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L'Irlande du Nord: le retour du terrorisme?

Le 7 et le 10 mars, deux attentats ont frappé des militaires et un policier britannique en Irlande du Nord. Ces attentats ont créé une grande émotion et beaucoup d‘inquiétude parce qu’on croyait que l’Irlande du Nord se serait plus jamais victime de ce genre d’attaques.

Pour comprendre ces événements, il faut replonger dans l'histoire de l'Irlande du Nord. Appelé aussi Ulster, ce territoire n'est pas à confondre avec  la République d’Irlande. Cette dernière, aussi nommée Eire a pour capitale Dublin. C'est un État totalement indépendant et membre à part entière de l’Union européenne.  L'Eire, qui occupe la majeure partie d’une île voisine de l’Angleterre, est séparée de l'Irlande du Nord par une frontière.  Cette dernière est petit territoire de 1,6 million d’habitants et dont la ville principale est Belfast.

C’est donc bien de l’Irlande du Nord que l’on parle ici. Sa situation est un peu particulière.  Cette région n’est pas indépendante puisqu’elle fait partie du Royaume-Uni. Mais en même temps,  géographiquement, elle se sent très proche de sa voisine irlandaise du sud qui, elle, est indépendante depuis  1948.

Une  partie de la population du nord voudrait obtenir l’autonomie de l’Ulster pour  la rattacher au sud.  Mais le Royaume-Uni  s’oppose depuis toujours à cette idée. D'une part, parce qu'il  ne souhaite pas perdre une partie de son territoire. D'autre part, parce qu’une importante partie de la population d’Irlande du Nord ne veut le pas et préfère conserver les liens avec le Royaume-Uni.  Cette situation n’est évidemment pas facile à vivre.

Deux communautés, deux religions

Pour comprendre cela, il faut savoir que deux grandes communautés religieuses se partagent l’Irlande du Nord. On y trouve une minorité de catholiques. Appelés aussi "nationalistes", ces derniers  voudraient se rattacher au sud parce qu’il est catholique lui aussi. D’autre part, on a des protestants. Ils sont aussi chrétiens, mais ils ne suivent pas les mêmes règles que les catholiques. Les protestants  sont majoritaires dans le nord. Ils sont appelés les "unionistes" parce qu’ils veulent rester membres du Royaume-Uni, dont la majorité des habitants sont protestants comme eux.

Même si le conflit irlandais oppose très clairement deux communautés religieuses – les catholiques et les protestants -, on ne peut pas parler d’une guerre de religion comme on le fait parfois. En effet, les catholiques et les protestants croient au même dieu, ils sont tolérants à l’égard des autres pratiques religieuses et ne veulent pas imposer leur propre opinion.

L’origine du conflit, ici, c'est le rapport de force entre deux communautés de taille différente. C’est tout simplement la loi du plus fort qui s’est imposée. Les protestants sont majoritaires dans le nord et ils occupent aussi les postes politiques importants. Les catholiques minoritaires estiment donc qu’ils ne sont pas respectés et qu’ils n’ont pas les mêmes droits.

Un dimanche sanglant

À la fin des années 1960, les catholiques ont commencé à protester et à manifester pour réclamer l’égalité de traitement.  Ils ont lancé des actions pacifiques  et organisèrent des "sit-in". En français: s’asseoir en groupe sur la voie publique pour protester. 

Mais la police les repoussa de manière de plus en plus violente.  Les protestants extrémistes, autrement dit les plus violents,  ont alors commencé à commettre des actes terroristes contre les catholiques. On qualifie ainsi ces actes (poser des bombes, tuer des gens… n'importe où, n'importe quand) destinés à semer la terreur parmi la population. Le but des terroristes: faire passer des idées, obtenir ce qu'ils demandent...

Après  de nombreux morts,  le gouvernement de Londres décida d’envoyer l’armée sur place pour rétablir le calme. Mais le dimanche 30 janvier 1972, l’armée tira elle aussi sur les manifestants catholiques et fit 14 morts. Ce tragique incident portera le nom de "Bloody Sunday", le dimanche sanglant. "Bloody sunday" "signifie aussi "fichu dimanche" en argot.

