Iran: après les élections, la déception

Iran: après les élections, la déception
À la mi-juin, d'importantes manifestations se sont déroulées dans les rues de Téhéran, la capitale de l’Iran. Les citoyens protestaient contre les résultats des élections du 12 juin dernier. Selon eux, il y aurait eu des fraudes pour permettre aux anciens dirigeants de continuer à garder le pouvoir. Ce pouvoir, c’est un président élu par le peuple mais dirigé par un grand chef religieux, appelé Ayatollah, qui veut que l’Iran respecte à la lettre les règles religieuses, soit la "charia".
Laïc
La Belgique ou encore la France sont ce qu'on appelle des États laïcs. Autrement dit, ce sont des pays où l'État et la religion sont séparés. En d'autres mots, dans un État laïc, les responsables religieux ne s'occupent pas des affaires politiques et l'État n'exerce aucun pouvoir religieux. Chez nous, la Constitution, soit l'ensemble des règles qui disent comment le pays doit être gouverné, n'est donc pas basée sur des règles religieuses. Elle est plutôt inspirée par la déclaration des droits de l'Homme. Ces règles s'appliquent à tous les citoyens et donc aussi à ceux qui pratiquent une religion quelle qu'elle soit. La Constitution reconnaît ce qu'on appelle la liberté du culte. Cela signifie que chacun a le droit de pratiquer la religion de son choix. En Iran, c'est différent. Mais pour mieux comprendre, refaisons un bout d'histoire.
Shah
Avant 1979, l’Iran, qui s'appelait jadis la Perse, était une monarchie constitutionnelle. Le roi - Mohammed Réza Pahlévi - était aussi appelé le Shah (on écrit aussi "Chah"). La Constitution définissait les droits de chacun. Cela ressemblait donc fort aux monarchies que l’on connaît en Europe (Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni…). Mais l'Iran n’était pas une démocratie pour autant. Autrement dit, ce n'était pas un pays où les habitants avaient le droit de s'exprimer, de choisir leurs dirigeants… Tout en dirigeant le pays de manière autoritaire, le Shah l'avait modernisé grâce au pétrole. Mais cela de manière brutale, sans respecter les manières de vivre, les traditions et la religion de sa population. Les Iraniens protestaient souvent contre les idées du Shah, contre les injustices et les inégalités... Les plus croyants parmi eux voulaient aussi que leur religion soit plus respectée. En 1979, l'Imam Khomeiny, l'un des défenseurs de ces idées rentre en Iran. Cet homme était l'un des plus importants représentants de la religion chiite, une des branches de l'Islam. Avec l'aide de la population, Khomeiny a chassé le Shah et installé ce qu'on appelle la République islamique.
Islamique
Concrètement, la constitution a été maintenue. Des élections ont été organisées pour élire les représentants du peuple qui formeraient le parlement et le président de la république qui devait remplacer le Shah. Cela ressemblait donc à une vraie république et à une vraie démocratie. Mais, cette république était islamique. Cela voulait dire qu’au-dessus de la république, donc au-dessus du président, il y avait un "guide suprême" ou "guide la révolution". C’était Ayatollah Khomeiny lui-même. Ce dernier dirigeait directement un "conseil des gardiens", composé de religieux. Ce conseil était très puissant. Ainsi, il avait le droit de donner son avis sur toutes les décisions.
Charia
Dans une république islamique, une seule loi compte vraiment : la charia. Il s'agit de l'ensemble des règles autour desquelles doit s'organiser la vie des musulmans et cela dans tous les domaines. Les textes de la charia servent donc pour établir des règles de droit, donc de loi. Avec Khomeiny, la religion va intervenir dans la manière d'organiser le pays, la façon de s'habiller, de se distraire... Concrètement, les vêtements et la musique occidentale ont été interdits. Les hommes devaient porter la barbe et les femmes devaient "cacher " les formes de leur corps dans d'amples vêtements. Elles devaient aussi se couvrir la tête d'un foulard appelé "tchador". Plus question pour les filles et les garçons de s'asseoir ensemble en classe ou d'être amis… Appliquer de manière aussi stricte des règles religieuses sans tenir compte du temps qui a passé (le Coran est un texte qui date du 7e siècle), de la société qui a évolué, etc., c'est ce qu'on appelle de l'intégrisme. Pour une grande partie du peuple et des jeunes en particulier, la république islamique et l’intégrisme qui l’accompagne seront donc une grande déception et beaucoup ont commencé à protester. Mais Khomeiny a mis sur pied une sorte de police appelé les "gardiens de la révolution". Leur rôle? Surveiller la population, les jeunes et femmes en particulier, pour s’assurer qu’ils respectent bien la charia.
