
Quel point commun, y a-t-il entre un parking, une banque, un supermarché, une ambassade, un centre-ville et même une école? Une caméra. En effet, de plus en plus de lieux sont équipées de caméras de surveillance.
Voici une semaine, une grande chaîne de magasins a installé un nouveau système de surveillance. Grâce à celui-ci, un surveillant installé dans un local situé à plus de 100 km peut suivre sur caméra ce qui se passe dans les rayons et discuter en direct avec un agent de sécurité qui se trouve sur place. Avec des caméras qui pivotent, le surveillant est capable de suivre de près une personne soupçonnée de vol et donner toutes les informations à l'agent sur place. Si ce système est neuf, surveiller discrètement les clients existe déjà depuis des années. Les grands magasins ne sont pas les seuls à filmer les gens. Dans les rues, les galeries commerciales, les parkings, les bâtiments officiels, les bus, les gares, les métros, et même devant les maisons privées, les caméras se sont multipliées ces dernières années. De nombreuses écoles et crèches aussi en sont équipées.
Pour qui, pourquoi?
Les premières caméras de surveillance ont été installées dans les années 1970 pour aider la police à régler le trafic routier et pour lutter contre les vols dans les banques, les commerces de luxe. Peu à peu, ce système s'est étendu aux les transports en communs, magasins, lieux de travail et de loisirs (stades de football, salles de sports…), rues, parcs, écoles… Le but de toutes ces caméras ou de ce qu'on appelle la vidéosurveillance? Lutter contre l'insécurité et la délinquance, faire de la prévention, maintenir l'ordre… Les caméras installées sur les routes, par exemple, sont destinées à dissuader les automobilistes de rouler trop vite. Celles placées dans les rues visent à maintenir l'ordre lors d'une braderie, d'un concert ou encore pour empêcher les jeunes qui traînent dans les rues de commettre des actes de vandalisme… Après les autorités (une commune, par exemple), beaucoup de responsables de magasins, d'entreprises ou d'immeubles se sont aussi équipés. Toujours avec le même objectif: favoriser la sécurité, empêcher le vol ou encore repérer ceux qui commettent des actes interdits…
La liberté menacée?
Si cette multiplication de caméras apporte un sentiment de sécurité, elle soulève quelques problèmes. Premièrement, d'après des spécialistes, la vidéosurveillance ne fait que déplacer la délinquance. Autrement dit, les voleurs et autres petits voyous vont dans lieux et les endroits non surveillés. Ce qui pousse à installer de plus en plus de caméras. Deuxièmement, dans un magasin, le patron peut utiliser la caméra pour… surveiller ses employés! Donc, la caméra qui était destinée à surveiller les éventuels voleurs devient un outil de contrôle des travailleurs… Troisième problème: le respect de la liberté. En effet, dans un pays démocratique, chacun a le droit d'aller et de venir librement sans être observé. Avec la vidéosurveillance, le risque d'être observé sans cesse est grand et donc la liberté de circulation est menacée. À Londres, la capitale de la Grande-Bretagne, par exemple, chaque habitant peut être filmé jusqu'à trois cents fois par jour! La Grande-Bretagne compte au total 4,2 millions de caméras! Chez nous ce n'est pas (encore?) le cas.
Une loi pour protéger la vie privée?
Cependant, face à l'augmentation du nombre de caméras en Belgique, une loi a été votée en mars 2007. Surnommée "loi caméra", celle-ci précise les conditions dans lesquelles une caméra est autorisée. Elle dit notamment que dans les parcs, places communales… et autres lieux publics, une autorisation doit être demandée à la commune et à la police. Chaque caméra doit être déclarée à la Commission de la protection de la vie privée, c'est l'organisation qui veille à ce que la vie privée soit respectée. La loi dit aussi que les caméras doivent être visibles pour que chacun sache qu'il peut être filmé. C'est le rôle que joue le petit logo qu'on voir notamment dans les magasins et qui dit: "Souriez, vous êtes filmé". Enfin, la loi précise aussi que les images enregistrées doivent être détruites après un mois. Sauf, si la justice décide le contraire, par exemple, pour une affaire de vol. Cette loi protège donc mieux la vie privée, mais aux yeux de ceux qui refusent d'être tout le temps filmés, épiés, surveillés, elle est insuffisante.
Samira Loulidi
Surveillance à l'école
Face au vandalisme, aux vols, aux agressions sur leurs élèves ou simplement par mesure de sécurité, certaines écoles ont placé des caméras, d'autres ont engagé des vigiles, donc des gardiens de sécurité. Dans d'autres encore, les élèves et enseignants ont un badge pour entrer à l'école. Quelques-unes ont installé un système de contrôle d'empreintes digitales. Ailleurs encore, ce sont toujours les bons vieux concierges qui vérifient les entrées et sorties. Difficile de dire combien d'écoles sont équipées ou quels sont les systèmes qu'elles utilisent. En fait, chaque école, seule ou avec son pouvoir organisateur (qui peut être la commune, la province…) est libre de décider de ses mesures de sécurité.
Des puces dans les cartables
Depuis la rentrée de septembre, les élèves de La Bruyère ont une puce électronique dans leur cartable! En effet, pour vérifier quels sont les enfants qui fréquentent la garderie, une puce électronique a été placée dans leur cartable. Concrètement, chaque fois qu'ils entrent ou sortent de la garderie, la puce émet un signal qui est enregistré. Grâce à cela, l'école peut savoir combien d'argent les parents doivent payer pour la garderie. Les responsables des écoles de La Bruyère ont expliqué que ce système permettait aux gardiennes, habituellement chargées de prendre les présences, de se consacrer à d'autres tâches. Certains parents et des organisations qui défendent les droits de l'homme ont critiqué cette pratique. Pour eux, ces puces ne respectent pas la vie privée des enfants et de leurs parents. Ils craignent, par exemple, que celles-ci soient utilisée pour suivre l'enfant à l'école, voire sur le chemin… Ils ont aussi peur que les enfants s'habituent à être contrôlés… et sans qu'ils le sachent.
Toujours plus de caméras
Depuis que la "loi caméra" existe, il y a eu 4026 demandes d'installer une caméra dans les rues, les entreprises, les commerces… 3697 concernent des endroits privés comme les maisons ou les dancings. Pour les lieux de travail, ce sont 283 demandes qui ont été faites. Pour les caméras déjà installées, impossible d'avoir un chiffre précis. Mais pour avoir une petite idée, en voici quelques uns: dans les gares belges, il y a 1000 caméras et d'ici 2010, il devrait y en avoir 500 en plus ; à Bruxelles, il y aurait 214 caméras dans les rues ; à Soignies, il y en a 21 ; à Braine-le-Comte: 13 ; à Namur: 50 ; à à Liège: 541 rues seraient sous vidéosurveillance. Dernier petit chiffre: en Flandre, 82 % des commerces sont équipés d'une caméra.






