
La Belgique a (enfin !) un nouveau gouvernement. 18 mois auront été nécessaires pour réformer l’Etat, donner une nouvelle manière de fonctionner au pays. Un blocage que l’on doit notamment aux visions politiques différentes au Nord et au Sud du pays puisqu’en Belgique, un parti ne gouvernera jamais seul.
541 jours….18 mois…1 an et demi…jamais la Belgique n’avait connu cela ! Une telle période sans gouvernement de pleins pouvoirs, c’est un triste record. Petite précision: comme son nom l’indique, un gouvernement de pleins pouvoirs… a tous les pouvoirs, il peut fonctionner normalement, prendre toutes les décisions qu’il souhaite, pour autant qu’il reste dans le cadre de ses compétences. Ce n’est pas le cas du gouvernement démissionnaire, que l’on nomme gouvernement en affaires courantes, qui, après les élections, est aux commandes de l’Etat en attendant l’arrivée du nouveau gouvernement.
Pourquoi cela a-t-il pris tant de temps ?
Pour comprendre pourquoi notre pays a vécu cela il faut revenir à la date du 13 juin 2010. Ce jour-là, les Belges se rendent aux urnes pour les élections législatives : ils doivent choisir les membres du Parlement fédéral. Suite à ces résultats, le gouvernement fédéral pourra être formé. Rappel : il s’agit aussi d’élections anticipées, soit organisées avant la date prévue.
En Wallonie, c’est le Parti socialiste (PS) qui gagne. En Flandre, c’est la NV-A (Nouvelle Alliance Flamande). Ces derniers sont ce que l’on appelle des nationalistes, c’est-à-dire qu’ils veulent la fin de la Belgique et sont pour une Flandre indépendante. Puisqu’ils ont gagné les élections, le PS et la NV-A devront négocier pour former le prochain gouvernement. D’autres partis sont associés à la négociation : comme ils n’ont pas réalisé un score important aux élections, ils pèsent donc moins lourd face au PS et à la NV-A. Règle indispensable, à garder à l’esprit : pour pouvoir diriger le pays, les partis qui négocient doivent posséder la majorité à la Chambre.
Entre la NV-A et le PS, les divergences sont nombreuses : ces deux partis n’ont ni une même vision pour l’avenir du pays, ni les mêmes idées en ce qui concerne la manière de gouverner, ni les mêmes catégories de population à défendre. C’est donc le conflit politique. Car le premier point que les négociateurs veulent résoudre c’est BHV… Trois petites lettres pour Bruxelles-Hal-Vilvorde qui font trembler toute la Belgique politique.
Face à la montagne à franchir que constitue BHV, la coalition PS - NV-A se déchire : les nationalistes flamands claquent la porte des négociations cet été, soit après un an de discussions politiques. Sans la NV-A, 8 partis (Ecolo, Groen!, PS, SPa, MR, Open VLD, CD&V et CDH) ont réussi à obtenir la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Halle-Vilvorde. En clair, cet espace de 35 communes sera scindé en deux pour les élections de la chambre : les habitants des 6 communes à facilités pourront voter soit pour des listes du Brabant flamand, soit pour des listes de Bruxelles. Par contre les 29 communes sans facilités, les électeurs ne voteront que pour les listes du Brabant flamand.
Après BHV, la réforme de l'Etat et le budget !
Mais une fois au sommet de cette montagne BHV, il fallait encore résoudre d’autres problèmes. Les partis devaient s’entendre pour fixer de nouvelles règles pour le fonctionnement de la Belgique : en d’autres mots, il fallait réaliser ce que l’on appelle une nouvelle réforme de l’Etat. Ce fut chose faite en octobre dernier. Etape suivante : les problèmes socio-économiques, c’est-à-dire établir un budget et définir comment l’argent du pays allait être distribué. Les deux partis écologistes (Groen ! pour les néerlandophones, Ecolo pour les francophones) n’ont pas participé à ces discussions-là. En quelque sorte, ils ont été mis dehors de la coalition par les autres partis. On dit alors qu’ils ont été renvoyés dans l’opposition.
Il restait donc 6 partis : PS et Spa (les socialistes), CDH et CD&V (les démocrates humanistes) et MR et Open VLD (les libéraux). Et même à 6, les discussions n’ont pas été faciles : certains voulaient réduire les dépenses de l’État (donner moins aux chômeurs par exemple), d’autres voulaient augmenter les taxes (faire payer plus un produit, le surplus allant dans la poche de l’État). Finalement, un accord a été obtenu à la fin du mois de novembre.
Mais pendant ce temps-là ?
Comment le pays a-t-il fait pour continuer à fonctionner en attendant le nouveau gouvernement ? En fait, la constitution précise qu’avant la prestation de serment du nouveau gouvernement, l’ancien, lui, continue à s’occuper du pays de manière minimale, avec les activités de base. On appelle cela un gouvernement en affaires courantes. La mission de ce gouvernement (dont Yves Leterme était le Premier ministre) était de tout faire pour que le pays continue de fonctionner plus ou moins normalement.
A l’étranger, beaucoup de personnes rigolaient en disant que, malgré cette situation exceptionnelle, la Belgique allait bien. Donc, qu’un nouveau gouvernement n’était pas nécessaire. C’est à la fois vrai et faux. Vrai parce que le gouvernement en affaires courantes dirigeait le pays, mais aussi parce que les gouvernements régionaux (ceux des Communautés et des Régions) fonctionnaient parfaitement aussi. Faux parce qu’effectivement, certains domaines et dossiers (notamment ceux qui concernaient les matières scientifiques) sont restés bloqués durant près d’un an et demi.
Un Premier ministre francophone et wallon, c’est rare !
En ce début du mois de décembre, un nouveau gouvernement va donc entrer en fonction. Tout d’abord, les ministres qui composent le gouvernement (ils sont au nombre de 13) vont prêter serment devant le roi : ils promettent ainsi de respecter la constitution, les lois du pays. Parmi ces 13 ministres, il y a 6 francophones et 6 néerlandophones. A ces 12-là, on rajoute le Premier ministre. Il s’agit du socialiste Elio Di Rupo. Il est francophone et pourtant on ne le compte pas dans les 6 ministres qui parlent le français ! Pourquoi ? En fait, comme c’est toujours le cas avec le Premier ministre, on dit de lui qu’il est "asexué linguistiquement", en d’autres mots il doit être neutre, sans parti pris pour une Communauté ou une autre.
Mais pourquoi Elio Di Rupo devient-il Premier ministre ? Tout simplement car son parti, le parti socialiste, a le plus de députés à la Chambre. Attention : on prend ici en compte les 6 partis de la coalition. La NV-A a plus de députés (27), mais a quitté les négociations, comme on l’a vu plus haut. Et en toute logique, le Premier ministre doit être issu du plus grand parti.
Elio Di Rupo : un Premier ministre francophone est un véritable événement en soi. Les Belges de moins de 30 ans n’ont d’ailleurs jamais connu cela puisqu’il faut remonter à… 1979 pour trouver un francophone à ce poste. C’était alors un certain Paul Vanden Boeynants. Et pour retrouver un Wallon, comme Elio Di Rupo, il faut même remonter jusqu’en 1974. C’était Edmond Leburton…
Damien Roulette (Mis en ligne le 6 décembre 2011)






