Jeudi 17 septembre, les élèves du primaire, du secondaire et supérieur auront une sorte de longue récré : pendant 50 minutes, leurs professeurs ne donneront pas cours. Ils seront en arrêt de travail. Pourquoi ? Pour s’informer sur ce qui les attend peut-être : travailler plus et plus longtemps.
Après les parents (qui n’avaient pas trouvé de place pour leur enfant dans l’école de leur choix), c’est au tour des enseignants de se fâcher. Pourquoi ? Parce que, pour faire des économies, le gouvernement veut aller chercher des sous du côté des enseignants.
Crise
Il y a un an exactement, a démarré une crise qui a chamboulé le monde : la crise économique. Rappelez-vous : suite à des problèmes de banques américaines, des banques du monde entier ont perdu de l’argent, des entreprises et des usines ont commencé à fermer leurs portes, des millions de personnes se sont retrouvées au chômage… En Belgique aussi, la crise économique a fait des dégâts : rien que depuis le début 2009, 14.000 personnes ont perdu leur travail (lire la fiche chômage sur notre site). Pour faire face à cette crise grave, les dirigeants ont pris des mesures. En Belgique, par exemple, l’État est intervenu pour empêcher les deux plus grandes banques du pays de s’effondrer. Il a aussi aidé d’autres entreprises pour qu’elles puissent continuer à fonctionner. Autrement dit, pour qu’elles ne ferment pas leurs portes et envoient encore plus de personnes au chômage. L’État a également pris des décisions pour aider les habitants, notamment les moins riches : les soins gratuits chez le dentiste pour les enfants jusqu’à 18 ans, une aide pour payer la facture de chauffage, une augmentation des pensions, la suppression de la taxe autoradio… Bref, pour faire face à la crise, l’État a dû faire d’importantes dépenses. Mais celles-ci ont augmenté le trou dans la poche de l’État.
Déficit
Chaque année, l’État belge doit faire face à des dépenses, disons courantes. Il s’agit de ces dépenses qui permettent à l’État (via les différents pouvoirs : communes, provinces, régions…) de remplir ses différentes missions, d’assurer les services publics, de payer son personnel. Concrètement, l’État doit payer les fonctionnaires, donc ceux qui travaillent dans les ministères, dans les services publics (policiers, enseignants, infirmières, militaires…). Il doit aussi payer leur pension. L’État doit également construire et entretenir les routes, les bâtiments, les chemins de fer, les écoles, les hôpitaux… Autre dépense importante : la sécurité sociale, soit les pensions, les allocations de chômage, la santé…
Pour payer ces dépenses, l’État compte sur les recettes. Cet argent qui entre dans ses caisses vient de différentes sources. Il y a, par exemple, les impôts payés par les Belges sur ce qu’ils gagnent (par leur travail, par le loyer d’une maison qu’ils possèdent, etc.) et l’impôt payé par les entreprises. Il y a également, les différentes taxes (comme la TVA, les taxes sur l’essence, les cigarettes,…). Autres sources de revenus de l’État : les cotisations des travailleurs et des employeurs à la sécurité sociale. Il s’agit de ce système de solidarité qui permet aux personnes qui ont perdu leur travail, sont malades ou ont arrêté de travailler, de recevoir un revenu pour continuer à vivre, à payer leur loyer, à se soigner… Seulement voilà, avec la crise, le nombre de chômeurs a augmenté. Cela signifie que l’État perçoit moins de cotisations - donc moins d’argent arrive dans ses caisses - et doit dépenser plus : payer des allocations de chômage, payer des formations pour permettre aux chômeurs de retrouver un travail... D’autre part, les personnes qui perdent leur emploi ou ont peur de le perdre font plus attention à leurs dépenses, elles consomment moins… Certains renoncent, par exemple, à acheter une voiture, un lave-linge comme ils l’avaient prévu ou remettent à plus tard la réparation du toit… Cette baisse de consommation diminue aussi les recettes de l’État, puisqu’il touche moins de taxes…
Cette année, la différence entre les recettes et les dépenses et l’État - ce qu’on appelle le déficit - est de 19 milliards. Pour éviter que la situation ne s’aggrave, le gouvernement doit trouver 7 milliards d’euros en 2010. Pour cela, il n’y a pas de miracle, il doit augmenter ses recettes et réduire ses dépenses. Côté recettes, certains ont proposé de réinstaller des taxes, par exemple celle sur l’autoradio ou encore de faire payer les autoroutes. Côté économies, certains ont pensé aux enseignants.
Plus
L’une des idées est de faire travailler les enseignants plus et plus longtemps. Pourquoi ? Ils ne travaillent pas assez ? C’est ce que pensent certains. Explications. Un enseignant, du secondaire inférieur, par exemple, donne entre 20 et 22 heures de cours par semaine. Un instituteur de primaire donne 24 heures de cours. Pour d’autres, le travail en classe peut être de 33 heures. Souvent aussi, les enseignants doivent travailler une ou deux heures en plus sans être payés. Comparé aux autres travailleurs qui bossent en général 38 heures par semaine, cela peut sembler peu. Mais, le travail des professeurs ne consiste pas seulement à être devant la classe. Ils travaillent aussi chez eux, le soir ou le week-end, pour préparer les cours, corriger les interrogations… D’autre part, les enseignants qui le souhaitent peuvent arrêter de travailler à 55 ans. Ils sont donc en quelque sorte pensionnés dix ans avant les autres travailleurs puisque chez nous, l’âge de la retraite, c’est 65 ans. Ces avantages avaient été accordés aux enseignants parce que leur tâche est difficile et fatigante souvent. Mais quand ces professeurs partent, ils doivent être remplacés. Or, payer les nouveaux professeurs et ceux qui sont partis (mais pas encore pensionnés) revient en quelque sorte à payer deux fois pour le même travail. Obliger les enseignants à travailler plus et plus longtemps permettrait donc au gouvernement de faire des économies. Mais est-ce aux enseignants de payer la note ? Seront-ils les seuls ? Ces décisions ne risquent-elles pas de décourager les futurs enseignants et donc de favoriser le manque de professeurs dans les classes ? Pour l’instant, rien n’est encore décidé, mais les enseignants sont déjà en colère. Après l’arrêt de travail, ils pourraient descendre dans la rue, faire grève… Bref, la crise économique risque de provoquer une nouvelle crise scolaire.
En savoir +
Dette
Quand les dépenses sont plus importantes que les recettes, on parle de déficit. Pour faire face à cette différence, l’État emprunte depuis des années de l’argent. Il a aussi été obligé d’emprunter… pour payer les intérêts de la dette. En effet, la dette belge est telle qu’il a fallu emprunter non pas pour rembourser l’argent emprunté mais pour payer les intérêts à ceux qui avaient prêté de l’argent. Résultat : à la fin du mois d’août dernier, la dette belge s’élevait à plus de 324 milliards ! 324.937.363.554,20 euros exactement.






