C’est un homme calme et cultivé qui a visité tous les pays du monde et voyage la plus grande partie de l’année. Il a écrit plus de cinquante livres qui vont des atlas stratégiques à l’Histoire du terrorisme, du conte pour enfant à la mémoire du génocide arménien. Dans le cadre de notre dossier Économie, santé… et plaisir de manger, après les filières courtes, découvrons les saveurs d’ailleurs… pour le plaisir.
Avec sa compagne Sophie Mousset, Gérard Chaliand vient de publier un Guide du voyageur autour du monde qui fait le tour de leurs coups de cœur. Du Yémen à Bruxelles et de Lahore à la Nouvelle Zélande. Le couple fait aussi du bateau et c’est monsieur qui cuisine. Très bien dit-elle. Elle trouve que sa choucroute hongroise est parfaite. Les cuisines d’ailleurs , c’était déjà le titre d’un livre de recettes qu’il avait publié en 1981.
Vous voyagez pour manger ?
En 1950, à Paris, il y avait quelques restos chinois gare de Lyon. Pas de vietnamien, quelques grecs. L’exotique n’existait pas. La mangue et le lichee étaient inconnus. La grande ville occidentale d’aujourd’hui mange tout ce que le voyageur ne pouvait découvrir qu’ailleurs. Mais ailleurs il y a des beautés qui n’existent qu’ailleurs.
Les cuisines du monde donnent-elles des idées à l’observateur des conflits du monde ?
Pour un géo-stratège, c’est amusant de noter qu’il n’existe pas de cuisine nationale. Il y a d’une part les cuisines régionales. En France par exemple, il n’y a pas de cuisine française, mais une cuisine lyonnaise, une cuisine provençale, une cuisine normande. En Italie, le fait régional est une évidence. Mais aussi en Chine. Et puis il y a les cuisines d’Empires. Il y a par exemple, une cuisine ottomane qui se moque des frontières récentes. Le même café s’appelle grec à Athènes et turc à Istambul. L’héritage est commun.
On se fait à toutes les cuisines ?
Pour le voyageur, le plus difficile changement culinaire ce sont les petits déjeuners. Pour nous, une soupe de poissons au réveil, comme au Sri Lanka, c’est difficile. Le thé salé et épicé au Cachemire, c’est aussi difficile. Au moyen orient, c’est pain sans levain, fromages, olives, yaourt et miel. Si vous mettez le miel dans le yaourt, on se moquera de vous car c’est une habitude d’enfant. Au Mexique bien sûr du maïs. Mon préféré reste le petit déjeuner anglais : œufs, bacon, fricassée, pain, fromages. Plus besoin de déjeuner.
La mondialisation, c’est aussi la révolution dans les assiettes ?
Et dans les verres. Les Français ne sont plus les souverains incontestés du vin. Il y a bien sûr les blancs italiens et les rouges espagnols. Mais depuis 50 ans, les Californiens connaissent une remarquable expansion. De même que l’Afrique du Sud. Le meilleur rapport qualité prix, ce sont les vins chiliens. L’Australie fait des vins de grande qualité. Et à présent la Nouvelle Zélande, l’Argentine et Israël. Le Yarden qui vient des hauteurs du Golan, est excellent. Ceux qui croient vivre tranquillement sur leurs positions ne savent pas ce qui les attend.
Propos recueillis par Michel Gheude
Gérard Chaliand et Sophie Mousset, Le guide du voyageur autour du monde, Odile Jacob 2006.
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