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Manifester pour continuer à travailler

Vendredi 29 janvier, les trois grands syndicats belges (CSC, FGTB et CGSLB) organisent ensemble une manifestation à Bruxelles. Le but ? Défendre l’emploi, mieux faire respecter les travailleurs... Au premier rang des manifestants, les travailleurs d’Opel Anvers dont l’usine devrait fermer en juin prochain. Le 21 janvier, les 2600 travailleurs de l’usine automobile Opel d’Anvers ont appris une très mauvaise nouvelle : tous vont perdre leur emploi. Leur usine va fermer ses portes. Pourtant, c’était une usine qui n’avait pas de problèmes. Elle avait même fait des bénéfices l’an dernier. Pourquoi cette décision, alors ?

Multinationale

Opel Anvers appartient à General Motors (GM, en bref). C’est une multinationale américaine qui construit des automobiles. On appelle multinationale, une entreprise installée dans plusieurs pays. Ainsi, depuis sa création en 1908, General Motors a ouvert des usines dans 35 pays pour produire ses propres marques (Chevrolet, Cadillac, Buick…). Mais elle a aussi racheté d’autres marques de voitures, comme Saab (d’origine suédoise) ou encore Opel (d’origine allemande). Pendant près de 80 ans, GM a été la plus grande entreprise de construction automobile au monde. L’an dernier, elle a produit environ 10% de toutes les voitures et camions dans le monde. Soit 6,5 millions sur les quelque 60 millions.

Opel

En Europe, GM possède dix usines Opel dans sept pays : quatre en Allemagne, une  en Espagne, une en Pologne, deux en Grande-Bretagne, une en Suède et une en Belgique. Près de 50.000 personnes travaillent pour Opel Europe. Mais depuis un an, certains savaient que leur emploi était menacé. Pas parce que leur usine ne fonctionnait pas bien ou ne faisait pas de bénéfices. Non, c’est la maison mère, autrement dit le groupe américain GM qui a une énorme dette. En effet, depuis plusieurs années, General Motors ne va pas bien. Notamment, parce que la vente de ses voitures a baissé aux États-Unis. Et cela, à cause de la concurrence des voitures japonaises. La crise de fin 2008 a aggravé la situation. L’an dernier, GM a même failli faire faillite. Pour s’en sortir, la multinationale a d’abord décidé de vendre Opel. Ensuite, elle a choisi de supprimer des postes de travail. 8000 travailleurs d’Opel en Europe sont concernés. Les premiers à être touchés sont les Belges.
 
Trop petit ?

Opel Anvers existe depuis près de 80 ans. Au cours des 25 derniers années, elle a connu de nombreuses restructurations. On appelle ainsi les modifications que les dirigeants prennent, souvent pour faire des économies. Par exemple, arrêter la fabrication d’un modèle,  licencier des travailleurs, délocaliser, autrement dit déplacer l’usine dans un autre pays où les salaires sont plus bas… Ainsi, en 1981, Opel Anvers occupait 12.600 travailleurs. Dix ans plus tard, ils étaient 10.000. En 2005, ils n’étaient plus que 5000. Aujourd’hui, ils sont 2600. Et d’ici juin, il n’y aura plus personne. Opel Belgique n’avait pourtant pas de problème d’argent, ses travailleurs avaient accepté de faire des sacrifices pour garder leur emploi… Pourquoi est-ce elle qui doit fermer ses portes et pas une usine allemande ou britannique ? L’une des explications, c’est parce qu’il est plus facile de fermer la petite usine d’un petit pays comme la Belgique que celles d’un grand pays comme l’Allemagne. D’une part, parce que l’Allemagne est un pays plus puissant que la Belgique au niveau commercial et économique. Il possède quatre usines Opel qui produisent beaucoup plus que la seule usine belge. De plus, le marché allemand est plus important que le nôtre. Autrement dit, les Allemands sont huit fois plus nombreux que nous et ils sont les plus importants acheteurs d’Opel en Europe.

5.000

La fermeture d’Opel Anvers est une catastrophe pour les 2600 travailleurs et leurs familles. Mais pas seulement. En effet, de nombreuses entreprises dépendent aussi d’Opel. Il s’agit de ceux qu’on appelle les sous-traitants ou fournisseurs qui produisent des pièces ou du matériel pour les voitures : des sièges, des pare-chocs, des boîtes de vitesse… Il y a également les autres entreprises qui travaillent avec ou pour Opel Anvers, comme les sociétés de nettoyage, celles qui emploient des gardiens…  Ils seraient aussi nombreux que les travailleurs d’Opel. Bref, au total, quelque 5.000 personnes vont se retrouver au chômage. Face à ce genre de situation, l’État belge est quasi impuissant.

Loi Renault

Quand une multinationale s’installe dans un pays, elle crée de l’emploi. Le gouvernement de ce pays est donc content et aide la multinationale. Par exemple, en diminuant les taxes qu’elle doit payer. Mais quand une multinationale décide de fermer une usine, l’État n’a rien à dire. Autrement dit, il n’a pas le pouvoir de l’empêcher de s’en aller, de priver des milliers de travailleurs du moyen de gagner leur vie. En Belgique, l’État peut simplement agir sur la manière de le faire. Et cela sur base de la loi Renault. Cette loi a été créée après une autre fermeture dans l’industrie automobile : celle de l’usine Renault de Vilvorde, près de Bruxelles. En 1997, les dirigeants français de Renault ont décidé de manière rapide et brutale de fermer l’usine belge qui employait  3.200 personnes. C’était une surprise totale, car l’usine fonctionnait bien. Malgré les manifestations, l’occupation de l’usine (pour empêcher les voitures de sortir de l’usine), la solidarité de travailleurs de Renault venus d’autres pays européens, l’usine a fermé. Un an après, le gouvernement belge a voté une loi pour éviter ce genre de situations. Ainsi, la loi Renault prévoit que lorsqu’un employeur veut licencier des travailleurs en masse, il doit d’abord discuter avec eux et leurs représentants (les syndicats), donner les raisons de la fermeture, proposer des solutions… La procédure Renault, autre nom de la loi, règle donc les licenciements. Mais elle ne les empêche pas. C’est pour rappeler cela, pour défendre le travail, pour demander que les travailleurs soient mieux respectés… que des milliers d’entre eux manifesteront dans les rues de Bruxelles ce 29 janvier.

Samira Loulidi


Plus de 3.000
En plus d’Opel, quatre autres entreprises ont annoncé des licenciements en ce mois de janvier : AV Inbev (300 emplois), HP à Diegem (324 emplois), Uco Yarns à Bruges (107 emplois) et Depoortere à Mouscron (85 emplois).
 
Syndicats
La FGTB ou Fédération générale du travail de Belgique regroupe 1,4 million de travailleurs.
La CSC, soit la Confédération des syndicats chrétiens de Belgique est composée de 1,7 million de membres.
La CGSLB ou Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique représente 265.000 travailleurs.

 

 

 

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