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Actualité des jeunes

Commerce équitable : jeunes de tous les pays, unissez-vous!

Lisa, 16 ans, Institut la Providence (Champion)

Son projet
Comme dans tous les JM, Lisa et ses copains s’occupent d’un magasin qui ouvre ses portes à l’heure de la récré. Pour quelques cents, les élèves qui ont un petit creux peuvent venir y acheter des collations qui proviennent du commerce équitable. Les produits vendus, c’est eux qui les choisissent, dans le catalogue Oxfam. Et ce choix n’est pas toujours évident. Une preuve que, même en vendant des produits équitables, on n’échappe pas aux règles du commerce. Lisa raconte: "On le sait, nous les jeunes, nous raffolons des sodas, des snacks et des chips. Pour attirer les copains vers notre magasin donc pour vendre notre marchandise, il faut leur proposer ces produits-là. On les retrouve donc tous dans nos rayons, c’est vrai, même si on est sait bien que ce n’est pas l’idéal pour la santé. Cela ne nous empêche pas d’avoir, en réunion, de vives discussions sur ce sujet. Un exemple : bientôt, on va devoir décider si l’on vend ou non le fameux Cola équitable." Difficile de trancher puisque cette boisson a, à la fois, des avantages et des inconvénients. Ses côtés positifs: il est équitable et propose un autre choix aux ados que le célèbre coca-cola. Ses côtés négatifs: bourré de sucre, il encourage l’obésité. et pollue, aussi, puisqu’il est vendu en canette, ce qui multiplie les déchets pour la planète.

Son coup de cœur
Faire partie d’un JM, c’est mener des actions, mais aussi et surtout faire de belles rencontres. Lisa explique: "Tenter de sensibiliser et de convaincre les copains, c’est bien. Mais ce qui est vraiment très riche pour moi, c’est échanger des idées et des points de vue avec d’autres jeunes, qui sont déjà sensibilisés à l’idée du commerce équitable. On sort de l’école, de notre milieu habituel. Au fil du temps, de chouettes amitiés se développent grâce à ce projet." Se retrouver avec ceux qui pensent comme elle, permet à Lisa de reprendre courage pour mieux défendre la cause du commerce équitable.

Son coup de gueule
Les ventes du magasin JM sont bonnes, mais cela n’empêche pas Lisa de soupirer : "Pas simple de faire passer nos messages sur les produits équitable auprès des copains. À l’heure de la récré, la seule chose qui compte pour eux, c’est obtenir leur collation le plus vite possible. Pire encore, la plupart d’entre eux l’avale sans même se rendre compte d’où elle vient et quelles sont ses caractéristiques. Comme si c’était un jus ou un snack classique ! " Lisa et ses copains réalisent que, pour faire découvrir le commerce équitable aux élèves, une simple vente ne suffit pas. Pour être vraiment efficace, il faut mettre sur pieds des actions plus importantes. Par exemple: organiser, pour toute l’école, des journées autour d’un thème précis.

Son rêve
Tout comme l’écologie, la protection de l’environnement ou encore la mobilité, le commerce équitable est un thème à la mode. Les journaux, par exemple, en parlent énormément. Et pourtant, comme le regrette Lisa, ces sujets-là ne font pas partie du programme scolaire: "Je rêverais qu’un jour, les professeurs nous parlent de tous ces sujets-là en classe! Dans les cours de géographie, d’histoire, de religion, d’économie, voire même de langues, ce serait pourtant possible! " Comme si l’école se coupait des réalités du monde. Dommage! Enseignants, si vous lisez ces quelques lignes, pourquoi ne pas reprendre l’idée de Lisa et introduire ces sujets dans vos cours…

Son produit fétiche
La barre chocolatée bio. Un coup d’œil sur l’étiquette de ce snack nous apprend que ce produit est fabriqué avec du sucre de canne qui provient d’un groupe de paysans du Paraguay. Ces travailleurs reçoivent un salaire juste pour leur travail (voir fiche ci-contre). Avec cet argent, ils peuvent acheter du matériel (comme des grues) et construire de nouveaux bâtiments, ce qui va leur permettre d’être plus efficace, donc de produire davantage. Une partie de cet argent sert aussi à envoyer les enfants de tous ces travailleurs à l’école.

