
Depuis peu, l'aide alimentaire de l'Union européenne aux plus pauvres est menacée de disparition. Explications.
On vous l’explique dans le dossier de l'Actu jeunes du Ligueur du 28 septembre : dans l’est de l’Afrique, 12 millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont menacés par la famine. Si ces personnes ne reçoivent pas, d’urgence, des soins et de la nourriture, elles risquent de mourir dans les prochaines semaines. Là-bas, les ONG (en bref, les Organisations Non Gouvernementales) font leur possible pour venir en aide à ces populations.
Revenons maintenant en Europe… On l’oublie souvent : sur notre continent aussi, des habitants n’ont pas la possibilité de manger tous les jours à leur faim. La raison ? Ils sont trop pauvres pour s’acheter une nourriture équilibrée, mais aussi pour cuisine, se soigner, se loger, se vêtir… On dit aussi que ces personnes qui n’ont pas suffisamment d’argent pour vivre décemment qu’ils vivent sous le seuil de pauvreté. En Belgique, près de 15% de la population est désormais dans ce cas, ce qui est énorme.
L’agriculture au secours de plus pauvres
Certes la situation en Europe n’est pas aussi catastrophique que dans l’est de l’Afrique. Et ce notamment parce que chez nous, tout est prévu pour que les personnes les plus pauvres puissent recevoir un minimum d’aides. Des exemples ? Dans notre pays, des organisations comme la Croix rouge, les Restos du Cœur ou encore les Banques alimentaires distribuent des repas ou des colis de nourriture. Actuellement, cette aide provient en grande partie de l’Union européenne et de ce que l’on appelle le Programme Européen d’Aide aux plus Démunis (en bref, le PEAD). Ainsi, rien que pour la Belgique, plus de 200 000 personnes ont été aidées par ce PEAD, en 2010. Ailleurs dans l’Union européenne, les habitants de 19 autres pays membres reçoivent également l’aide de ce même programme d’aide européen. Or, aujourd’hui, ce fameux PEAD est menacé de disparition. Ce serait évidemment une catastrophe pour les plus démunis. Pourquoi cette situation ? Explications.
Pour comprendre cela, il faut faire un bon en arrière dans le temps, jusqu’en 1987, soit la date à laquelle le PEAD a vu le jour. Cette année-là, l’hiver fut particulièrement rude et a menacé une partie de la population, notamment les plus démunis qui vivaient dans les rues. Suite à cela, des hommes politiques, mais aussi des personnalités comme l’humoriste Coluche (qui a créé les Restos du Cœur) ont demandé à l’Union européenne de faire quelque chose pour aider ces personnes-là. L’idée était la suivante. A l’époque, comme les agriculteurs des pays européens produisaient beaucoup trop de nourriture, d’importants stocks ne partaient ni vers les usines, ni vers les magasins. Il suffisait donc de donner ces stocks (de céréales, de fruits, de légumes…) aux organisations qui s’occuperaient ensuite de les redistribuer aux plus démunis. Cette idée généreuse donna naissance au fameux PEAD, qui existe encore aujourd’hui, mais qui est désormais remis en cause. Important à savoir, également : ce PEAD fait partie de ce que l’on appelle la Politique Agricole Commune (soit la PAC), dont les missions principales sont de contrôler, de développer et de moderniser l’agriculture au sein des 27 pays de l’Union européenne.
L’agriculture évolue, les stocks disparaissent
Le gros problème est qu’en 25 ans, la situation de l’agriculture sur notre continent a terriblement changé. Contrairement au passé, les agriculteurs ne produisent plus trop de nourriture. Résultat : les stocks ne sont donc plus aussi importants, mais les plus démunis eux, sont toujours plus nombreux. Au fil du temps, les responsables de la PAC ont progressivement décidé d’aider les plus démunis d’une autre manière : non plus en leur donnant des stocks de nourriture, mais en donnant une importante somme de l’argent qui sert directement aux organisations qui s’occupent des plus pauvres. En 25 ans, l’aide de la PEAD s’est donc transformée. Et c’est précisément la raison pour laquelle elle est aujourd’hui en danger ! En résumé, disons que tous les pays membres ne sont pas d’accord sur ce sujet. Certains pays (comme l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas…) veulent la disparition de la PEAD : ils estiment que l’argent de la PAC doit servir au développement de l’agriculture et non pas à aider les plus pauvres. Et ils estiment que c’est plutôt à chaque gouvernement des pays européens de s’occuper de ce problème important.
Quelle Europe voulons-nous ?
Après de nombreuses discussions, les 27 pays membres de l’Union européenne n’ont toujours pas trouvé de solution sur l’avenir de la PEAD. Ils se revoient d’ailleurs le 19 octobre prochain à ce propos. Si aucun accord n’est trouvé, ce pourrait être la catastrophe pour certaines personnes : en effet, en Europe, près de 13 millions de personnes dépendent de l’aide de la PEAD. Au-delà de ce problème très précis, ce sujet relance un autre débat important : l’Union européenne ne devrait-elle pas être plus sociale, en d’autres mots ne devrait-elle pas s’occuper davantage des habitants et de leurs conditions de vie que de l’économie des pays membres ? Affaire à suivre…
Anouck Thibaut (Mis en ligne le 28 octobre 2011)






