"On a gagné!" Dimanche dernier, dès l’annonce des premiers résultats des élections belges, certains partis politiques, n’ont pas hésité à prononcer cette phrase. C’est notamment le cas du parti Ecolo, qui est le grand vainqueur de ces élections. Tandis que d’autres, comme le PS et le MR, ont bien dû reconnaître qu’ils avaient obtenus de moins bons résultats. Un peu comme si ces partis politiques venaient de gagner ou de perdre un match de foot. Cependant, en politique, désigner les vainqueurs est loin d’être aussi simple qu’en sport. Il faudra plusieurs jours avant de savoir qui seront les hommes et les femmes qui dirigeront les Communautés et les Régions durant les cinq prochaines années. L’Actu jeunes vous aide à y voir plus.
Pour comprendre le texte qui suit ainsi que le fonctionnement de la Belgique, quelques définitions s’imposent. Ainsi, rappelons qu’un parlement se compose d’hommes et de femmes appelés parlementaires ou députés. Leur rôle principal est de discuter et de voter les lois. Tandis qu’un gouvernement est composé d’une série de ministres qui sont notamment chargés de faire en sorte que les lois puissent être appliquées. Rappelons aussi que la Belgique est un Etat fédéral. Notre pays est composé de trois Communautés (française, flamande et germanophone) et de trois Régions (wallonne, flamande et de Bruxelles-Capitale). Les élections du 7 juin concernaient précisément les Communautés et les Régions. Leur rôle? Dans les domaines suivants, prendre des décisions pour les habitants qui vivent sur leur territoire: l’enseignement, la culture, l’emploi, le logement, l’agriculture, l’environnement… Les autres domaines (la justice, l’armée, la monnaie, la police, la sécurité sociale) sont pris en charge par le parlement et le gouvernement fédéral. Dans ce cas, tous les habitants du pays sont traités de la même manière. Dernière définition: lors des élections, le territoire de la Belgique est divisé en zones appelées circonscriptions électorales. Elles possèdent chacune leurs propres listes de candidats parmi lesquelles les électeurs doivent faire leur choix.
Former le parlement
Première étape après les élections: former le parlement. Puisque les élections du 7 juin dernier étaient des élections régionales et communautaires, il y avait cinq parlements à former: le parlement wallon, le parlement bruxellois, le parlement de la Communauté française, le parlement de la Communauté germanophone et le parlement flamand. (En Flandre, la Communauté et la Région ne forment qu'un parlement.) Petite remarque: pour cet article, nous avons choisi de ne nous intéresser qu’aux trois premiers d’entre eux, qui concernent directement les francophones. Mais les règles qui suivent sont aussi valables pour les deux autres parlements.
Quelques heures à peine après les élections, la composition des parlements était déjà connue, visible d’ailleurs sur le schéma ci-contre. La raison? Cette première étape est relativement rapide: il s’agit simplement d’effectuer une série de calculs. Pour les comprendre, prenons cet exemple. Imaginons les résultats suivants, dans une circonscription électorale où 10 élus doivent être envoyés au parlement pour y siéger: 40% des voix des électeurs vont au parti A, 30% au parti B, 20% au parti C et 10% au parti D. Les 10 sièges sont répartis de la manière suivante: 4 pour le parti A, 3 pour le parti B, 2 pour le parti C et 1 pour le parti D. Les sièges sont donc attribués selon la proportion de voix récoltée par chaque parti. Cette manière de calculer est ce que l’on appelle le système proportionnel. Elle est utilisée en Belgique et chez certains de nos voisins européens, mais pas partout. Ailleurs, on se sert du système majoritaire. Dans ce cas, le parti qui récolte le plus de voix (ici, le parti A) remporte tous les sièges (ici, 10) tandis que les autres n’en reçoivent aucun. Le système proportionnel et le système majoritaire ont chacun des avantages et des inconvénients. Ainsi, avec le système proportionnel, un grand nombre de partis sont présents au parlement. La composition de ce dernier est donc fort proche des choix de l’ensemble des électeurs. Cependant, à cause de cela, les discussions sont souvent longues et les décisions difficiles à prendre. Et c’est l’inverse qui se produit avec le système majoritaire. Revenons à la Belgique: les membres des différents parlements ont été directement choisis par les électeurs, le 7 juin dernier. Une exception: le parlement de la Communauté française est composé de tous les députés du parlement wallon et d’une partie des députés du parlement bruxellois.