Du terrorisme au processus de paix

L’Armée républicaine irlandaise (Irish Republican Army ou IRA) qui avait été créée au début du siècle dernier pour mener l’Irlande du sud à l’indépendance a  alors refait surface. Elle s'est réorganisée et devint à son tour un groupe terroriste.  Son nom: "IRA provisoire". Provisoire parce qu’elle devait disparaître après la victoire.

Le 21 juillet 1972, l'IRA réagit au "Bloody Sunday" en faisant exploser une vingtaine de bombes à Belfast, tuant 16 personnes. C'était  le "Bloody Friday", le vendredi sanglant.   C’est le début de ce que l’on appelle l’escalade. Chaque groupe terroriste va répondre à l’autre avec des actes toujours plus violents. L’IRA organisera même des attentats hors d’Irlande:  à Londres, à  Birmingham pour obliger le Royaume-Uni à accorder l'indépendance. Le gouvernement britannique parle de troubles, mais dans le monde entier on parle de guerre civile. C'est ainsi qu'on nomme les tueries entre deux communautés d’un même pays. Finalement,il faudra attendre le milieu des années 1990 pour voir les tensions retomber.

L’IRA accepte de renoncer aux attentats et les groupes extrémistes protestants font de même. En 1994, le gouvernement du Royaume-Uni accepte d’ouvrir des négociations. C’est le début du processus de paix. Mais après deux ans, les discussions n'avancent pas et les attentats reprennent

L’accord du Vendredi Saint

Tony Blair, qui est alors le Premier ministre britannique, décide de reprendre le contact. Il demandera également à l’Irlande du sud d’intervenir pour faciliter les discussions.

Le 10 avril 1998, après 30 années de conflit qui auront fait quelque 3.500 morts, un accord de paix est signé. C’est  l’ "accord du Vendredi Saint". Les représentants politiques de l’IRA  catholique et les groupes armés protestants annoncent qu’ils vont renoncer à leurs actions et tout mettre en œuvre pour appliquer l’accord de paix. Celui-ci prévoit notamment un partage du pouvoir entre catholiques et protestants. Cela implique donc aussi de réorganiser  la police et la justice qui étaient aux mains des protestants pendant les années de conflit et de répression.

Il faudra de longues années pour que la paix devienne une réalité. Pourquoi? Notamment,  parce que certains n'étaient pas d’accord et voulaient continuer  la lutte armée. Certains membres de l’IRA ont donc décidé de poursuivre le combat en secret et ils ont créé de nouveaux groupes que l’on dit "dissidents". Ainsi, à côté de  l’IRA "provisoire", il y a  désormais l’IRA "véritable". C’est le groupe qui a frappé samedi  7 mars.  Mardi 10 mars, une autre attaque a fait connaître l’IRA "continuité".  II y a peut-être encore d’autres groupes que l’on ne connaît pas (encore). 

Tout cela démontre une chose : l’accord de paix entre les deux communautés religieuses d’Irlande du Nord reste très fragile. Cette "drôle de paix" reste menacée par des groupes de plus en plus minoritaires mais toujours violents.  Les attentats qui viennent de frapper l’Ulster le rappellent  et certains craignent même de nouveaux drames.

Dico

Avec le conflit irlandais, on est donc loin des "guerres de religions" comme on les connaissait au Moyen Âge, y compris dans nos régions. En effet, les protestants ont été longtemps persécutés par les catholiques ou plus exactement par l'Église catholique (donc les dirigeants, l'organisation…) qui voulait imposer le pape comme le chef de tous les chrétiens. Au temps des croisades, les catholiques allaient exterminer les musulmans pour sauver le tombeau du Christ.

Chant
"Sunday, Bloody Sunday ", c’est aussi le titre d’une chanson de U2, le célèbre groupe rock originaire d’Irlande. La chanson dit notamment ceci : "La guerre vient de commencer et déjà il y a beaucoup de morts, des mères, des frères et des sœurs déchirés. Mais dites moi donc qui a gagné".

Yves Cavalier


(Copyright photo : Reporters)

 

 

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