
Alors que tous les médias parlent de la Libye, en Syrie aussi, la population se révolte. Zoom sur ce pays, dont la situation est un peu particulière…
Depuis le mois de mars, des milliers de Syriens manifestent dans différentes villes du pays. Ils protestent contre le manque de démocratie, de liberté ou encore contre les problèmes économiques du pays. Le pouvoir en place a décidé d’utiliser la force pour faire taire les manifestants. La police et l’armée interviennent lors de chaque protestation et n’hésitent d’ailleurs pas à tirer dans la foule. Cette manière d’agir est ce que l’on appelle une répression. Au moins 2000 personnes seraient mortes dans de telles conditions.
Pas de liberté d’expression
La Syrie est ce que l’on appelle un "état-policier". Qu’est-ce que cela signifie ? Il s’agit d’un pays où il y a très peu de place pour la dissidence. En d’autres mots, la population n’a pas le droit de s’exprimer librement, notamment pour critiquer le président Bachar Al-Assad et les autres dirigeants du pays. La liberté d’expression est donc pratiquement inexistante. La Syrie n'est donc pas un pays démocratique. Par ailleurs, le pouvoir en place espionne également les Syriens : les moindres faits et gestes des habitants (même sur Internet) sont donc connus.
Pouvoir corrompu
Le président Bachar Al-Assad est à la tête du pays depuis 10 ans. Il a succédé à son père, Hafez Al-Assad, qui a régné sur la Syrie pendant 30 ans. Tous deux sont membres du même parti politique: le parti Baas. Ce parti a pris le pouvoir par la force en 1963. Il contrôle tout dans le pays. Ainsi, pour accéder à une fonction importante en Syrie, il faut être membre de ce parti ou payer beaucoup d’argent. C’est ce qu’on appelle la corruption.
De plus, le parti Baas ne représente pas l’ensemble de la population. En fait, la grande majorité de la population est musulmane. Mais chez les musulmans, comme chez les chrétiens, il y a différentes tendances. Ainsi, le président actuel (comme son père avant) appartient à la tendance alaouite, une tendance qui ne représente que 10% de la population. Du coup, beaucoup de citoyens se sentent laissés de côté.
Président de père en fils
Au début de la contestation, en mars dernier, la plupart des manifestants ne demandaient pas au président de quitter le pouvoir. C’est une différence importante avec ce qui s’est produit en Tunisie, Egypte et en Libye où la population a fini par chasser les dirigeants du pouvoir. En fait, Bachar el-Assad est même apprécié par la majorité de la population syrienne. La raison ? En arrivant au pouvoir après la mort de son père, il a modernisé le pays. C’est lui qui a permis l’accès à Internet. C’est aussi lui qui a autorisé l’utilisation des GSM. Avant, tout cela était interdit. Les manifestants veulent donc un changement de régime : ils veulent plus de démocratie, plus de liberté.
Pourquoi l’ONU ne réagit-elle pas ?
A cause de sa position géographique notamment (voir ci-dessous), la Syrie occupe une position particulière dans cette région du monde : les Syriens le savent bien et ils ne veulent pas perdre cette place.
Jusqu’à présent et contrairement à ce qui s’est produit en Libye, l’ONU a décidé de ne pas intervenir en Syrie. Comment expliquer cette différence ? Simplement parce que la situation de la Syrie est beaucoup plus difficile que le cas libyen. En effet, pour différentes raisons, la Syrie a une place spéciale au Moyen-Orient. Ainsi, le pouvoir syrien est soutenu par l’Iran, un pays qui est un adversaire d’Israël et des Etats-Unis. La Syrie a aussi des liens très forts avec le Hezbollah, un groupe libanais qualifié de terroriste par les Etats-Unis. Enfin, la Syrie est en conflit avec Israël, un allié des Etats-Unis. Ce conflit repose sur un territoire appelé le Golan. Un territoire qui appartenait à la Syrie mais qu’Israël a conquis par les armes en 1967. Tout cela explique qu’une intervention de l’ONU en Syrie pourrait provoquer une guerre entre la Syrie et certains de ses voisins. Dans ce cas, c’est tout l’équilibre très fragile de la région qui serait menacé.
Que va-t-il se passer dans les prochaines semaines ? Bachar Al-Assad va-t-il prendre certaines décisions et faire certains changements pour calmer les manifestants ? Ou alors le président syrien va-t-il poursuivre la répression en massacrant sa population ? Et dans ce cas, les Nations Unies oseront-elles intervenir ?
Damien Roulette
(Mis en ligne le 31 septembre)
Zoom : La Syrie, en quelques mots
La Syrie est situé sur la côte est de la mer Méditerranée. Ce pays est entouré de la Turquie (au nord), de l’Irak (à l’est), de la Jordanie et d’Israël (au sud), du Liban (au sud). La capitale est Damas. La Syrie compte 22 millions d’habitants (le double de la Belgique) pour une superficie d’environ 185 000 km² (6 fois la superficie belge). La population syrienne est une population très jeune : 35% des Syriens ont moins de 15 ans. Le taux de chômage, le nombre de personnes sans travail, est aussi trop élevé : entre 15 et 20%.
Retrouvez aussi le dossier et la carte consacrée au monde arabe, dans Le Ligueur du 2 février 2011.
Et pendant ce temps-là, en Libye...
Après plus de 6 mois de révolte, les rebelles libyens ont réussi à faire tomber Mouammar Kadhafi. Seul problème : il reste introuvable ! Personne ne sait où il se cache. Est-il quelque part en Libye ? A-t-il pris la fuite vers un pays "ami ", tel l'Algérie ou le Venezuela ?
Désormais, les rebelles pensent à l’avenir du pays. Il va falloir tout reconstruire. Il faudra également relancer les industries, surtout celle du pétrole. Cela permettra de réunir l’argent nécessaire pour tout remettre en place. Ca ne sera pas évident, notamment car les tensions sont nombreuses entre les rebelles. Il existe des différences importantes sur leurs manières de voir le futur de la Libye.
Pour les rebelles, il faudra aussi compter avec l’OTAN. L’OTAN est une alliance internationale qui est intervenue en Libye pour protéger la population. Mais petit à petit, tout le monde a compris que le but de l’OTAN était surtout de faire partir Kadhafi du pouvoir. Sans doute, les forces de l’OTAN participeront à la reconstruction du pays. Reste à savoir comment...
D.L. (Mis en ligne le 1er septembre 2011)