 

Maïté, 16 ans, St. Berthuin (Malonne)

Un projet
Grâce au JM, les élèves de l’école de Maïté auront bientôt à leur disposition une fontaine à eau. Elle prendra place dans un tout nouveau bâtiment, construit par l’école. Ce sont les jeunes eux-mêmes qui ont eu cette idée de distribution d’eau potable. Avec leurs professeurs, ils se sont renseignés afin de trouver le meilleur système. Un projet à imiter, pour plusieurs raisons: boire de l’eau, c’est bon pour la santé et c’est gratuit. C’est aussi un geste pour la planète: on diminue les déchets ainsi que les transports, très polluants. Mais au fait, drôle d’idée pour un JM que de s’occuper d’un tel projet? En d’autres mots, quel peut bien être le rapport entre le commerce équitable et ce point d’eau? Pour Maïté, la réponse à cette question est évidente: "Dans les deux cas, il s’agit de donner à chacun les mêmes chances de grandir et de vivre dans les meilleures conditions possibles." Il est aussi important, pour elle, de se battre pour que les paysans du Sud aient un salaire qui correspond à leur travail que d’offrir à tous les ados une boisson de qualité. Résultat: ces deux actions, à priori très différentes, font partie d’un même combat, d’un même grande idée.

Son coup de gueule
"C’est plus fort qu’eux, nous explique Maïté, en colère: certains jeunes de l’école ne veulent même pas prendre la peine de s’intéresser au commerce équitable! " Mais pourquoi certains jeunes sont très intéressés par un sujet comme celui-là tandis que d’autres n’en n’ont rien à f…? Maïté a sa petite idée: "Pour moi, l’éducation et l’entourage dans lequel on grandi y est pour beaucoup. Un exemple. Toute petite déjà, mes parents m’emmenaient aux Petits Déjeuners Oxfam. Le fait de grandir dans cette ambiance et avec ces valeurs-là aide à être plus sensible à ce genre de cause lorsqu’on est ados. Comme si c’était quelque chose de naturel pour nous." C’est noté! Poussons maintenant le raisonnement de Maïté un peu plus loin: si ce qu’elle dit se vérifie, il serait donc bien compliqué de faire changer les gens d’avis et d’habitudes, même pour une bonne cause comme le commerce équitable. Plutôt décourageant, non? Maïté, elle, n’est pas du genre à baisser les bras. Elle nous donne sa tactique pour tenter de convaincre les plus irréductibles: "D’abord, j’essaie de voir ce qu’ils ont dans la tête, en écoutant leurs idées et leurs raisonnements. Puis, après seulement, je leur donne mon avis, en espérant les faire changer de position. Pour moi, tout passe par l’écoute et le dialogue."

Un deuxième coup de gueule pour Maïté, plutôt qu’un coup de cœur. Cela ne veut pas dire qu’elle ne voit que les côtés négatifs. Que du contraire! Car mettre le doigt sur ce qui fonctionne moins bien et se battre pour faire évoluer la situation, c’est finalement quelque chose de très… positif. Maïté raconte: "En plus de notre petit magasin, les JM auraient voulu aussi installer un distributeur avec des produits équitables. L’école a refusé, parce qu’il existe déjà un distributeur de produits d’une célèbre marque." Normal que Maïté soit choquée par ce refus. Mais, dans cette école comme ailleurs, le directeur doit tenir compte de la réalité: un distributeur de coca rapporte bien plus d’argent qu’un distributeur de produits équitables. Et cet argent est précieux pour faire fonctionner son école. Y renoncer demande un certain courage.

Son rêve
Maïté vient juste de débarquer dans une nouvelle école, où il n’y a pas encore de JM. Quelques jours après la rentrée scolaire, notre jeune avait déjà une idée derrière la tête: faire bouger les choses et en mettre un en place. Maïté a même déjà repéré l’un ou l’autre élève qui accepterait de la suivre dans cette aventure. Bientôt, c’est promis, elle ira frapper à la porte du directeur de l’école pour lui proposer de mettre ce projet en place…

Son produit fétiche
Parmi tous les produits de leur petit magasin, Maïté a un faible pour le jus tropical, vendu en bouteille en verre. Penchons-nous sur son contenu: avant d’arriver chez nous, les fruits ont poussé sous le soleil du Brésil (orange et mangue), de Thaïlande (ananas) et de Cuba (orange). A Cuba, justement, les oranges sont produites par quatre-vingt paysans regroupés dans ce que l’on appelle une coopérative.
Jus (tropical)
 