Former le gouvernement
La deuxième étape après les élections consiste à former les gouvernements. Cette étape prend beaucoup plus de temps que la première. La raison? Dans ce cas, il faut certes calculer, mais aussi beaucoup discuter, autrement dit négocier. Rappelons que, dans notre pays, un seul parti politique ne se retrouve jamais seul au pouvoir, mais que deux ou plusieurs partis doivent se mettent d’accord pour diriger. On dit aussi que ces partis doivent former ce que l’on appelle une coalition. Pour cela, une règle mathématique est incontournable: les partis qui se rassemblent doivent obtenir la majorité au parlement. En d’autres mots, ils doivent avoir ensemble plus de sièges que tous les autres partis. Ces derniers formeront alors l’opposition et ne participeront pas au pouvoir. Depuis dimanche soir, donc, les spécialistes qui analysent les résultats des élections, mais aussi les responsables des différents partis réfléchissent aux différentes coalitions possibles. Et cela risque d’être long: en effet, en plus d’obtenir la majorité, ces partis doivent aussi être d’accord sur les grands projets qu’ils aimeraient mettre en place s’ils étaient au pouvoir.
Des discussions qui font réagir
Souvent, la discussion autour de la formation des coalitions fait réagir certains citoyens: ils estiment que les responsables des partis politiques discutent seuls dans leur coin, sans tenir compte des choix des électeurs. En d’autres mots, ils pensent que cette manière de faire n’est pas très démocratique. Cette idée n’est pas correcte! En effet, on l’a vu, pour former une coalition, il faut une majorité au parlement. Or, la composition du parlement dépend directement des résultats des élections. Ce n’est pas tout. Le parti qui a gagné les élections (soit celui qui a obtenu les meilleurs résultats) a en quelque sorte le pouvoir de former une coalition: pour se faire, il peut se tourner vers le ou les partis de son choix.
Enfin, terminons par cette particularité propre à la Belgique: on l’a vu, cinq parlements et cinq gouvernements doivent être formés, de manière séparée. Cependant, les principaux partis politiques sont présents partout dans le pays: ce qui se discute ou se négocie au niveau d’une région ou d’une communauté a donc forcément une influence dans les autres communautés et régions. Et c’est pareil avec le niveau fédéral. Un exemple: si, comme ils l’ont annoncé avant le 7 juin, les socialistes et les libéraux décident de ne pas se retrouver dans une même coalition dans la partie francophone du pays, il pourrait être difficile pour eux d’encore travailler ensemble au niveau fédéral. Autant de raisons qui expliquent pourquoi la formation de ces coalitions pourrait être longue.
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Ces trois graphiques représentent les trois parlements francophones. Notre graphiste les a dessinés sous la forme d’un demi-cercle ou plutôt d’un hémicycle, car ils ont souvent cette forme dans la réalité. Les petits bonshommes représentent les parlementaires: ces derniers siègent au parlement. Pour cette raison, on dit aussi que chacun des parlements dispose d’un certain nombre de sièges: ici, il s’agit du gros chiffre mauve, important pour faire le calcul de coalition. Le chiffre présent dans la flèche indique, lui, chaque fois, le nombre minimum de sièges nécessaire pour obtenir la majorité. Depuis dimanche soir, la composition du parlement wallon et du parlement bruxellois est connue. C’est maintenant en fonction du nombre de députés obtenus par chaque parti lors des élections du 7 juin que les calculs de coalition vont pouvoir se faire: pour aller au pouvoir et gouverner les partis qui se rassemblent doivent obtenir la majorité. Mathématiquement, il existe une série de possibilités. A vos calculatrices, donc! Dernier détail: la composition du parlement de la Communauté française n’est pas encore connue. La raison? Les 75 députés wallons y siègeront. 19 députés francophones du parlement bruxellois les rejoindront: ces 19 parlementaires seront prochainement choisis par l’ensemble des députés bruxellois francophones. |
Anouck Thibaut






