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Actualité des jeunes

Q'est-ce qu'il se passe dans nos prisons ?

Presque chaque jour, un incident éclate dans une de nos prisons. Ainsi, le 17 novembre, il y a eu des émeutes dans la prison d’Andenne. Les détenus ont manifesté contre la violence des policiers vis-à-vis d’autres prisonniers lors d’émeutes précédentes. Régulièrement on parle de bagarres, de prises d’otages, d’évasions, de suicides… Régulièrement aussi, les gardiens de prison se mettent en grève pour protester contre le manque de sécurité, les mauvaises conditions de travail, pour attirer l’attention sur la situation dans les prisons. Bref, nos prisons ne vont pas bien. Pourquoi ?


MALAISE

Il y a plusieurs causes à ce que l’on peut appeler le malaise carcéral. Ainsi, il y a  la vieillesse de certaines prisons. Vingt d’entre elles datent du 19e siècle ! Certaines ne sont plus adaptées aux besoins d’aujourd’hui et doivent être modernisées. C’est le cas de la prison de Louvain, « périmée » depuis dix ans d’après ses employés. Cette situation engendre des problèmes de sécurité, favorise les agressions de gardiens et les évasions. Pour les syndicats des gardiens de prison, certains bâtiments sont tellement vieux qu’il est impossible de les moderniser. Autre problème : le phénomène de bandes. Une prison comme celle d’Ittre, par exemple, est très récente et n’est pas surpeuplée et pourtant,  elle aussi connaît une hausse de violence. Pour les gardiens, c’est à cause des problèmes de cohabitation entre les différentes cultures et nationalités. Ces groupes s’organisent en bandes et des violences éclatent entre elles. Les gardiens, qui sont chargés de rétablir l’ordre, disent ne pas toujours en avoir les moyens.


SURPOPULATION

Mais le principal problème est sans doute la surpopulation. Autrement dit, il y a plus de prisonniers que de places disponibles. Concrètement, la Belgique compte près de 10.400 prisonniers alors qu’elle n’a que 8.350 places. La prison de Lantin, près de Liège, renferme 1.049 détenus alors qu’elle ne devrait en accueillir que 694. Cette surpopulation entraîne une dégradation des conditions de détention. Ainsi, certains prisonniers sont entassés à trois dans une cellule prévue pour une ou deux personnes. D’autres dorment par terre sur un matelas et doivent faire leurs besoins naturels dans un seau… devant les autres. Ils n’ont plus aucune intimité et restent presque tout le temps enfermés dans leur cellule. D’autres encore n’ont droit qu’à deux douches par semaine, manquent de vêtements… Autre conséquence de la surpopulation : la diminution des activités proposées aux prisonniers. Les gardiens et les éducateurs de prison ne peuvent pas s’occuper des activités et assurer en même temps la sécurité. Ces ateliers où les prisonniers peuvent apprendre à lire et à écrire, apprendre un métier, ou encore à vivre avec les autres sont destinés à la réinsertion. Autrement dit, à permettre au prisonnier, une fois libre, d’essayer de trouver un travail, de vivre correctement, de trouver sa place dans la société... Avoir moins d’ateliers de réinsertion est un énorme problème pour les détenus et pour toute la société. En effet, si une personne qui sort de prison ne parvient pas à trouver un travail, un logement, sa place parmi les autres… donc à se réinsérer, elle risque de redevenir délinquante et de se retrouver en prison. Dans ce cas, on peut dire que l’enfermement n’aura servi à rien. Les frustrations sont donc nombreuses et elles s’expriment par des violences entre détenus mais aussi contre les gardiens.
Sévérité (vertical)
Pourquoi cette surpopulation ? Y a-t-il une augmentation de la criminalité ? Non, car, de 2000 à 2008, le taux de criminalité est resté stable. Une des causes de l’augmentation des prisonniers serait la sévérité de la justice. On dit aussi durcissement de la justice. Aujourd’hui, les juges condamnent à de plus longues peines de prisons. Ils accordent aussi moins souvent des mises en liberté conditionnelle. Comme son nom le dit, il s’agit d’une libération accordée à des prisonniers à certaines conditions. Autre cause de la surpopulation : la détention préventive. Être en préventive, c’est être en prison alors que l’on n’a pas encore été ni accusé, ni jugé. Aujourd’hui, quatre détenus sur dix sont emprisonnés sans avoir été condamnés, soit plus de 4000 personnes. Cette situation amène certains à se poser les questions suivantes : la justice n’abuse-t-elle pas de la détention préventive ? D’autres mesures que la prison ne peuvent-elles pas être envisagées pour ceux qui n’ont pas respecté la loi et n’ont pas encore été jugés ? Rappelons d’ailleurs que tant qu’elle n’est pas jugée, une personne qui a commis un délit (un vol, par exemple) est présumée innocente, autrement dit considérée comme innocente.
Solutions (vertical)
Pour lutter contre la surpopulation, le ministre de la Justice Stefaan De Clerck propose d’augmenter le nombre de cellules. Il veut construire de nouvelles prisons pour remplacer les plus anciennes et créer 2500 nouvelles places. Mais ces prisons ne seront pas construites avant 2013, au plus tôt. En attendant, le gouvernement belge veut louer des cellules aux… Pays-Bas! Il a signé un accord avec le gouvernement néerlandais pour caser 500 détenus belges à Tilburg. Une mesure provisoire mais qui soulève certaines questions : combien cela va-t-il coûter ? Comment vont faire les familles pour les visites ? Les prisonniers belges devront-ils obéir aux règles belges ou hollandaises?  Le ministre De Clerck a aussi parlé d’une autre solution provisoire: transformer en prisons des casernes qui devront bientôt fermer.

Alternatives

Créer plus de places en prison serait-elle la solution? Certaines associations et criminologues, donc les spécialistes du crime, pensent que non. Ils considèrent que construire de nouvelles prisons, c’est un peu comme construire de nouveaux parkings : ils se remplissent très vite. De plus, si le nombre de détenus ne baisse pas, les nouvelles cellules seront quasi pleines dès leur ouverture. Un simple calcul suffit à s’en rendre compte : 2500 nouvelles places moins les 2050 détenus sans place actuellement, cela ne fait que 450 places vraiment disponibles. D’autre part, augmenter le nombre de cellules, c’est en quelque sorte augmenter le nombre de prisonniers. Donc, se retrouver très rapidement à nouveau avec une surpopulation
Ne faudrait-il pas mieux s’attaquer aux causes de la surpopulation et diminuer le nombre de détenus ? Comment ? Par exemple, en favorisant les peines alternatives. Qu’est-ce que c’est ? Plutôt que de condamner quelqu’un - qui a commis un vol, par exemple -  à la prison, le juge peut le condamner à travailler, sans être payé : dans un hôpital, un home, une association… On pense souvent que seules des peines de prison très sévères peuvent réduire la criminalité. Or, certains pays ont développé les peines alternatives et cela a marché. Ainsi, en privilégiant les peines alternatives, la Finlande a, en 20 ans, diminué de 50% le nombre de ses prisonniers. Un modèle à suivre ?


Ugo Petropoulos

 

 

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