Fonia, 18 ans, Athénée royal de Nivelles

Un projet
Game over! Voilà ce que les élèves de l’Athénée de Nivelles ont pu lire sur une banderole, accrochée dans leur école l’année dernière. Durant plusieurs jours, un mystère a plané autour de ce slogan: comment s’était-il retrouvé là et surtout, pour quelle raison? Intrigués, les élèves se sont pris au jeu et ont tenté de trouver qui pouvait bien se cacher derrière ce projet. Les JM ont finalement mis fin au mystère: c’était bien eux qui avait organisé ce coup. Pour attirer l’attention et faire parler d’eux, ils ont utilisé une technique moderne, utilisée notamment par les grandes marques pour faire de la publicité et mieux vendre leurs produits. Pas question d’argent avec les JM: ici et avec le slogan choc Game Over, le but était de sensibiliser les élèves aux problèmes du réchauffement climatique. Fonia explique pourquoi, dans son école aussi, le JM choisi régulièrement de se préoccuper de thèmes plus larges que celui du commerce équitable: "On a aussi fait des actions sur le manque d’eau, l’alphabétisation ou sur les enfants soldats. Pour nous, tous ces sujets ont des points communs: ce sont des réalités qui concernent les habitants du Nord ou du Sud de la planète. Pour moi, il est important que tous les jeunes aient conscience que tous ces problèmes existent. Mais aussi qu’ils se rendent compte que, même à notre niveau, on peut faire bouger les choses pour que ces situations changent."

Son coup de cœur
Pour Fiona, faire partie d’un JM, est aussi un bel apprentissage de la démocratie et de la vie en société: "Dans notre groupe, les jeunes occupent différents postes: celui de président, de vice-président, de secrétaire, de trésorier. Puis, il y a les simples membres. Ce n’est pas parce qu’on occupe une fonction particulière qu’on a davantage de pouvoir. On essaie de fonctionner de la manière la plus démocratique possible, en écoutant et en tenant compte de l’avis de chacun. Avec cette difficulté: certains jeunes sont plus timides que d’autres, donc prennent moins facilement la parole. Malgré tout, il faut veiller à ce qu’ils s’expriment afin qu’ils soient dans le coup. Ce n’est pas parce qu’ils sont plus discrets qu’ils n’ont pas, eux aussi, de très bonnes idées."

Son coup de gueule
Fiona confirme ce que Lisa nous a dit plus haut: lorsqu’à la récré, les élèves font la file pour acheter un produit, il est impossible de leur faire passer un message car ils ne pensent qu’à leur estomac. Alors, pour qu’une idée comme le commerce équitable arrive jusqu’à leurs neurones, il faut s’y prendre à plusieurs reprises et organiser des actions plus précises. Chaque année, Fiona et ses copains du JM ont donc pris l’habitude de se retrousser les manches pour mettre sur pieds un petit déjeuner équitable. A cette occasion les élèves de toutes les classes peuvent découvrir (et surtout goûter!) du miel, du jus, du chocolat, du café, de la confiture… issus du commerce équitable. Cependant, avoir cette bonne idée, et surtout l’énergie pour passer à l’action, ne suffit pas toujours. Le coup de gueule de Fiona: "Certains professeurs râlent parce que cette activité déborde sur leurs heures de cours et disent  qu’ils ne peuvent pas avancer dans leur matière. " Et pourtant, comme elle nous le fait remarquer, "c’est un sujet qui ouvre les jeunes sur le monde et ses réalités. Or, cette ouverture au monde fait partie du règlement de l’école. Dommage donc qu’on en prive les élèves."

Son rêve
Pleine d’énergie et d’idées, Fiona a quitté le secondaire pour les études supérieures. Après 4 ans passés au sein du JM de son école, elle espère maintenant que les plus jeunes prendront la relève. Elle y croit dur comme fer en ces JM: "Les jeunes s’adressent directement à des jeunes. Le fait d’avoir le même âge et le même langage que le public auquel ont s’adresse facilite beaucoup les choses."

Son produit fétiche
Fiona aime les ananas séchés qui viennent du Bénin. Elle apprécie leur goût, mais lui rappelle aussi un fameux souvenir. En effet, l’année dernière, elle a eu la chance de se rendre dans ce pays d’Afrique. Et là-bas, elle a justement rencontré les paysans qui produisent ces fameux ananas vendus chez nous. Fiona raconte: "Après un tel voyage et de telles rencontres, notamment avec les femmes, je comprends mieux le trajet des produits du commerce équitable. C’est plus facile aussi d’en parler aux autres jeunes."
 

