’autre bout du monde, au Brésil ! On a encore vécu la même situation avec l’annonce de la fermeture de l’usine de General Motors à Anvers. La décision a été prise à Detroit aux États-Unis.  On dit que les "centres de décision" ne sont pas en Belgique.
Pour le dire autrement, la direction de General Motors aux États-Unis, d’InBev au Brésil ou de Carrefour à Paris ne regarde que les chiffres. Donc seul le résultat compte. Pourquoi ? Parce que si le résultat est mauvais, les patrons de l’entreprise peuvent eux aussi perdre leur travail. Par contre si les résultats sont bons, les patrons auront droit à des primes, à des "bonus" en plus de leur salaire.

Bénéfices d’abord

Aujourd’hui, toutes les entreprises multinationales fonctionnent de cette manière. Pourquoi ? Parce que les propriétaires de ces entreprise, soit les actionnaires, ne sont plus des personnes mais des sociétés spécialisées. Les banques (ou encore les compagnies d’assurances) où les gens déposent l’argent qu’ils ont épargné, vont confier cet argent à ces investisseurs professionnels en leur demandant de leur rapporter le plus de bénéfice possible. Si ces investisseurs n’obtiennent pas des bons résultats chez Carrefour par exemple, ils quittent l’entreprise et vont investir ailleurs. Donc, Carrefour va essayer de gagner un maximum d’argent pour garder ses actionnaires. C’est pour cela que la multinationale a annoncé en même temps que la fermeture des magasins en Belgique, des investissements importants dans des pays d’Europe de l’Est. Des pays où il espère pouvoir gagner plus d’argent qu’ici.

Réactions
Le personnel de Carrefour a commencé par manifester son mécontentement et sa colère. Les travailleurs ont arrêté le travail et ont fait grève. Les magasins Carrefour sont restés fermés pendant plusieurs jours. Même ceux qui ne sont pas directement menacés ont fermé par solidarité.
Dans un deuxième temps, les syndicats vont rencontrer la direction du groupe en Belgique. Ils vont demander que Carrefour revienne sur sa décision de fermer les magasins. Ils vont exiger que le personnel qui doit quitter l’entreprise reçoive le maximum d’argent en compensation. Mais ils vont aussi se battre pour les magasins qui restent ouverts. En effet, Carrefour veut baisser les salaires. Les syndicats ne seront certainement pas d’accord. Le gouvernement désignera sans doute un "conciliateur social". C’est ainsi qu’on appelle une personne chargée de trouver une solution pour régler le problème. Quant à Carrefour, il pourrait encore essayer de revendre ses magasins à un autre investisseur en Belgique. C’est possible. Mais cela ne veut pas dire que les 1672 personnes qui ont perdu leur emploi vont retrouver du travail.

Yves Cavalier

 

Tremblement de terre : après Haïti, le Chili


Samedi 27 février, la terre a tremblé au Chili, un pays d’Amérique latine. Près de 800 personnes seraient mortes. Ce tremblement de terre est l’un des plus violents dans l’histoire. Il serait 50 à 60 fois plus puissant que celui qui a frappé Haïti en janvier. Pourtant, il a fait moins de tués et de dégâts que celui de Haïti.


Un tremblement de terre se produit lorsque la surface de la terre bouge. On sent donc des vibrations du sol. Ces vibrations, c’est comme les vagues dans l’eau lorsqu’on y jette un caillou. Chaque année, plus de 100.000  tremblements de terre frappent notre planète. Mais la plupart passent inaperçus parce qu’ils se produisent dans des zones inhabitées ou parce qu’ils sont très faibles, donc ils ne sont pas ressentis par les humains. Certains de ces séismes, autre nom pour ces tremblements de terre peuvent faire bouger des objets (tableaux, photos) accrochés au mur. D’autres, comme ceux de Haïti ou du Chili, sont tellement forts qu’ils provoquent la destruction de bâtiments, de routes, de ponts… Les tremblements de terre peuvent aussi causer des tsunamis, c’est le nom japonais pour raz de marée. La vague géante qui a suivi le tremblement de terre du 27 février, a inondé quelques îles et provoqué la panique dans quelque 53 pays, parfois situés très loin du Chili comme le Japon, la Russie, les Philippines, l'Indonésie…