Intégrisme
Khomeiny prétendait qu'obéir à ces règles apporterait plus de justice, moins d'inégalités… Il voulait aussi que d'autres pays musulmans suivent l'exemple de l'Iran. Certains pays l'ont fait… en partie. Mais les idées de Khomeiny ont surtout donné naissance à des groupes islamistes qui essayent d'imposer leurs idées par la violence. C'est pourquoi on parle depuis lors de terrorisme islamiste. Entre-temps, Khomeiny est mort et a été remplacé par l’Ayatollah Khamenei, tout aussi intégriste. Mais, un président moins sévère a dirigé l'Iran entre 1997 et 2005. Appelé Khatami, ce dernier était convaincu que la religion ne pouvait pas résoudre tous les problèmes et donc il voulait apporter des changements, faire des réformes... Mais ce réformiste qualifié aussi de modéré, n'a pas réussi, notamment à cause de ses adversaires, donc les conservateurs. En 2005, ces derniers ont réussi à faire élire un des leurs comme président: Mahmoud Ahmadinejad . Cet intégriste très sévère a supprimé une série de libertés des Iraniens, fait fermer des journaux… Ses discours souvent pleins de haine vis-à-vis des idées du monde occidental et vis-à-vis d'Israël notamment font peur.
Inquiétudes
L'Iran dirigé par Ahmadinejad a commencé à inquiéter de plus en plus le reste du monde. Pourquoi? D'une part, parce que l'Iran est un pays riche (en pétrole), qui possède des savants et développe l'énergie nucléaire. Selon les dirigeants, cette dernière est destinée à faire tourner les usines. Mais les pays occidentaux soupçonnent l'Iran de chercher à fabriquer des armes nucléaires. D'autre part, l'Iran est un pays puissant qui occupe une position géographique importante, on dit stratégique. Ses idées influencent certains dans la région et ailleurs. Notamment ceux qui sont en désaccord avec les pays occidentaux. Une troisième raison est liée au terrorisme international. L'Iran est soupçonné depuis des années d'aider les islamistes qui commettent des attentats dans le monde. L'influence de l'Iran pourrait donc grandir et menacer la paix dans la région, voire ailleurs. Mais avant le reste du monde, ce sont les Iraniens qui ne veulent plus d'Ahmadinejad. Les jeunes et les femmes rêvent depuis des années d'un Iran où ils auraient plus de liberté, où ils pourraient dire ce qu'ils veulent, s'habiller comme ils veulent, écouter les musiques qu'ils aiment…
Colère
Cela explique pourquoi, lors des élections présidentielles du 12 juin dernier, les jeunes - deux habitants sur trois ont moins de 30 ans - ont massivement voté pour un candidat qui promettait le changement. Son nom: Mir Hossein Moussavi.
La suite, on la connaît. Le résultat des urnes à donné la victoire à l'ancien président Ahmadinejad! Des milliers d’Iraniens sont alors descendus dans la rue pour crier à la fraude. Pour manifester leur déception et leur colère. Mais ils ont été sévèrement réprimés. Il y a eu des morts, des arrestations… et même les journalistes étrangers ont été chassés du pays. Pour retrouver la confiance des Iraniens, l'État a accepté de recompter… une partie des bulletins de vote. Le résultat n'a pas changé: Ahmadinejad reste président! Les Iraniens oseront-ils redescendre dans la rue?
Yves Cavalier
Lire et voir
Marjane Satrapi est Iranienne. Elle écrit et dessine des bandes dessinées. Elle a réalisé une BD en noir et blanc portant le nom de "Persépolis", l’ancien nom d’une grande ville de l’Iran. Elle y dénonce de façon concrète et avec humour combien la vie quotidienne est dure en Iran, surtout pour les femmes. Sa BD a donné naissance à un dessin animé de long métrage, baptisé "Persépolis" lui aussi. On peut les trouver dans les bibliothèques, les médiathèques, les librairies…
(Copyright photo : Reporters)