Chloé, 16 ans, St Dominique (Schaerbeek)

Un projet choc
Dans l’école de Chloé, on ne plaisante pas avec la santé et l’alimentation des jeunes. La commission santé de l’établissement, dont font notamment partie les professeurs de gymnastique, y veille. Ainsi, elle a pris la décision de chasser de l’école ces fameux distributeurs de boissons gazeuses et sucrées qui favorisent l’obésité. Pas de pitié non plus pour les chips qui sont bourrés de graisse et qui font aussi grossir. Inutile donc de les chercher dans le magasin Oxfam tenu par les JM. D’ici peu, le cola équitable devrait d’ailleurs subir le même sort. Tant pis si les jeunes raffolent de ces deux produits et si cela peut faire rentrer de l’argent dans les caisses du JM. Qu’en pense Chloé?  "On sait que c’est comme ça et que cela fait partie des règles de l’école. Pour le magasin, on apprend donc à choisir des produits qui soient à la fois équitables, mais aussi bon pour la santé et respectueux de la planète. Et ce n’est pas toujours facile parce que ces idées ne vont pas nécessairement ensemble." Avec un peu d’imagination, c’est pourtant possible. Ainsi, Chloé et ses amis ont décidé de vendre des spéculoos à la pièce et non pas par boîte de 20 comme vendus habituellement. Les avantages: les élèves ont un en-cas qui est bon pour la santé, qui n’a pas de déchets d’emballage et qui, plus est, ne leur coûte que quelques cents.

Son coup de cœur
Pour Chloé, une des choses importantes dans la vie est de se sentir utile: avec son engagement dans les JM, c’est donc parfaitement le cas. Elle raconte: "Je voudrais tellement que les jeunes prennent conscience que, dans plein de domaines, on peut agir à notre niveau pour faire bouger les choses et changer la société." Une remarque, qui peut surprendre: dans son école, ce sont les plus jeunes qui sont les plus intéressés par un sujet comme le commerce équitable. Son explication: les plus âgés sont souvent blasés, c’est-à-dire que, par paresse notamment, ce genre de sujets ne les intéresse pas (ou plus) vraiment. Autre explication: un peu comme certains adultes, ils ont déjà aussi des idées toutes faites à propos de certains sujets et ne veulent plus changer d’avis.

Son coup de gueule
Un gentil coup de gueule, mais un coup de gueule quand même: "Que les adultes nous lâchent les baskets et ne viennent pas toujours nous proposer des projets tout fait pour le JM". D’accord, Chloé est bien consciente que les professeurs qui agissent ainsi le font par passion, parce qu’ils ont, eux aussi et comme les jeunes, envie de faire bouger les choses. Mais quand même… Chloé et ses copains rêveraient de plus liberté et de pouvoir prendre plus de décisions tout seuls.

Son rêve
Un souhait parmi d’autres, pour Chloé. Ne plus entendre la phrase suivante: "Quoi, tu as encore réunion ce midi pour le commerce équitable? Mais tu perds ton temps avec ces histoires. De toutes manières, on ne peut rien y changer..." Chloé raconte que régulièrement des élèves de sa classe, mais aussi des copains à elle, lui font ce genre de remarque pas vraiment sympa. Elle est déçue que des gens de son âge puissent avoir une telle réaction. Pas question pour autant de se dégouter. Ni, comme on le croit souvent avec les ados, de se laisser influencer par les copains. Bien au contraire. Chloé nous l’affirme: ce genre de réaction lui donne encore davantage l’envie de se bouger!

Son produit fétiche
Chloé nous a parlé plus haut de ces fameux spéculoos vendus à la pièce. Ce biscuit typique de chez nous est fabriqué ici, avec des matières premières qui viennent d’Amérique du Sud: du miel du Mexique et du sucre de canne du Costa Rica. Dans les deux cas, les paysans reçoivent un salaire juste pour le travail qu’ils ont fourni. Grâce à cela, au Mexique, des centaines d’apiculteurs peuvent désormais vivre et travailler dans de bonnes conditions.

Dossier réalisé par Anouck Thibaut

 

 

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