
Après avoir dirigé la Libye durant 42 ans, Mouammar Kadhafi est donc, le 20 octobre. Les images de sa capture ont fait le tour du monde. Sa mort pose aussi bien des questions.
Mouammar Kadhafi est donc mort le 20 octobre dernier. Son décès met fin à 42 ans de dictature en Libye. Depuis le pays, a célébré sa libération. Mais les circonstances de l’ancien dictateur posent beaucoup de questions. A-t-il été involontairement tué lors d’une fusillade entre ses défenseurs et ses ennemis qui tentaient de le capturer ? Où bien a-t-il été exécuté par ceux qui venaient de le faire prisonnier ? Difficile de répondre avec certitude à ces questions, même si la piste de l’exécution semble la plus probable. Si c’est effectivement le cas, d’autres questions peuvent être posées.
Un procès pour juger des fautes commises
Ainsi, les hommes qui ont arrêté Mouammar Kadhafi avaient-ils le droit de se faire justice ? En d’autres mots, pouvaient-ils se venger de ce que cet homme avait fait subir à son peuple depuis qu’il était au pouvoir ? La réponse est non. Pourquoi ? Parce que seule la justice a le pouvoir d’arrêter et d’emprisonner une personne avant de juger pour les fautes qu’il a éventuellement commises.
Cette idée de justice est très importante et signifie que l’on ne se venge pas. Si c’était le cas, ce serait la porte ouverte à ce que l’on appelle la "loi de la jungle" avec, au bout du compte, le fort qui gagnerait. Mais aussi à la "loi du Talion", c’est-à-dire "œil pour œil, dent pour dent". En d’autres mots, cela reviendrait à accepter la chose suivant : "Si tu m’as fait du mal, je te rends la pareille, en agissant de la même manière que toi". Or, cette manière d’être ne permet pas de vivre correctement en société. Nous plongerions alors bien dans le chaos et dans une société sens dessus dessous, sans loi, sans respect.
Mort avec ses secrets
Revenons à la justice. Elle est indispensable car elle est rendue par quelqu’un d’extérieur à un problème précis. Elle est neutre et objective. Elle voit les torts de l’un et de l’autre. Or, lorsque nous sommes concernés par la situation qui pose problème, nous ne sommes plus neutres. On dit alors que l’on est partial ou injuste.
Conséquence directe de sa mort : Mouammar Kadhafi ne sera jamais jugé pour les atrocités et les crimes qu’il a commis pendant son règne. Or, pour sa population qu’il a fait souffrir le voir condamné aurait été un geste très important. Autre conséquence : Kadhafi s’en est allé avec de nombreux secrets. Certaines informations le concernant, mais aussi concernant les relations que la Lybie avait avec les pays étrangers resteront secrètes à tout jamais. Un procès comme le vit actuellement l’ancien président égyptien Hosni Moubarak (lui aussi chassé du pouvoir par son peuple, mais avec beaucoup moins de violence) aurait été une meilleure solution. Voilà pour le procès.
Pourquoi montrer des photos de sa mort ?
Venons-en maintenant aux images qui ont circulé à la télévision et sur Internet le jour de la mort de Kadhafi. Nous avons d’abord pu voir un homme très mal en point, capturé par des hommes armés. Et puis aussi, son corps sans vie. Cela pose une deuxième série de questions : fallait-il montrer ces images fortes et même choquante ? Leur diffusion était-elle nécessaire, indispensable, inévitable à l’heure d’internet ?
Pour répondre à ces questions, il faut d’abord se souvenir du rôle que joue une image ou une photo. Pour cela, faisons une petite comparaison avec notre quotidien : quand nous sommes en vacances, nous prenons parfois des photos devant un bâtiment célèbre ou un beau paysage. De cette manière, nous pouvons avoir un souvenir de cet événement, mais aussi dire à ceux qui verront ensuite ces photos : "J’y étais. En voici la preuve !"
Montrer la réalité
En ce qui concerne l’actualité, les photos et vidéos enregistrées ont la même fonction : celle de prouver que quelque chose existe ou a existé. (Petite précision : gardons aussi à l’esprit que des images peuvent être truquées ou fausses et qu’elles ne sont jamais une preuve absolue). En décidant de publier les images de Mouammar Kadhafi mourant puis décédé, les médias ont donc voulu montrer que cet homme était bel et bien mort, qu’il n’y avait plus de doutes.
Sans images, le doute est bien plus grand. Ainsi, en mai dernier, nous n’avons vu aucune photo du corps sans vie d’Oussama Ben Laden, tué par l’armée américaine. Des images des derniers instants de vie de Ben Laden existent pourtant bien. Le gouvernement américain les possède, mais a choisi de ne pas les montrer. La raison officielle donné par les responsables américains : elles seraient trop horribles, trop choquantes à voir. Enormément de personnes, des journalistes, des hommes politiques ont demandé à voir ces photos en guise de preuves. En vain ! Dès lors, certaines personnes ne croient pas en la mort de Ben Laden.
Difficile donc de reprocher aux journaux d’avoir publié ces images choquantes. Un des rôles des journalistes est de montrer la réalité, même si elle est parfois très désagréable à voir. Et ce même si, dans certains cas, les téléspectateurs et les internautes n’avaient pas été suffisamment prévenus du fait que ces clichés étaient choquantes, ce qui leur aurait permis de faire le choix de les regarder ou non…
Damien Roulette