Plaques remuantes
La plupart des tremblements de terre sont d’origine tectonique. Explication. Selon une idée développée au 20e siècle, l’écorce terrestre est formée de plaques qu’on appelle tectoniques. Ces dernières ont une épaisseur d’une centaine de kilomètres. On en distingue une douzaine dont les principales sont : la plaque eurasienne, la plaque philippine, la plaque indo-australienne, la plaque Nazca, la plaque pacifique, la plaque africaine, la plaque nord-américaine, la plaque antarctique. Ces plaques ne sont pas fixes, elles ont la bougeotte et c’est cela qui provoque les tremblements de terre. C’est aussi leur bougeotte qui explique les éruptions de volcans, la dérive des continents, la naissance des montagnes ou des fosses sous-marines.
Le déplacement des plaques se fait de trois manières différentes. Soit, elles s’éloignent les unes des autres, soit elles se rapprochent, soit elles glissent l’une contre l’autre ou encore sous l’autre. Ces mouvements peuvent provoquer la rupture de roches situés en profondeur. Conséquence : une ou des failles naissent. Les parois de ces failles frottent l’une contre l’autre et produisent de la chaleur, autrement dit de l’énergie. Ce frottement produit aussi des vibrations - on dit des ondes sismiques - qui filent dans toutes les directions. Certaines sont simplement enregistrées sur des appareils appelés sismographes. D’autres sont tellement fortes qu’elles provoquent des destructions. Le point d’où elles partent - appelé foyer - peut se trouver à des centaines de kilomètres de profondeur. Le lieu de la surface  de la Terre qui se trouve à la verticale du foyer est l’épicentre. C’est là où les ondes, donc les vibrations, sont le plus ressenties.  Au Chili, après le premier tremblement, plus d’une vingtaine de secousses, on dit des répliques, se sont produites. La première avait été ressentie jusqu’à Santiago, la capitale, située à 400 kilomètres de l’épicentre. Il faut dire qu’elle avait une puissance de 8,8 sur l’échelle de Richter.

Cette échelle - inventée en 1935 par l’Américain Charles Francis Richter - est graduée de 0 (pas de tremblement) à 9 (le plus fort tremblement de terre jamais enregistré). À chaque degré, la force du tremblement de terre est multipliée par dix. Par exemple, un séisme de force 6 sur  cette échelle est dix fois plus fort qu’un autre de force 5 et cent fois plus fort qu’un séisme de force 4. 

Plus fort, mais moins destructeur
Le tremblement de terre du 12 janvier à Haïti avait une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter. Celui du Chili était de 8,8. À Haïti, le séisme a détruit des villes entières, a fait près de 300.000 morts et plus d’un million de sans-abri.  Au Chili, alors que le séisme étaient cinquante à soixante fois plus puissant qu’à Haïti, les dégâts étaient beaucoup moins importants et le nombre de morts relativement bas (près de 800). Pourquoi un séisme plus fort est-il moins destructeur ? Parce que cela dépend de la place de l’épicentre par  rapport au nombre de constructions ou d’habitants, de la nature des terrains sur lesquels on a construit, du type de constructions…
Ainsi, à Haïti, la secousse s’est produite à seulement dix kilomètres de profondeur dans la croûte terrestre. Ce qui a multiplié la violence des vibrations et augmenté les dégâts à la surface du sol. Au Chili, par contre, le séisme s’est déclenché à 35 kilomètres sous l’océan. Cette distance a amorti le choc (mais provoqué un tsunami). Deuxième différence : contrairement à Haïti, le Chili est mieux préparé face aux séismes.

Plus riche, mieux préparé
Le Chili connaît régulièrement des tremblements de terre. Pourquoi ? Parce que ce pays d’Amérique latine est situé dans une des zones où se produisent de nombreux séismes car plusieurs plaques s’y touchent. C’est dans ce pays qu’a eu lieu le plus fort séisme de l’histoire mondiale : 9 sur l’échelle de Richter. C’était en mai 1960. Il avait provoqué 3.000 morts. Après ce séisme, les dirigeants chiliens ont pris des mesures : la plupart des bâtiments sont construits de manière à résister aux séismes. Par exemple, on place sous les bâtiments des espèces d’amortisseurs qui absorbent l’énergie du mouvement du sol. On appelle cela des constructions parasismiques. À Port-au-Prince, la capitale de Haïti, où vivent 2 millions de personnes, seuls deux bâtiments étaient construits selon les règles parasismiques. Ils ont bien résisté aux secousses. Si le Chili est mieux équipé que Haïti face à ce genre de catastrophe naturelle, c’est avant tout parce que c’est un pays riche. Même si tous les Chiliens ne sont pas riches (il y a encore beaucoup d’inégalités dans ce pays), l’État chilien a plus d’argent que Haïti. C’est un des pays les plus développés d’Amérique latine. Haïti, lui, est le pays le plus pauvre d’Amérique latine, le moins développé… Le Chili, qui a été l’un des premiers à envoyer des secours à Haïti, a besoin d’aide à son tour.

Cette nouvelle catastrophe nous rappelle douloureusement que l'Opération Timoun reste d'actualité. Les enfant d'Haïti ont toujours besoin de nous...


Samira Loulidi

 

 

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